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 [Appose] A Midsummer Night's Dream

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alien un jour, alien toujours
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MessageSujet: [Appose] A Midsummer Night's Dream Mer 21 Juin - 22:04

a midsummer night's dream

Apple & Rose

And make heaven of hell. (Shakespeare)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Et les mots de Shakespeare n’ont pas plus de sens que la cascade de ceux qui tournent et retournent dans mon cerveau confus.
Je relis les mêmes phrases. Une fois, deux fois, dix ; retour au début du vers, je ne comprends toujours pas. De quoi parle-t-on, les lettres et les syllabes se mêlent, est-ce qu’elles forment quelque chose ? Est-ce qu’elles renferment un sens ? Les contours d’encre s’étalent sur la blancheur des pages. On dirait qu’ils la contaminent. Les mots s’y dressent, menaçants, parce que je ne peux pas les saisir. Les mots qu’un autre a placé dans cet ordre se refusent à me paraître logique.
Je suis analphabète. Et faire un ciel de mon enfer : je lis, je crois, mais la route est coupée entre mes yeux et ma cervelle.
Et faire. Un ciel.
De mon enfer.

Lire, c’était parvenir à m’évader dans des mondes inventés par les autres. Écrire c’était plaquer les mots contre les feuilles, retrouver une forme de pouvoir et de domination. Dormir, c’était… dormir c’était échapper quelques heures à la réalité affligeante. Puisque les trois me sont refusés, à présent, il ne me reste plus rien ; je suis vide et j’ai les veines creuses, exsangues. Mes yeux bordés du parme des insomnies scrutent par le hublot le monde qui s’alanguit, minuscule, tout en bas. Le ciel est clair. J’ai refermé Shakespeare, je serre mes deux mains sagement posées sur mes genoux. Et je regarde la journée monter tout doucement pour ceux qui la vivront.
Pas moi, pas nous, pas réellement. Sur les sièges passagers à proximité, j’observe les autres rivés sur leurs écrans, tenter de trouver la position idéale pour piquer un somme ou encore échanger quelques paroles entre eux.

Non, merci, je n’ai pas faim, ou plutôt la nourriture me dégoûte. Je n’ai pas plus sommeil même si je suis exténuée. Savez-vous la seule chose dont j’aurais envie, mademoiselle ? C’est de dissimuler mon visage entre mes paumes et de fermer les yeux, pour que le monde s’éteigne. Je voudrais fermer les yeux et que le noir se fasse, partout, partout dans l’univers. Je voudrais que tout ait disparu.
Mais je me contente de remercier l’hôtesse avec un sourire faux plaqué sur la figure. Crispé. Elle tourne le dos et mes muscles se relâchent, et je me penche pour regarder entre mes pieds, Pip qui dort tranquillement dans sa caisse. Ce chat est d’un flegme incroyable, rien ne l’angoisse, jamais. Il n’a pas cillé durant le décollage alors que j’ai dû m’accrocher à mon siège en enfonçant mes ongles et en serrant les dents. Je suppose qu’à nous deux, nous formons une sorte d’équilibre.

Hey Pip. Content de quitter la maison pour quelques jours ? Tu dois être l’un des animaux au monde à avoir parcouru le plus de kilomètres à seulement un an. Dommage que tu n’aies pas d’autres amis chats à qui te vanter d’avoir visité un petit bout d’Europe.
Me redressant et me tournant de nouveau vers le hublot, je continue à lui parler mentalement, peu importe qu’il ne m’entende pas, ça coupe le flot des pensées dépressives.
Je sais que ça ressemble à une fugue, de s’en aller aussi loin sans avoir prévenu personne. C’est exactement ce que je prévoyais de faire l’année dernière. Mais c’est juste un voyage. Seulement pour quelques jours.
Tu sais, Pip, ça va être vraiment bien, parce qu’Apple et Alejandro ont toujours réussi à me faire sourire même dans les pires moments. Ils doivent avoir un gène, une capacité spéciale. Et ils sont tous les deux tellement adorables, parfois je me sentirais capable d’en pleurer. Nous avons tellement de chance de les avoir toi et moi. Tellement de chance.
Nous allons y passer quelques jours qui vont être absolument formidables, et nous ne penserons à rien de tout ce qui m’obscurcit l’esprit et qui me rend malade, actuellement. Juste au bonheur d’être en Espagne avec eux. Ensuite, viendra le retour, et je suppose que comme toujours, les soucis nous retomberont dessus dès que l’avion se sera posé, mais en attendant, n’y pensons pas ! C’est inutile. J’ai quelques jours pour oublier mon âme morbide et profiter de mes deux amis, et nous verrons ce qu’il adviendra, ensuite.


