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 The Limit is the sky

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MessageSujet: The Limit is the sky Lun 18 Juil - 11:06

Guyyyyys ! chou

L'autre jour, je trainais sur le forum, /comme souvent d'ailleurs/ et je suis tombée sur la fanfiction d'Eilenn, alors je me suis dit que j'avais qu'à sauter le pas moi aussi, même si ça n'a absolument rien à voir avec une fanfiction, ni même avec Harry Potter, ni du fantastique.
J'ai commencé à écrire ça, en début d'année. Je m'y suis lancée sérieusement, comme je ne rp plus, mais avec le bac de français, j'ai mis le tout de côté. J'avais posté mes chapitres sur WattPad, et les commentaires semblaient satisfaisant mais quoi de mieux que d'avoir l'avis d'écrivains familier ?

Je vous présente l'histoire. Plus cliché tu meurs, c'est une histoire d'amour que je voulais un peu bizarre. Du genre, jeu, chantage, mission, défi. Je n'y suis pas encore, mais j'espère que ça vous plaira !

Résumé:
 

Bonne lecture gosh loove
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MessageSujet: Re: The Limit is the sky Lun 18 Juil - 11:14


#1

Le bruit se met à me marteler sans prévenir. Une véritable agression auditive. Le genre de truc au delà du supportable, qui vous met mal dès le matin. Le matin, ouais. C'est la troisième fois que j'entends cette horreur, en un laps de temps d'une heure, sans pour autant réagir. Je ne suis pas prêt. Pas prêt à me lever, ni à affronter mes parents, -ma mère en particulier-, et encore moins à aller en cours. Non, je ne suis définitivement pas en état aujourd'hui. C'est beaucoup trop me demander, ou du moins, spécialement ce matin là. Je n'ai pas l'envie d'émerger, ni la foi de faire ne serait-ce qu'un simple mouvement. Je me contente alors de me basculer sur le côté et d'écraser durement ma main sur le réveil pour qu'il finisse enfin par la fermer. Oui, enfin. Puis, mon corps se retourne mollement, s'enfonçant toujours un peu plus dans le matelas que j'ai trop longtemps fréquenté et qui est imprégné de l'empreinte de mon corps. C'est dur. Je passe alors une main fébrile sur mon visage, le frotte le plus activement possible avant d'ouvrir les yeux et de me retrouver en tête à tête avec mon plafond. Génial. Ça sent encore la journée de merde, à des kilomètres. À l'image de la nuit que j'ai passé en fait. Désespéré, je souffle un "putain" qui m'est devenu familier, depuis un bon bout de temps. Il semble être devenu le maître mot de mon vocabulaire, juste devant "merde" et "fait chier". Je ne jure que par ces vulgarités depuis que ma vie m'échappe, depuis que tout part en vrille. Depuis que mes parents ont choisi de divorcer. Depuis ce moment là, c'est la troisième guerre mondiale du silence à la maison. Ils se croisent mais ne se disent rien. Ils se frôlent sans jamais se toucher. Ils se regardent sans jamais se voir. Alors oui, putain. C'est du grand n'importe quoi, de l'absurde et moi, ça m'étouffe. J'ai besoin d'autre chose que de ça. J'ai besoin de liberté et de tranquillité mais ça ne vient pas. Je n'en trouve pas. Alors, je reste con, enroulé dans mes draps, sans vouloir me lever mais sachant pertinemment que ...

"Noah ! Qu'est-ce que tu attends pour te lever ?"

... Mais sachant pertinemment que ma mère n'allait pas tarder à hurler, ce qui n'a pas manquer. Je m'attends même à la voir débouler d'ici cinq seconde en furie dans ma chambre, sans prendre la peine de toquer et je ne peux m'empêcher de faire le décompte dans ma tête, tout en me redressant parce que je sais qu'il vaut mieux qu'elle me trouve dans un début d'effort que dans un état de néant total. Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un. Je me lève. Elle entre.

"Tu fous quoi, encore en pyjama là ?"

S'il y a bien un truc que je déteste, c'est les disputes à sept heure et demi du matin, alors je me contente de lever les yeux au ciel et de me lever pour me changer, sans prendre la peine de répondre, parce que franchement : en vaut-elle vraiment la peine, quand on y réfléchit ?

"Tu pourrais me répondre quand je te parle. Tu vas être en retard et..."

Elle parle et déjà, je ne l'écoute plus. J'ai trop l'habitude de ses discours alors j'ai appris à ne plus les écouter pour éviter de perdre du temps. Je lui tourne simplement le dos, me contentant de l'ignorer jusqu'à atteindre un des tiroirs où j'empile mes fringues les uns sur les autres. Je sais déjà comment ça va se passer. Je vais choisir un t-shirt et un jean, les yeux fermés sans me prendre la tête, parce qu'il est bien trop tôt pour ça, surtout qu'elle s'acharne.

"Noah ! Tu m'écoutes, oui ou bien ?"

Je soupire.

"Maman, sort de ma chambre, s'il te plait. Je dois me changer."

C'était vrai, mais pas franchement la meilleure des excuses. Je veux juste qu'elle me fiche la paix. Je veux juste retrouver le calme de ma chambre et pas prendre sur la tronche la boule de nerf qu'elle est devenue et qu'elle n'arrive pas à contrôler. C'est pas ma faute à moi, si ça ne va plus entre eux.

"Maman, sort."

Et elle s'exécute, sans rien demander, ce qui m'arrange franchement. Elle sait parfaitement comment je suis le matin et ce que signifie la voix sèche que j'ai pris en m'adressant à elle. Ce n'est vraiment pas le moment pour ce genre de truc. Mon taux de tolérance est à son minimum et mon impulsivité n'est un secret pour personne sous ce toit. L'avantage, c'est qu'avec ma mère, ce n'est jamais trop compliqué de se faire comprendre, même si avec mon père, c'est tout de même un peu plus embêtant, parce qu'il est un homme, un vrai. Et j'ai beau avoir une grande gueule, un père reste un père, surtout quand on a le mien.

Finalement, je finis par m'extirper de la salle de bain, après un passage rapide mais qui tout de même, n'a pas manqué de me faire voir certains trucs que j'aurais préféré ignorer. J'ai eu le temps de comprendre ce que je n'avais pas remarqué immédiatement. Aujourd'hui, je fais peur et les cernes ainsi que les creux de mes joues donne l'impression d'une gueule de bois inexistante. J'ai juste cette tête là et je n'ai ni le temps de faire disparaître les poches sous mes yeux, ni de prendre du poids. Je suis déjà en retard et ça n'est pas franchement la meilleur des choses qui puissent arriver parce que je sais ce qui m'attend en arrivant au lycée. La vieille peau de la conciergerie. Celle qui ne manque pas une occasion de me tomber dessus depuis le jour où j'ai malencontreusement renversé mon café sur elle, en la croisant au détour d'un couloir. Je ne l'ai jamais spécialement porté dans mon coeur, mais depuis ce jour là, c'est réciproque et c'est une guerre sans fin qui fait rage. Je sens déjà son regard rempli de mépris m'analyser des pieds à la tête et sa voix me hurler "C'est la dernière fois, Monsieur Stanfer. La prochaine, c'est trois heures" et encore, si j'ai de la chance et que les trois heures ne tombent pas au moment où je franchirai la grille. Ça fait plusieurs fois qu'elle me sort la menace et je m'attends au pire chaque fois, en passant pourtant toujours entre les mailles du filet mais cette fois, je le sens, c'est la bonne ou la mauvaise.. Disons que c'est subjectif, comme notion.