La journée monte, s’épanouit et redescend.
L’arrivée se profile. Le soleil couchant s’étale à l’horizon en y faisant un arc-en-ciel.
À Wellington, l’hiver s’installe et une nouvelle aube doit être en train de naître, alors qu’ici, c’est l’été et le début du soir. C’est comme débarquer sur une autre planète.
C’est en voyant ce dégradé de rouge, de orange, de jaune, de rose, de bleu, que je me surprends à reprendre véritablement espoir. D’ordinaire, la descente de l’astre est plutôt propice à mes sursauts d’angoisse, mais pas maintenant. J’ai bien conscience d’être dans un autre hémisphère, sur le point de descendre vers deux de mes meilleurs amis, et que ça sera bien, et que ce qui fait plisser mon front et tordre mon coeur est très loin géographiquement.
Très loin.
À quelques minutes encore, le bonheur brillant et pur.

Ma valise redressée près de moi, j’entoure la caisse de Pip dans mes bras et la serre contre ma poitrine tout en tentant d’écumer tous les visages qui défilent dans le hall de l’aéroport. Ceux que je cherche doivent passer… ils vont finir par me trouver d’un instant à l’autre. Je me sens vraiment petite et ridicule toute seule et aussi droite, parmi tous ces gens qui s’affairent. Ils parlent fort… il y a énormément de bruit. Je ne comprends pas un traître mot de tous leurs discours.
Soudain, Pip attire mon attention en émettant un faible miaulement. Comme il n’a pas ouvert la bouche depuis notre départ de Wellington, je baisse la tête et le regarde, que peut-il bien vouloir ? Il doit être fatigué, le pauvre, d’être enfermé dans aussi peu d'espace. Le fait qu’il me tourne le dos me pousse à comprendre que si c’était un message qu’il voulait me transmettre, je l’ai interprété de travers. Et je relève les yeux.
Il est là, à quelques pas, mon petit prince, mon ami de toujours, ma pomme d’amour. Il n’a pas changé depuis la dernière fois que nous nous sommes vus. Si je n’avais pas cette stupide valise et la charge de Pip, je courrais vers lui.
« Apple ! »

Pardonne-moi, Pip, de te laisser par terre avec les jambes des autres pour seul champ de vision mais j’ai bien trop besoin de le serrer dans mes bras. Je me sens devenir électrique, volubile, je me sens aller brusquement mieux que je ne l’ai été depuis ce qui semble être des siècles.
« Je suis tellement, tellement heureuse de te voir ! Comment vas-tu ? Tu es tout seul ? Je savais bien qu’il ferait bon ici mais je ne m’attendais pas à une telle chaleur ! »
Et je parle, je parle, tu nous entends ? Je parle très vite et du ton allègre que je n’avais plus, du ton qui provient de la joie – du soulagement.
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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Lun 26 Juin - 19:09

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Rosie & Appy.
Climb up the H, Of the Hollywood sign. In these stolen moments, The world is mine. There's nobody here, Just us together. Keepin' me hot, Like July forever. 'Cause we're the masters of our own fate. We're the captains of our own souls. There's no way for us to come away. 'Cause boy we're gold, boy we're gold. And I was like... Take off, take off. Take off all your clothes. They say only the good die young. That just ain't right.'Cause we're having too much fun. And a lust for life, and a lust for life. Keeps us alive, keeps us alive... [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


U
ne photo argentique, bordée d’un chaleureux petit cadre boisé, trône en maîtresse sur un meuble laqué de mon séjour. Complètement attendri devant les visages pétillants qui se dessinent sur ce délicieux souvenir, je finis par prendre ledit cliché en mains, et, une fois confortablement installé au fond de mon canapé, je commence à en examiner chaque détail.
Et comme si une sphère temporelle m’avait violemment emporté, je plonge littéralement dans cette image d’euphorie et me retrouve en juillet deux mille quinze. Tu te rappelles de cette chaude journée d’été, Princesse ? Les canards, le pain, le plongeon, les tagliatelles au saumon ? Oh, je me remémore ces souvenirs comme s’ils avaient eu lieu hier, et j’espère que tu n’as rien oublié, toi aussi !
La plus belle chose sur cette photo, c’est sans doute ton sourire qui rayonne et étincelle, comme l’éclat du plus pur diamant. Et plus je le regarde et plus je souris bêtement à mon tour, car je prends conscience que je vais bientôt revoir cette si jolie expression solaire qui me manque énormément.
Ému face à ce beau souvenir et à la perspective de te retrouver incessamment, je laisse une larme de bonheur rouler sur ma joue. Oh... ma petite Rosie, si tu savais combien tu me manques ! Et chaque seconde qui sépare nos retrouvailles s’égraine à une lenteur infernale dans le sablier gigantesque du temps, au point que c’en est un supplice inhumain que de devoir encore patienter une heure avant que l’oiseau de fer n’atterrisse à bon port...
Ah, si seulement j’avais le pouvoir d’avancer ce fichu temps !