Ma mère n'est pas remontée me voir depuis son premier passage et ne le fera surement pas, ce qui me soulage et me convient totalement. J'ai pas envie qu'elle me sermonne avant que l'autre folle ne le fasse ou même qu'elle me dise de me bouger, parce que, je le sais, merci. J'ai fais du plus vite que j'ai pu et je me suis glissé dans un slim noir, troué par ci, par là et un t-shirt blanc. De la simplicité ou de la banalité, ça aussi, c'est subjectif.. Du manque d'originalité comme disent certains. Des abrutis pour moi, des révolutionnaires du style pour eux. Des connards à la mode, soit disant. Ces genres de trous du cul qui sont tous fringués pareil et qui vous regardent de travers à la moindre occasion. La barbe. Heureusement que je m'en fous. Heureusement que ces trucs ne m'atteigne pas et ne m'ont jamais atteint. Jamais. Je ne suis pas ce genre de type con, qui se préoccupe du plis de sa mèche plus que de son avenir ou du revers de son jean plus que de son estime pour lui même. Non. Je ne suis pas celui-ci. Celui que toutes les filles regardent, ou carrément dévorent des yeux, ou du moins, je ne suis pas au courant. J'ai toujours trouvé ça ridicule et inutile. J'ai toujours trouvé ça hypocrite et faux. Ce que je déteste au plus haut point. Quitte à passer pour un impopulaire, je préfère avoir ma propre personnalité plutôt que de m'en inventer une, comme ils essaient de le faire, en vain, à mon sens. Comme Amy essaie de le faire. Je soupire en pensant à elle. Quelle tâche. Je sais parfaitement à quel point, elle, elle s'intéresse à ce genre de truc. Être toujours dans les tons, sans faute de goût, rien. La perfection jusqu'au bout des ongles. Une jolie fille. Une jolie fille de plus, en quête de reconnaissance, qui se laisse influencer au point de quitter son mec. Ouais, à ce point là. Au point, qu'elle me lâche en pleine tronche qu'elle a besoin d'une pause, de prendre du recul. Un "break". Mon cul, ouais. C'est ce que j'ai pensé parce qu'il n'y avait rien d'autre à dire. Ou si, puisque j'ai tout de même répondu "Ok", sans rien ajouter de plus. Un simple petit mot, qui a suffit à la faire détaler, une fois le rouge remplissant ses joues et qui m'a permis de comprendre en la voyant rejoindre ses amies, qu'elle n'avait rien fait de plus que ce qu'elles lui avaient demandé et ça, ça n'avait fait que m'exaspérer. Quand j'y pense, j'ai toujours su qu'elles ne me portaient pas dans leurs coeurs et qu'elles avaient tendance à me critiquer, mais de là à pousser une nana influençable à me jeter comme un malpropre, j'aurais jamais cru. L'avantage, c'est que ça n'a fait que renforcer mon opinion pourrie que j'ai toujours eu pour ces pimbêches et ça prouve que je ne me suis pas trompé. Ce qui dans tous les cas n'arrive que rarement. Je savais parfaitement que ce genre de truc risquait d'arriver, mais pas aussi rapidement. Non, pas vraiment. Je m'attendais à ce qu'elle me quitte par sms ou qu'elle me dise qu'elle avait quelqu'un d'autre, pas qu'elle me parle de break. Le break, c'est pour moi, une belle merde. Une grosse excuse de lâche, pour ne pas avouer qu'on n'en veut plus. En entendant ce simple petit mot, j'ai simplement haussé les sourcils puis quand j'y pense, je me dis que ça ne me fait rien. Pas que je m'ennuyais avec elle, mais on ne peut pas vraiment dire que c'était la folie, entre nous. Quand je n'avais pas la flemme de la voir, je n'avais rien à lui dire et si par miracle, j'avais quelque chose à lui raconter, je n'avais pas suffisamment de motivation pour me convaincre de la rejoindre. Alors oui, je suis je-m'en-foutiste et non, je ne me sens pas coupable. Jamais.

Plus ça va et plus je m'enfonce. Dans mon retard, je veux dire. Plus le temps passe, et plus mes chances d'échapper aux heures de colles se dilapident. J'ai espéré pouvoir choper le bus. J'ai espéré que marcher vite suffise. J'ai espéré à tord parce qu'on m'a toujours répété que l'espoir fait vivre. Mon cul. C'est à l'image de "qui ne tente rien n'a rien". Deux belles conneries. Deux beaux mensonges. Deux proverbes à la con qui font vivre des gens. Des faibles, j'imagine mais pas moi. En aucun cas. Amy avait tendance à réfléchir comme ça, et peut-être que "faute avouée, à moitié pardonnée" lui dicte sa vie puisque lorsque mon téléphone vibre dans une courte secousse, c'est son nom, -le vrai- qui apparait sur l'écran de mon smartphone. Je dois avouer que ça me surprend, mais sans plus. Plus dans le mauvais sens que dans le bon. Je me demande ce qu'elle peut bien vouloir avec son message et je décide de ne pas l'ouvrir parce que je sais déjà quel genre de truc je risque d'y trouver. Une demande. Une envie de retour. Une envie de se faire pardonner, mais je n'ai pas le temps. Je n'ai pas de temps à lui accorder ce matin, alors je fourre l'appareil dans la poche arrière de mon jean, j'enfonce les écouteurs dans mes oreilles, je monte le son et je quitte la maison. Et je marche sans m'arrêter jusqu'au lycée puisque de toute manière, quitte à être en retard, au point ou j'en suis, l'être vraiment. Et puis, ça fait du bien. Ne penser à rien, si ce n'est au rythme qui bat à l'intérieur de ma tête.J'veux plus être absent d'ma propre vie, à regarder nos p'tites histoires passer à côté d'la grande.Cette chanson passe en boucle dans mon ipod depuis trois jours, selon ma demande. C'est fou ce qu'elle peut faire de l'effet. Ce genre de truc qui fait que je m'y retrouve, qui fait que je réfléchis. Parce que voilà, c'est tout moi, à quelques exceptions près. Pas de gueule de bois du lundi matin, pas d'envie d'appeler à l'aide, rien. Juste ce besoin de faire le point, de plus être absent de ma propre vie, justement. C'est terrible comme sentiment. Ce truc qui vous bouffe de l'intérieur parce que vous sentez bien que vous n'avez pas votre mot à dire, ni rien à faire pour que ça soit votre vie. Ce truc qui vous fait bien comprendre que vous ne contrôlez rien, même si vous le croyiez.

C'est particulièrement compliqué. J'ai d'abord réellement cru à une crise de la majorité, qui s'approche à grand pas, sans que je la vois vraiment venir. Dix-huit ans qui passent plus vite que personne ne peut l'imaginer, même pas moi et ça craint. Je broie du noir. Ou plutôt, c'est l'impression que je donne, à foncer la tête baissée, les yeux rivés sur mes converses blanches et les mains profondément enfoncées dans les poches de ma veste, l'une entourant mon portable qui vibre pour la deuxième fois. Amy. Encore. Quelle surprise, vraiment. Je lutte. Je lutte réellement avec moi même pour ne pas déverrouiller ce foutu truc, l'appeler et lui balancer à la gueule toutes les atrocités que mon état fait apparaître dans mon esprit. Après tout, c'est elle qui m'a quitté. C'est elle qui a essayé de m'embobiner avec son histoire du besoin de recul. C'est elle qui a choisi toute seule, comme une grande, de mettre fin à ce que nous étions, même si nous n'étions que très peu de choses, étant donné mon manque d'implication évident. Alors oui, c'est elle, la fautive, -et sa bande de cruches, aussi. Je sais pertinemment qu'elle adorerait que je lui téléphone, pour lui dire à quel point elle me manque, à quel point j'ai besoin d'elle ou encore à quel point je ne peux vivre sans elle, mais je ne le ferais pas. Je ne le ferais jamais. D'ailleurs, il n'en a été question à aucun moment depuis qu'elle a tourné les talons en me laissant seul avec mon étonnement. Je ne suis pas ce type romantique qu'elle rêve d'avoir à ses côtés. Je ne suis pas ce type populaire qui lui apporterait le statut qu'elle veut tant se procurer alors je comprends. Mais ça me démange. Je meurs d'envie de composer son numéro et de lui dire d'aller se faire foutre. Parce qu'elle m'a jeté et parce qu'elle croit qu'elle peut me téléphoner ou me contacter pour se faire pardonner. Parce qu'elle croit que je reviendrais. Alors oui. Qu'elle aille se faire foutre. Il est hors de question que je me préoccupe de cette histoire, de cette perte de temps. Il est hors de question que je me pourrisse l'esprit encore plus qu'il ne l'est déjà en ce moment.

Ce n'est définitivement pas pour moi, ce genre de prise de tête, alors je laisse sonner, augmentant le volume dans mes oreilles. Je veux qu'il ne reste plus dans ma tête que les notes de musiques de ma playlist. Uniquement ça et rien d'autre. Me vider la tête, voilà ce que je veux. Pas entendre Amy me supplier de revenir. Pas entendre la folle de la conciergerie s'acharner contre moi avant de me coller. Pas entendre ma mère pleurer de colère. Je ne veux rien, si ce n'est le vide. Moi qui d'habitude y arrive plutôt facilement, j'avoue que cette fois, j'ai du mal. J'ai du mal parce que même la mélodie propre à Sleeping at last ne m'apaise pas, parce que je sais qu'en arrivant je vais affronter la cauchemardesque vieille peau, et parce que je vais devoir, toute la journée, faire en sorte d'éviter mon ex petite amie. L'enjaille, en somme. Une belle journée de merde, comme celle d'hier, et celle d'avant hier, et toutes celles qui précèdent depuis une semaine et demi, environ. Une véritable torture cérébrale, surtout quand les profs vous surcharge pour mieux vous "préparer" à ce qui vient. Mon cul. Je me sens plus étouffé par la scolarité qu'aidé pour mon avenir. Et je me sens aussi plus harcelé qu'en tentative de récupération quand mon téléphone vibre une troisième fois. Une troisième fois, qui pour moi, n'est rien de plus que la fois de trop. Mon visage se crispe et un "putain" s'échappe entre mes dents. Je n'ai pas envie de lui parler, ni même de l'écouter et pourtant, cette fois, je décroche et tout en portant le portable à mon oreille, je sors l'écouteur pour faire de la place.

"Allo?"

Bien Noah, bravo. Toi qui voulait l'envoyer se faire foutre il n'y a pas plus de dix minutes, tu le fais royalement bien avec ton "allo" tout pourri. C'est vrai. Je regrette aussitôt quelque chose d'aussi neutre et je me dis que j'aurais préféré un "qu'est-ce que tu me veux?" mais c'est trop tard.

"Noah ..."

Je lève les yeux au ciel en entendant mon prénom, prononcé d'une voix brisée, détruite, au bord de la crise de larme et pourtant, ça ne me fait rien. Elle m'appelle juste pour me rappeler mon identité ou comment ça se passe ? Si c'est uniquement pour ça, autant raccrocher immédiatement, parce que je sais parfaitement qui je suis et j'ai envie de lui dire. Noah, ouais. Le mec que t'as largué pour tenter de garder la place au soleil que tu peines à te construire et que tu n'as même pas encore. Le mec que tu harcèles depuis que tu t'es rendu compte que peut-être, ça n'arrivera jamais. Le mec que tu as cru pouvoir berner avec ton histoire de "break" Le mec qui, tu pensais, serait toujours là pour toi. Le mec sur qui tu avais tout faux. J'ai envie de lui dire, mais rien ne sort de ma bouche, et rien non plus de la sienne. Elle ne dit rien. J'entends simplement son souffle de l'autre côté de l'appareil, et certaines de ses tentatives aussi. Des "Je.." ou des "Noah..." me parviennent sans pour autant que ça n'aille plus loin. Elle n'y arrive pas et moi, je ne fais rien pour l'aider. Je n'ai rien à lui dire, et visiblement, elle non plus. Alors pourquoi m'appelle-t-elle ? Pour s'excuser, j'en suis sûr.

"Noah, je suis désolée, je ..."

Gagné. Elle s'excuse.

"Désolée pour quoi Amy ?", l'interromps-je. Je voulais simplement lui raccrocher au nez mais finalement, j'ai fait l'effort de répondre. Je suis resté le même que la dernière fois qu'elle m'a vu. Froid et distant autant dans mes mots que dans l'attitude que j'ai eu envers elle, quand elle m'a appris la nouvelle. Vraiment, de quoi peut-elle être désolée, si ce n'est d'avoir agit comme une idiote... Je n'ai pas besoin de ses excuses, ni aujourd'hui, ni demain. Je m'en fous et je me garde bien de jouer le mec triste et affecté par notre rupture. L'hypocrisie n'a jamais été mon truc et elle le sait. Je soupire face à son silence tandis que c'est The Weekend qui cette fois hurle dans mon oreille gauche. I left my girl back home, I don't love her no more. C'en est presque flippant. Comment ces paroles précises peuvent retentir en moi, pile à ce moment là, alors qu'elle essaie comme elle peut de faire une phrase depuis au moins deux minutes, voir trois, de l'autre côté de l'appareil ? J'ai ralenti l'allure, jusqu'à m'arrêter totalement. Cette fois, je mets la playlist sur pause et je soupire longuement.

"Écoutes Amy, j'ai pas ..."

Immédiatement, je m'interromps ou plutôt, je me fais interrompre.

"Noah, je ... Je suis désolée, j'aurais pas dû.. Je t'aime!"

Puis c'est le silence radio. Elle a raccroché et moi, comme si de rien n'était, je range mon portable à l'endroit même où il était pas plus de cinq minutes auparavant. La seule chose que je retiens de cet échange c'est que, un, elle est vraiment influençable, deux, elle est fragile, et trois, j'ai perdu du temps en répondant et je regrette de l'avoir fait. Tout comme je regrette d'avoir laissé sonner mon réveil trois fois ce matin avant de réagir, en fait. Comme quoi, notre rupture ne m'affecte pas particulièrement. Je ne peux pas dire que je sois exceptionnellement doué pour tout ça. Moi et les démonstrations d'affection, on a toujours fait tout sauf un. Je veux dire... Ça n'a jamais été mon fort et je sais que ça ne le sera jamais. Après tout, est-il vraiment possible de changer quelqu'un à dix-sept piges ? J'en doute, et pas qu'un peu. Et encore moins quand on est aussi peu influente qu'elle ne l'était, elle. Parce que, je n'allais pas me le cacher, elle n'a jamais rien changer en moi, preuve que ce n'était pas réellement l'Amour, avec un grand A. Un amour auquel je ne crois pas, soit dit en passant. C'était juste une fréquentation, de celles qu'on classe dans les "histoires à oublier" avec le temps, de celles qui nécessitent un effort pour que vous vous en souveniez. C'est ce genre de relation que j'ai eu avec Amy et c'est surement pour cette raison que c'est si peu important pour moi d'avoir entendu ces deux misérables mots que sont "je t'aime" et dont tout le monde use à tord et à travers, de nos jours. Quand j'y pense, c'était si familier chez elle, que j'ai rapidement compris que ça ne signifiait rien de plus que si elle l'avait dit à propos d'un plat ou d'un film. Amy était, est et sera toujours l'inverse de ce que je suis moi, qui ne le lui ait jamais dit. Et ne le lui dira jamais. Je sais qu'elle en a toujours rêvé. Je sais qu'elle a toujours voulu l'entendre de ma bouche, pendant nos moments ensembles ou entre deux baisers mais ça n'a jamais effleuré mon esprit. Et si elle me posait la question, je me contentais de la faire taire, comme je savais si bien le faire, ou plutôt comme je savais que ça marchait le mieux. Elle était plutôt prévisible, c'est surtout ça, le truc. Anticiper ses réactions et sa façon de penser, n'a pas été très dur. Ça avait été l'affaire d'une semaine et demi, deux, au maximum, avant que je ne comprenne ce qu'elle voulait entendre et ce qu'elle voulait ressentir. J'ai joué au petit copain modèle tout en restant fidèle à moi même parce que ne jamais changer pour personne, je me le suis promis et je m'y tiens, comme pour le reste.

Je regarde l'heure sur l'écran de mon smartphone et là, je blêmis. Cette fois, je n'y échapperais pas, je le sais. Je sens les heures de colles chatouiller mes narines. Je sens les heures de colles me tomber violemment sur le coin de la gueule. Je sens le regard haineux de l'autre tarée, et celui réprobateur de mes parents quand ils recevront la lettre aux salutations distinguées du lycée. S'il y a bien un truc sur lequel ils restent d'accord, c'est les cours, et putain, ce que ça peut être chiant. Avec leur divorce, leurs disputes, leurs problèmes, ils trouvent encore, tous les deux, pas un moins que l'autre, le temps de s'occuper de ma vie, qui n'est en fait pas vraiment la mienne, pour le coup. Ils trouvent encore le moyen de surveiller mes notes, mes absences, mes retards, tout. Ils trouvent encore le temps jeter un oeil à ma facture téléphonique, et l'état de ma chambre et ça me désespère. Peut-être pas autant que ce que je vois au loin, mais quand même. Le lycée, la fac, l'avenir. Tout ça, ça me désole. Ça me désole de me dire qu'en moins d'une soixantaine de pas, je me retrouverai de l'autre côté de la grille. Ça me désole de me dire que dans moins de six mois, je devrais faire un choix décisif sur ma vie. Ça me désole de me dire que dans moins de quelques semaines, ma famille n'en sera définitivement plus une. Ouais, j'avoue qu'il y a un tas de trucs qui me désole, comme les stars qui crèvent avant même d'avoir l'âge d'y penser. Ou comme tous ces putains de politiques qui prétendent changer le monde ou comme ... Comme la vieille conne qui m'attend de pied ferme devant le hall de l'établissement. Et merde. Il ne me faut pas plus d'un regard pour comprendre ce qui m'attend. Plus j'avance et plus je sens ma fin approchée. Plus j'avance et plus je peux distinguer facilement l'horrible rictus qui étire désagréablement ses lèvres molles, de vieille. Plus j'avance et plus je sens l'odeur pourrie des heures de colles et du regard insistant de cette mégère m'observer alors que je serais plonger dans des punitions à n'en plus finir, parce qu'elle adore ça. Parce qu'elle est sadique, tout simplement.

Un titan, voilà ce qu'elle est. Médusa, version dégueulasse, qui peut vous tuer d'un simple clin d'oeil. Le tyrannosaure rex, version ramollie, qui peut vous pourchassez pendant des jours, -des ans, dans mon cas- sans relâche à la recherche du meilleur moment pour vous dévorer. Le père fouettard, version mamie, qui vous déteste et prend plaisir à vous donner des coups de martinet. Rien que du négatif. Une boule de moins, de défaut, de désavantage. Une boule d'horreur sapée de rideau datant de l'époque je ne sais combien. Une boule de sadisme, en fait. Une boule qui me fixe à chaque pas que je fais et qui me rapproche d'elle. Parce que non, elle ne me quitte pas un instant du regard, je le sais. Je le vois et je le sens, qui me pèse dessus, qui me fouille, même de loin. J'entends déjà sa voix ravie et stridente m'annoncer ô combien elle est heureuse de pouvoir me compter parmi les collés du mercredi après midi jusqu'à la fin de leur scolarité. Oui, je l'entends. Et je sais qu'elle n'attendait que ça. Ça fait un petit moment qu'elle n'avait rien à écrire dans mon foutu carnet et là, c'est le moment et je sais qu'elle bave à cette idée, allant même jusqu'à en perdre son dentier. Coller les élèves et leurs mener la vie dure, c'est jouissif pour elle. Ça constitue ses orgasmes quotidiens de vieille conne qui finira seule toute sa vie ou en tous cas, c'est tout ce que je lui souhaite, à défaut de la maudire. Et encore, je suis gentil, parce qu'elle le mérite et pas qu'un peu. D'ailleurs, je regrette souvent de ne jamais lui avoir souhaité de se casser une jambe, ou de mourir étouffé. Je devrais peut être m'y mettre, sait-on jamais ... Ouais, je devrais. En tous les cas, franchir la grille principale m'encourage à le faire, puisque cette fois, il n'y a plus aucune possibilité de faire demi tour. J'y suis.

Je suis entré dans l'arène, et les milliers de sectateurs inexistants s'attendent au combat du siècle. Comme un gladiateur se préparant au combat, je range méticuleusement mon Ipod au même endroit que mon portable, j'ouvre ma veste et passe une main dans mes cheveux. Ce n'est certes pas la même préparation que les héros antiques mais on fait ce qu'on peut quand on vit au XXI ème siècle. Pas d'armure, ni d'épée et c'est bien dommage parce qu'au moment où je lui fais face, j'aurais adoré voir sa tête valser à l'autre bout de la cour et flotter dans un bain de sang. À cette pensée, c'est à moi de laisser apparaître un sourire en coin, légèrement malsain sur les bords.

"-Monsieur Stanfer ... Quel plaisir de vous voir!"

Je souris, faussement.

"Le plaisir est partagé, madame."

Je me fous de sa gueule, sans même prendre la peine de dissimuler mon arrogance.

"-J'en suis heureuse ! Quelle excuse avez vous cette fois ?"

Pas envie de voir votre sale tronche, ça marche ? J'ai envie de lui sortir ça, mais je me retiens, pas franchement enthousiaste à l'idée d'aggraver mon cas d'avantage.

"Le bus et ... Le réveil."

J'aurais tout aussi bien pu lui parler d'une attaque extraterrestre qu'elle n'aurait rien remarqué puisque déjà, elle me tourne le dos et s'enfonce dans le couloir principal. Je sais que je n'ai pas d'autre choix que de la suivre. Merde, merde, merde.

"-Combien de fois, devrais-je vous le dire monsieur Stanfer ? On entre pas ici comme dans un moulin, vous le savez, hm ?"

Quoi? Non, je n'étais pas au courant, dites donc ! Vous auriez pu me le dire avant non ? Connasse. Je lève les yeux au ciel, toujours à sa suite.

"Oui, m'dame."

Qu'est-ce qu'elle attend, franchement ? Soit, elle réfléchit au nombre d'heures de colle, soit elle a changé et m'a oublié. Bizarrement, j'opte pour la première option.

"-Vous savez qu'on ne peut tolérer une chose pareille, n'est-ce pas ? Une demi heure de retard, c'est inacceptable."

Elle m'emmerde. J'ai qu'une seule envie, soupirer et faire demi tour pour rentrer chez moi. La porte de son bureau finit pas s'ouvrir. Elle s'engouffre à l'intérieur et moi, machinalement, je sors mon carnet. J'ai tellement l'habitude que j'évite de perdre du temps et franchement, elle pourrait carrément me remercier, en fait. Je me place dans l'encadrement de la porte et je l'observe s'installer. Elle s'écrase dans son fauteuil à roulette et appuie ses avants bras sur le bureau laissant apercevoir des bagues en toc sur ses doigts. Et c'est à ce moment que commence le duel. Celui des yeux. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six.

"Monsieur Stanfer... Les heures de colles n'attendent que vous."

Fait chier.
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MessageSujet: Re: The Limit is the sky Lun 31 Oct - 13:00

#2

Du téléachat, rien que ça ... Ou bien le journal télévisé, en boucle, au choix. Est-il vraiment si tôt que ça, pour qu'il n'y est absolument rien d'autre à regarder ? Je me pose la question et instinctivement, je me retourne vers l'entrée de la maison. J'essaie d'y apercevoir depuis ma place sur le grand canapé blanc, l'horloge si précieuse que ma mère s'est procurée lors d'une enchère et dont elle vante tous les mérites. C'est, de ce que j'ai compris, une "pièce unique particulièrement ancienne" et, je cite, "nous sommes extrêmement chanceux de pouvoir dire que nous avons une telle oeuvre sous notre toit", à ce qu'il parait... Je dis ça tout simplement parce que pour moi, ça n'est rien de plus qu'un attrape-dépensier, à l'image de ceux qu'on trouve dans les marchés par exemple, en version luxe et comme toujours, ma mère s'est faite avoir. Oui, vraiment comme toujours. Enfin ... Cette "merveille" ou ce "bijou" -comme elle aime l'appeler quand nous parlons de ce simple objet- indique aux alentours de six heures vingt, mais je n'en suis pas sûre. Dans la pénombre, les grandes aiguilles sont presque impossibles à repérer, mais une chose est sûre : ce matin, je suis tombée du lit et pas uniquement au sens figuré. J'ai eu une nuit mouvementée. Et étant donné la position dans laquelle je me suis réveillée, c'est plutôt le cas de le dire. La tête écrasée sur le sol, la couette à moitié par terre à moitié sur le lit, je m'étais extirpée de mon lit sans m'en rendre compte et le réveil avait été brutal à cause du choc, évidemment. Je n'ai pas vraiment pu réaliser, ni même comprendre quel mauvais rêve avait pu me pousser à bouger autant et carrément entraîner une chute. Pourtant, je me sens bien et le manque de sommeil ne parvient pas à gâcher ma bonne humeur qui moi-même, je l'avoue, trouve étonnante. Pas que je sois le genre de fille qui pense que la vie ne vaut la peine d'être vécue, chaque fois qu'elle se lève, mais tout de même. La gaité frappe rarement à ma porte à une heure pareille et je n'émerge jamais aussi tôt qu'aujourd'hui. Ça doit bien être la première fois depuis longtemps que je n'entendrais pas mon réveil sonner et ça ne surprend pas que moi. Lorsque j'appuie pour la énième fois sur un des nombreux boutons de la télécommande, la lumière de l'immense pièce que j'occupais seule jusque là s'allume et m'oblige à me retourner. Ma mère se trouve là, en robe de chambre, une main tenant les deux pans de son vêtement et l'autre posée sur l'interrupteur responsable de mon aveuglement soudain. Ses yeux, qui viennent de s'ouvrir il n'y a pas dix minutes, sont fixé sur moi.

"-Émilie ?"

Je lui souris légèrement.

"Bonjour Maman.."

Je chuchote presque parce que je sais que mon père et surtout mon frère dorment encore à l'étage.

"-Mais qu'est-ce que tu fais déjà debout ? Ça ne va pas ?"

C'est bien ce que je disais. Rien dans mon comportement de ce matin n'est habituel au point que ma mère s'inquiète pour rien. Soupirante, je décroise mes jambes pour défaire ma position d'indienne et me lève pour me diriger vers elle. Je dépose un baiser délicat sur sa joue avant de la prendre dans mes bras et appuyer ma tête sur son épaule. On ne peut pas dire que je n'aime pas ma mère. S'il y a bien une chose que je ne comprends pas, ce sont les adolescentes dites rebelles. Celles qui se disputent avec leurs mères, les critiquent, les insultent. Moi, je ne peux pas. Pas plus avec mon père, d'ailleurs. J'ai eu une enfance relativement heureuse, dans le genre "dit moi ce que tu veux et on y court". Ce genre d'enfance là. Le genre d'enfance dont tout le monde rêve. Le genre d'enfance souvent entachée par une absence fréquente des parents, ou un divorce. Pas chez moi. Je me considère comme relativement chanceuse.

"Si, ça va très bien, pourquoi ? Je voulais juste prendre le petit-déjeuner avec toi, avant que tu ne partes au travail ..."

J'ancre mon regard foncé dans le sien, quasiment identique et je peux parfaitement voir toute l'inquiétude et l'hésitation qui s'y trouve. Elle me croit uniquement à moitié. Je sais qu'elle est suspicieuse et se pose un tas de questions que j'ai l'impression de voir défiler dans ses pupilles.

"On va se le faire ce petit-déjeuner ou on reste planté là à se câliner comme quand j'avais cinq ans ?"

Finalement, un sourire étire ses lèvres qui, je le sais, ont toujours fait craquer mon père. Elles sont chaleureuses et pulpeuses alors je le comprends. Ça fait longtemps que nous n'avons pas fait ça, et même si je n'avais pas réellement anticipé ce petit rendez-vous matinal mère/fille, je suis contente de trouver l'occasion de le faire.

"-Oui, allons-y ! J'espère qu'il reste du Nutella et que tu n'as pas tout fini, hein Émilie?"

Je fais la moue lorsqu'elle me lance ce regard mi-accusateur mi-complice que je connais si bien. Quand j'y pense, je ne suis pas certaine qu'il reste quoi que ce soit de chocolaté dans le pot en question, mais comme si j'étais tout à fait innocente, je hausse les épaules tout en relâchant l'emprise affective que j'avais sur ma mère.

"Je préfère prévenir que dans tous les cas, je ne suis pas responsable, c'est lui qui s'est fait manger ! Moi, je n'y suis pour rien !"

Je prends le ton le plus sérieux possible, mais je sais très bien que ça ne fonctionnera pas longtemps et ça ne manque pas. Silencieusement, nous pouffons en même temps avant qu'elle s'approche et m'embrasse sur le front.

"-Le temps passe beaucoup trop vite..."

Et sur ses mots, nous nous glissons jusqu'à la cuisine, presque sur la pointe des pieds, comme quand j'étais enfant.

Tandis que je mets en place les bols et les assiettes que ma mère a extirpé d'un des nombreux placards, je réfléchis aux derniers mots qu'elle m'a dit, avant que nous nous affairions à la préparation du repas "le plus important de la journée", comme elle dit. Le temps passe beaucoup trop vite, c'est vrai et je sais parfaitement à quoi elle fait allusion. Elle n'est pas sans savoir qu'il ne me reste que très peu de temps à vivre avec elle sous le même toit, que d'ici quelques mois, j'aurais passé mon bac et que bientôt, j'aurais déménagé, surement changé de ville et commencé une nouvelle vie, ma vie. Elle sait que ça approche de plus en plus vite et je le ressens également, même si je ne doute pas qu'elle s'en inquiète beaucoup plus. Finalement, je trouve ça normal, et même plutôt mignon. Je m'assois sur un des hauts tabourets de la cuisine et je l'observe. Elle est concentrée et appliquée à la tâche, qui pourtant, n'est pas franchement difficile en soit. Faire chauffer du lait et tartiner des toasts n'a jamais été une épreuve du quotidien pour qui que ce soit, mais ce matin, spécialement, je sens que c'est différent. Ma mère, qui est toujours pressée d'ordinaire, prend étonnamment tout son temps. Elle fait les choses bien, pour moi et ça me fait un bien fou. Depuis combien de temps n'était-ce pas arrivé ? Inconsciemment, je souris. Je souris en regardant ses gestes attentionnés et précis qui me fascinait quand j'étais petite et que je peinais à m'assoir sur le tabouret. Je souris en regardant sa silhouette, légèrement plus petite que celle de mon souvenir. Je souris en l'observant simplement, en décortiquant chaque parcelle du corps et de l'être parfait qu'elle représente à mes yeux. La reine de mon univers. La "femme de ma vie". La seule et l'unique qui, je le sais, sera toujours là pour moi, quoi qu'il advienne que je réussisse ou que j'échoue, que je m'envole ou que je tombe. Celle qui saura toujours comment panser mes blessures et guérir le moindre de mes maux. Je le sais et c'est pour ça aussi que je l'aime, au delà du fait que nous sommes lié par quelque chose d'indestructible. Quand elle se tourne vers moi, elle est tout sourire et je ne peux m'empêcher d'étirer un peu plus le mien.

"-Au menu, aujourd'hui: lait chaud, pancakes et ... Nutella, ou du moins, ce qu'il en reste... Cela vous convient-il, mademoiselle ?"

Satisfaite, j'hoche la tête et lui tend mon assiette pour qu'elle y mette un pancake. J'adore ce moment et je décide d'en profiter au maximum.

"Tu dois être au travail à quelle heure ?"

Je pose cette question un peu tristement. Au fond de moi, j'aimerais qu'elle me réponde qu'elle n'ira pas aujourd'hui, et que moi, je n'irai pas en cours, pour que nous passions cette journée, ensemble, juste elle et moi. Une mère et sa fille, juste ça.

"-Normalement, huit heures vingt, par là ... Mais je vais t'accompagner en cours ce matin, je vais prévenir que j'arriverais plus tard. Tu commences bien à neuf heures, non ?"

Je suis heureuse. Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi, et c'est étrange mais cette nouvelle ajoute à ma bonne humeur journalière et contribue à me faire penser qu'aujourd'hui est une bonne journée.

"Oui ..."

Ma réponse n'est qu'un souffle et immédiatement, j'engouffre un morceau de mon petit-déjeuner dans ma bouche. Je prends mon temps puisque de toute manière, il est tôt et que je suis plus qu'en avance. Je me contente de vivre le moment présent, pourtant particulièrement anodin, mais exceptionnel pour moi. J'aime ça. Je la vois tapoter sur l'écran de son iphone tout neuf qu'elle s'est récemment acheté. Je sais qu'elle prévient de son retard, qu'elle annonce qu'elle arrivera plus tard à cause de moi. Pour moi. Ma mère ne fait jamais ça, mais quand je vois le sourire qui étire son visage lorsqu'elle pose son smartphone écran contre le marbre du comptoir, je ne peux m'empêcher de lui rendre. En revanche, quand je vois cet air de malice dans son regard, mes lèvres se tordent. Je sens que ce rencard mère/fille va tourner à la discussion intime. J'adore ça. Ironie quand tu nous tiens. Dans l'espoir d'esquiver ce genre de conversation, je plonge la tête dans mon bol pour en absorber le lait. Ma mère disparaît alors de mon champ de vision le temps de quelques secondes, mais alors que je repose finalement le récipient, la voilà qui me fixe. Je le sens venir à grand pas et je me dis qu'il est véritablement préférable que je prenne les devants.

"Alors ? Ca se passe comment au bureau ?"

Quelle tentative pitoyable, vraiment. A l'instant où je pose cette question, je regrette. Il est tellement simple de me retourner la question et même de la détourner que je me sens stupide. Pourtant, à sa réponse, je comprends vite qu'elle préfère préparer le terrain avant de s'y aventurer.

"-Ca va, ça se passe comme ça se passe, tu sais ... C'est le travail ... J'imagine que c'est pareil pour toi au lycée, me tromps-je ?"

Et voilà. Je souris innocemment comme pour confirmer ses dires, mais aussi pour éviter d'avoir l'air de ne pas vouloir en parler.

"Oui, c'est pareil, c'est sûr. Moi, ça va. C'est le lycée quoi."

C'est étrange. Étrange dans le sens négatif, en fait. La conversation est étrange. Elle l'est parce que j'ai l'impression de parler à une étrangère, malgré moi. J'ai l'impression d'avoir croiser une connaissance dans la rue qui me poserait cette question futile dont elle n'attend pas forcément la réponse, à l'image du traditionnel "comment ça va ?", dont tout le monde se fiche éperdument quoi qu'on en pense. Ma mine se fait triste et je remarque bien que ma mère s'en est rendu compte, alors je me concentre sur mes toasts pour éviter son regard, mais c'est trop tard.

"-Je sais que tu m'en veux, Emilie ..."

Cette phrase me sort de l'hypocrisie derrière laquelle je comptais me cacher. Nos regards se croisent et je me sens terriblement mal.

"Non, maman .. C'est faux .."

C'est vrai. Mais je le garde pour moi, parce que dans tous les cas, dans n'importe quel sens que ce soit, je suis fautive autant qu'elle et puis, y pouvons nous vraiment quelque chose ?

"-Je sais qu'on aurait du faire ça plus souvent, Emi'... Je sais que j'aurais du être plus souvent là pour toi, j'aurai du..."

Je l'interromps en posant fortement le couteau sur le marbre. Je ne veux pas m'aventurer dans ça. Je ne veux pas savoir à quel point elle est désolé, ni même qu'elle me dise qu'elle est une mauvaise mère. Je ne veux pas que la conversation tourne ainsi. Je ne veux pas me sentir coupable. Je ne veux pas avoir à subir ça.

"C'est rien ... C'est la vie."

La vie, oui. Celle qui passe comme elle l'a si bien fait remarquer avant que nous entrions dans la cuisine. Celle qui sépare. Celle qui fait mal. Finalement, j'avale le fond de mon bol avant de soupirer. Au fond, j'aurais peut-être préféré parler du lycée et des amours inexistant mais qu'elle s'invente quand même.

Je n'irais pas jusqu'à dire que ce petit-déjeuner s'est mal terminé, mais je n'en suis pas loin. La révélation psychodramatique de ma mère a jeté un froid sur l'ambiance qui pourtant, avait tout pour être agréable. Après ça, je n'ai plus rien dit, si ce n'est la remercier pour ce qu'elle m'avait gentiment préparé avant de me rendre dans ma chambre pour me préparer puisque dans tous les cas, elle m'emmenait toujours au lycée, ce matin. Aujourd'hui, je veux être jolie. Pas que ça ne soit pas le cas les autres jours, mais je ne sais pas vraiment pourquoi, je prête une attention toute particulière au choix de mes vêtements. Je choisis méticuleusement en fonction des couleurs, un pull noir, plutôt simple mais suffisamment long pour ressembler à une robe, que j'accompagne de chaussettes hautes bordeaux. Puis j'hésite, comme d'habitude. Je passe et repasse devant mon miroir, en tournant sur moi-même tout en gardant un oeil sur mon apparence. J'attrape mes cheveux, les relève, les relâche et ainsi de suite afin de voir ce qui m'irait le mieux aujourd'hui. Leur couleur ne cesse de changer. A l'origine roux, limite poil de carotte, il ne cesse de changer les années passant, en devenant de plus en plus foncé, à l'image de ceux de ma mère. C'est fou ce que je lui ressemble. Tout le monde me l'a toujours dit, mais il m'a fallu attendre tout ce temps pour que je m'en rende compte. Dix sept ans, pour que je prenne conscience que ce qui nous lie n'est pas seulement psychologique ou instinctif mais aussi physique. J'en suis contente. J'en suis même ravie parce que ma mère est une belle femme. Une personne élégante, à la silhouette élancée et fine. Une femme sûre d'elle, qui n'a pas froid aux yeux. Finalement, notre ressemblance se limite à l'apparence. Je n'ai rien pris de son caractère. Absolument rien. Si on devait me décrire, on prendrait plutôt mon père pour exemple. Discret, timide, réfléchi et intelligent. Tout en modestie. Tout moi, en fait. Ma mère est, elle, un peu plus entreprenante et finalement, l'opposé de mon père. Je m'assois sur mon lit en soupirant. Ils sont tellement parfaits que ça en est presque croyable. Ils sont tellement complémentaires surtout, tellement en besoin constant l'un de l'autre qu'ils ne font que confirmer le fameux "les opposés s'attirent". Ils en sont le parfait exemple et je les envie. Je les envie parce que je me dis qu'ils sont aussi parfaitement illusoires et que de telles rencontres ne sont plus possibles de nos jours et que ça ne m'arrivera jamais. J'ai un peu honte parfois. J'ai un peu honte de penser à ce genre de choses, ce genre de rêve de petite fille, ce genre d'idiotie. Je me laisse tomber sur le dos, tout en expirant.

Je ne suis plus une enfant. Ou du moins, c'est ce qui semblerait. J'atteins cet âge fatidique que les adultes qualifient de tournant : la majorité. Pour moi, ça n'est rien de plus qu'un chiffre en plus, qui n'est noté nul part et dont tout le monde se contrefiche sauf lorsqu'il s'agit de boisson alcoolisée, et encore. Comment peut-on forcer les enfants à devenir adulte si rapidement ? C'est une bonne question, vraiment. Une question, à laquelle je n'ai pas le temps de réfléchir puisque la voix de ma mère retentit dans le hall d'entrée. C'est le moment de partir. Je me redresse énergiquement avant de vérifier une dernière fois que je n'ai rien oublié dans mon sac que j'ai fait la veille comme d'habitude. Le compte est bon et tout y est. Posant la sangle en tissu sur mon épaule, j'attrape à la volée un poncho en laine qui traine derrière ma porte et quitte ma chambre en prenant soin de bien fermer celle-ci. Personne n'a le droit d'entrer ici, sans mon accord et encore moins pendant mon absence, même pas Camélia, la femme de ménage. Je n'aime pas savoir que quelqu'un d'autre piétine dans mon espace privé alors je fais en sorte d'être toujours là lorsqu'il y a des allée-et-venues que je ne tolère pas. Pas que j'ai quoi que ce soit à cacher, mais c'est une question de principe, simplement. Personne n'apprécierait qu'on entre comme dans un moulin dans ses appartements et bien, c'est mon cas, mais aussi celui de mon frère que je croise, baillant dans les escaliers.

"Salut Jamie !"

Je dépose un baiser rapide sur sa joue en me hissant sur la pointe des pieds et poursuit ma descente pour rejoindre ma mère qui s'impatiente déjà.

"-Je veux bien t'accompagner, mais si tu continues, tu vas être en retard, Émilie !"

Elle n'a pas tord, alors je m'active. Accélérant le pas, je fonce dans le salon, pour y récupérer mon téléphone et je hurle à mon père de passer une bonne journée parce que je l'entends dans la cuisine qui se fait son café. Je n'ai pas le temps d'entendre sa réponse que déjà, mes converses noires sont chaussées et que je quitte la maison à la suite de ma mère. Son Range Rover est garé juste devant le portail près à partir. Je me glisse à l'intérieur côté passager et je m'attache avant même que ma mère ne me fasse la réflexion. La voiture démarre et je sens ses vibrations jusque sous mes fesses, profondément enfoncées dans le fauteuil beaucoup trop confortable pour être celui d'une voiture. À peine passé la grille métallique coulissante que je m'enfonce déjà, posant ma tête plus confortablement contre l'appui prévu à cet effet. J'ai envie d'écouter de la musique, d'allumer la radio et de monter le son pour ajouter à ma bonne humeur du jour, mais ma mère en a décidé autrement.

"-Je suis désolée pour ce matin, chérie. Je ne voulais pas que ça tourne ainsi .."

Et c'est reparti. Cette fois, je lève les yeux au ciel, un peu inconsciemment.

"C'est bon maman, on est pas obligé de parler de ça et d'en débattre trois heures. Ça va."

Je n'en avais pas envie et ce n'était pas vraiment ce dont on avait besoin, ni elle, ni moi. Je n'avais pas envie de gâcher cette journée qui, je le sentais depuis très tôt ce matin, s'annonçait bien ! Elle soupire avant de lâcher un "ok", résigné. Je suis soulagée. Soulagée d'échapper à la dispute mère/fille que je n'ai pas eu depuis longtemps, faute de temps et de dialogue, je pense. D'investissement aussi peut-être. La vie fait que des problèmes nous perturbe, attirent toute notre attention et nous détourne de l'important, de la famille. Alors oui, la faute à l'investissement, j'en suis convaincue. Satisfaite, donc, je pose mon regard sur l'extérieur, que je fixe à travers la vitre. Le paysage défile. Un paysage que je ne connais que trop bien. Le bus, qui d'ordinaire me conduit jusqu'à mon lycée emprunte exactement le même chemin, à l'exception d'une rue que ma mère croit être un raccourci, mais qui n'est en fait rien de plus qu'un moyen de se prendre les embouteillages de la rue principale. Si ça lui fait plaisir, je préfère ne rien dire. Ne jamais la contrarier. Jamais.

Le trajet s'est fait sans un mot. Ou presque. Chacune de nous deux a effectué de vaines tentatives sans réellement aboutir à une conversation descente. Rien n'a mené à quelque chose d'intéressant et nous avons vite laissé tomber. Finalement, ni elle, ni moi, n'avions d'idée originale et il nous est paru préférable de garder le silence. Ce que nous avions fait. Pourtant, je n'ai pas trouvé ça particulièrement agréable. Loin de là. Pas que j'habite très loin de l'établissement, mais une vingtaine de minutes peut passer extrêmement lentement quand on est tendu ou simplement dans une situation embarrassante comme c'était le cas avec ma mère. Lorsqu'enfin le bruit du moteur s'arrête, je retiens un soupir de soulagement. Le calvaire prend fin, et je vais enfin sortir prendre l'air, hors de cette atmosphère étouffante. Cependant, je prends tout de même la peine de saluer ma mère en déposant un baiser sur sa joue, sans pour autant m'attarder. Tout cela est particulier. Je ressens un pincement au coeur et pourtant, je meurs d'envie de m'échapper et d'entamer cette nouvelle journée qui ne m'inspire que du bon. D'ailleurs, je remarque uniquement maintenant qu'il fait véritablement beau aujourd'hui. Super. Je ne pouvais pas rêver mieux et définitivement, rien n'entache mon bonheur journalier. J'attrape enfin mon sac et m'arrache de la voiture, en évitant une flaque datant de la veille. Si ça, ça n'est pas de la chance, je ne m'y connais pas.

Inconsciemment, j'affiche un sourire à moitié certain et à moitié dissimulé. Je me dis que je vais avoir l'air bête si je me mets à dévoiler toutes mes dents comme une niaise de première catégorie alors je me retiens. Et, pour ne pas paraitre totalement à côté, je sors mon portable après une recherche compliquée dans les entrailles de mon sac débordant de feuilles, de pochettes et de cahier. C'est étrange. Celui-ci n'affiche rien, alors que normalement, j'ai toujours droit à un message de Jennie qui me prévient de sa position et de son arrivé. Immédiatement, je fais la moue parce que je me dis qu'aujourd'hui, elle m'a abandonné et qu'elle ne viendra pas. C'est nul. Nul, parce qu'elle n'a pas le droit de me faire ça, parce qu'on se l'était toujours promis. Laisser l'autre seule, pendant toute une journée ne devait arriver qu'en cas d'extrême urgence, alors finalement, quand j'y pense, l'inquiétude prend le pas sur l'agacement et je me mets à tapoter sur l'écran de l'appareil. "Comment ce fait-il que je n'ai pas reçu de message de Madame ? Est-ce que ça va ? Tiens-moi au courant !" Et je signe en soupirant. Le message s'envoie et je me remets en marche vers l'entrée où déjà, un grand nombre d'étudiants s'entassent. La foule, je déteste ça. Me faire pousser, piétiner, écarter, comme si je n'étais rien de plus que l'homme invisible est quelque chose d'assez désagréable que je n'apprécie pas. D'habitude, j'attends Jennie à l'entrée et nous nous soutenons durant cette terrible traversée des couloirs, mais pas cette fois. Cette fois, je dois me débrouiller seule. Et quand j'aperçois cette dernière, près d'un casier, en face d'un gars qui semble lui faire plus d'effet que nécessaire, je fronce les sourcils. Lâcheuse. Celle-là, alors. Je savais que les garçons étaient un bon prétexte pour tout chez elle, mais de là à me laisser seule, et inquiète.. Je me vexe. Décidée, je me faufile jusqu'à elle, et enfin parvenue à son niveau, je me place derrière elle et me racle la gorge le plus fort possible pour tenter de me faire entendre au travers du brouhaha. Le jeune homme avec qui elle discute pose ses yeux trop clairs pour m'intéresser sur moi et hausse un sourcil. Je m'attends même à ce qu'il me dise clairement que je dérange, mais un peu trop timide, je préfère détourner le regard et l'accrocher à celui de Jennie. Elle me regarde surprise, et mal à l'aise. Elle sait que je sais et ça l'embête.

"-Salut Émilie ! Comment ça ... va ?"

Tantôt sur moi, tantôt sur l'inconnu, elle balance ses iris.

"Ça va merci et toi ? Je t'attendais devant le lycée et voyant que tu ne venais pas, je m'inquiétais alors je t'ai envoyé un petit message ... Mais je vois que tout va parfaitement bien !"

Un sourire gêné étire ses lèvres, maquillées d'une couleur trop beige. Finalement, je lui rends son sourire, mais cette fois-ci, qui se veut agréable.

"On se voit en cours ! Évite d'être trop en retard.."

Et sur ces mots, je l'abandonne à son don juan du moment. Après tout, elle est assez grande pour se débrouiller sans moi, et je ne suis pas particulièrement à l'aise dans ce genre de situation. J'ai toujours appris à les fuir. Les affrontements, les disputes, les moments de tension. Les longs silences, les regards insistants. Non merci, très peu pour moi. Jennie n'arrête pas de me répéter que je devrais m'ouvrir, me libérer, me "décoincer". Sauf que ce n'est pas spécialement ce dont j'ai envie et puis, ça n'est pas comme si j'étais particulièrement douée pour ça. La timidité, est une barrière, parmi tant d'autres, entre moi et les garçons.. En y pensant, je lève les yeux au ciel. J'entends ma mère me dire la même chose, presque en train de me reprocher de n'avoir que très peu d'amis et des filles, qui plus est. Je me demande si c'est vraiment de ma faute, puis je secoue la tête comme pour chasser ce genre d'idioties de mon esprit. Il y a plus important, pour l'instant : parvenir à me faufiler jusqu'à ma salle. Une épopée. Un vrai parcours du combattant. Entre ceux qui se disent bonjour en plein milieu du couloir, ceux qui parlent dans les escaliers et ceux qui vont à deux kilomètres heures... C'est vraiment insupportable. De ma petite taille, - tout est subjectif -, je me faufile autant que je le peux et évite de ci, de là, des gens qui seraient susceptible de me ralentir. J'ai l'air de cette fille pressée d'aller en cours, mais ça n'a rien à voir avec ça, ou presque pas. Je me dis simplement que, plus vite j'y suis, plus vite la journée sera finie. Je veux en profiter à fond ! J'ai prévu de proposer à Jennie qu'on fasse quelque chose après les cours, mais je ne sais pas encore quoi. Je me dis que l'idée viendra avec le temps et que, de toute façon, j'aurais de quoi réfléchir en cours. Je m'installe le plus confortablement que les chaises de la classe me le permettent à une table unique, comme toutes les autres, et sort de mon sac, ma trousse et mon bloc-notes qui ressemble plus à un carnet de dessin qu'à une aide à la prise de note. J'avoue, il m'arrive de rêvasser, mais ça n'entache en rien ma réussite scolaire. J'essaie d'être un minimum-là, pour ne pas non plus me faire rappeler à l'ordre. Je n'aime pas ça. Au moment où le professeur fait une réflexion, toute la classe se retourne et fixe la personne. C'est gênant, clairement. Alors, j'évite. Le plus possible. Je suis particulièrement en avance ce matin, prête avant tout le monde. Il manque encore des gens et une fois que le professeur de maths débarque, ceux encore debout regagnent leur place. Jennie n'est toujours pas arrivée et je me demande si elle compte venir écouter le discours barbant sur les logarithmes et les exponentielles. Plus les secondes passent, plus je finis par me résigner. Je n'espère même plus la voir débarquer. La voix molle du vieux chauve derrière l'écran de l'ordinateur hurle des noms dans l'ordre alphabétique et j'attends le mien pour ne pas louper le coche.

"Hall?"

Énergiquement, je lève le bras, accompagnant mon geste d'un "présente" avant de me remettre à gribouiller tout en jetant de vagues coups d'oeil vers la porte restée ouverte. Je ne sais pas ce que j'attends. Surement pas mademoiselle Myers en tous les cas, mais je ne peux pas m'en empêcher. C'est comme si je savais que quelque chose allait se produire, mais rien n'arrive. Sans blague. Finalement, le cours commence, mais je n'écoute pas. Je me sens absente. Je me sens là, sans l'être vraiment. Je pose ma tête dans la paume de ma main et j'attends. Les minutes passent tellement lentement que ça me désole. Je soupire à de nombreuses reprises, et les autres font de même. Le professeur parle dans le vide, en rayant le tableau avec sa craie blanche. C'est désagréable, le bruit que cela peut faire, mais on dirait que ça ne lui fait rien, comme s'il ne l'entendait pas. Remarque, ça ne serait pas impossible. Étant donné son âge, ça ne serait pas étonnant, vraiment. Cette idée me fait sourire légèrement, mais l'étirement disparaît instantanément quand la voix de la concierge parvient jusqu'à notre salle. Cette fois, ça n'est pas pour rien que je m'intéresse à ce qu'il se passe dans le couloir. Elle est énervée, ça se sent et surtout ça se voit à sa démarche. Je me demande ce qui peut bien la mettre dans cet état, alors que la journée n'a commencé que depuis une demi-heure et je comprends rapidement quand je vois à sa suite un gars qui semble plus exaspéré qu'autre chose. À mon avis, il va passer un sale quart d'heure, comme tous ceux à qui elle s'adresse de cette façon. Je n'ai jamais eu le "privilège" de la rencontrer personnellement, à l'inverse de Jennie qui doit certainement la connaitre mieux que n'importe quel élève de ce lycée.

Je lève les yeux au ciel lorsque la porte du "bureau de l'horreur" grince et vient agresser les oreilles de tous les terminales présents dans la même pièce que moi. Finalement, on entend plus que le mathématicien et sa blague pourrie que je ne prends même pas la peine d'écouter, et les autres non plus. Détendre l'atmosphère est une bonne idée, mais éviter de le faire quand on y parvient pas est encore meilleure. Je regarde ma montre et me réjouis lorsque je remarque qu'il reste moins d'une dizaine de minutes avant que l'horrible sonnerie retentisse. Puis je repense à la concierge et sa victime du jour. Sont-ils toujours dans le bureau ou le pauvre gars a-t-il été libéré depuis le temps que je l'ai vu passé ? Inconsciemment, j'hausse les épaules et jette un oeil discret à mon portable. Un message. Je déverrouille et clique sur la petite bulle verte.

"-Désolé pour toute à l'heure ! Comment ça se passe en maths ? Promis, je serais là pour le cours d'histoire ! Hors de question que je t'abandonne avec ce malade, mais comprends moi! Max est quand même plus que pas mal !"

Je souris légèrement. Non, je ne la comprends pas. Max n'est pas "pas mal". Il est au contraire le stéréotype du mec populaire et attirant qu'on a trop l'habitude de voir dans les films et séries à l'américaine. Ça ne m'étonnerait même pas que ce soit le premier de sa classe, qu'il fasse du sport, qu'il soit le meilleur, et que ses parents soient encore plus riches que les miens. Un rictus étire mes lèvres et je m'apprête à tapoter sur mon smartphone quand une ombre se glisse sur mon bloc note.

"-Mademoiselle Hall, j'espère que votre contact est plus intéressé par les logarithmes que vous ne l'êtes..."

Je lève des yeux surpris vers l'homme tassé qui tend sa main vers moi, pour me faire comprendre qu'il faut que je lui remette. Je soupire tout en posant mon iphone dans la pomme blanchâtre de l'individu.

"-Vous irez le récupérer dans le bureau d'en face en fin de journée. Décidément, qu'elle soit passée à proximité ne vous a pas porté chance.."

Je ne lui fais pas dire ... Je le regarde retourner à son bureau et reprendre son cours comme si de rien était. Toute la classe, retournée vers moi reprend ses activités et s'affaire à un exercice dont je n'ai même pas entendu parler. Décidément, je suis plus absente que ce que je pensais. Je manque presque de louper la sonnerie, c'est pour dire. Heureusement, le bruit lié au mouvement des élèves me ramène sur terre et, comme ils le font tous, je me lève, enfonce mes affaires dans mon sac et m'extirpe de la salle, les yeux rivés sur mon portable toujours sur le bureau. À quelques mètres de la porte que je viens de franchir, j'aperçois Jennie qui me fait de grands signes. Je n'ose même pas imaginer ce qui a pu arriver durant l'heure qu'elle a séchée. J'accélère le pas pour la rejoindre et ne prends pas vraiment garde à ce qui s'approche de moi. Le choc est brutal, mais pourtant, je ne m'arrête pas. Je me contente de m'excuser, tout en m'éloignant. Finalement, je pointe ma meilleure amie d'un doigt accusateur.

"J'espère que ce qui s'est passé vaut le coup, parce que je me suis fait prendre mon portable à cause de ton Max le séducteur !"

D'abord surprise, elle finit par pouffer.

"-Pour en valoir le coup, je te jure que c'était le cas!"

Et comme prévu, j'ai droit au récit de ce qui s'est passé dans la voiture sur le parking, et ce, dans les moindres détails. Génial.
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MessageSujet: Re: The Limit is the sky Mar 1 Nov - 18:19

J'AI LU comme je te l'avais dit hate hate
Et, j'aime chou Une belle plume, je trouve ça hyper fluide à lire loove
Il me tarde de lire le troisième chapitre :cute: inlove
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MessageSujet: Re: The Limit is the sky Mar 1 Nov - 18:50

Alinachouuuuu ! loove

Il est déjà écrit aha, mais je préfère attendre avant de le poster ! :arf:

Je suis contente que ça t'ai plu magnon sex
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The Limit is the sky

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