Je ne tiens plus en place, tant je suis surexcité, euphorique et impatient. Que puis-je bien faire, en t’attendant ? Je tourne en rond, traîne des pieds, piétine nerveusement. Quel supplice, vraiment !
Après avoir remis le cadre sur son piédestal, je me décide finalement à prendre des nouvelles de mon fiancé, qui s’est absenté depuis le début de la matinée. Dégainant mon téléphone portable, je me rends derechef dans mes numéros abrégés et m’empresse de lui passer un coup de fil. Et ça sonne, et ça sonne... toujours dans le vide. Encore une fois, il n’y a personne au bout de la ligne, si ce n’est la voix robotique et fadasse de la messagerie d’Alejandro, que je ne connais que trop bien, malheureusement...
Après un quatrième échec cuisant, j’abandonne tristement l’affaire et me résous enfin à parler après le fameux bip sonore. « Non, Alejandro, je ne veux pas te laisser un message sur ta boîte vocale ! Mais ai-je vraiment le choix, au final ?! J’aurais simplement aimé te parler et prendre de tes nouvelles ! Est-ce si inconcevable que ça que ton fiancé veuille savoir où tu es... et ce que tu fais ? » J’ignore complètement si ma voix exprime plus ma tristesse, ma déception, mon insécurité, ma peur ou ma colère, mais ce doit être un cocktail explosif qui regroupe ces cinq ingrédients. « Je t’en prie, rappelle-moi... ou donne-moi au moins de tes nouvelles, car je m’inquiète... » Ma voix déjà fébrile se met à trembler, et j’ai bientôt l’impression qu’on joue avec mes cordes vocales comme l’on joue avec les cordes d’une guitare. « Et... Et on devait accueillir Rosie ensemble, aujourd’hui.... » Finalement, après réflexion, c’est la tristesse qui prime, car je suis annihilé à l’idée que tu sois déçue de voir que ton meilleur ami n’est même pas là pour t’accueillir, ma princesse... Et lorsque je m’imagine ton regard frappé par la déception, à cause de son absence, ça me noue l’estomac, me brûle de l’intérieur et me fait monter les larmes aux yeux. Oh... j’aurais tellement voulu qu’il soit là pour toi ! J’aurais tellement voulu que tout soit parfait...
Sous le poids de ces intenses émotions fortes, j’ai le cœur qui bat trop fort, qui se compresse dans ma poitrine, qui craque, pleure, saigne. Les larmes se joignent bientôt à la partie, et j’en perds progressivement tous mes moyens. « S’il te plaît, r... rentre à la maison... Tu... Tu me m... manques... » Les chutes du Niagara se répandent en larmes de tristesse le long de mes joues, tandis que mon cœur continue de s’émietter dans ma poitrine, à l’instar d’un morceau de pain qu’on triture allègrement. « Je... Je t’... » Je suis censé te dire que je t’aime, mais je suis si déçu et blessé par ton attitude que j’en perds l’envie. « Je... t’attendrai à la maison. Rentre vite, s’il te plaît ! Et si tu ne le fais pas pour moi, fais-le au moins pour Rose... » Je marque une petite pause et pousse un gros soupir, avant de clore cette communication à sens unique avec un seul et dernier mot. « Bisous... » Et je pleure de plus belle, car j’aimerais que tu me consoles, Alejandro, et que tu me prennes dans tes bras, comme le fiancé présent et aimant que tu m’as promis d’être à chaque seconde. Mais tu n’es pas là, petit oiseau, et tu as encore disparu, pour la énième fois...
Je suis inquiet, j’ai peur, je suis brisé, mais je sèche mes larmes, puisque je ne peux pas me résoudre à t’accueillir en étant si triste, Princesse. Le pire, dans tout cela, serait encore de te transmettre cette morosité, à toi qui a tellement besoin de soleil et de bonheur. Non, ça m’est impossible de te contaminer ! Et je prends davantage sur moi, dans le but de bannir toute négativité de mon visage. Heureusement, mon brave et loyal petit Lucky, qui vient me sauter dessus pour me consoler, me fait bientôt retrouver le sourire.
Je le serre fort, fort, fort contre moi, en lui donnant tout l’amour que mon petit cœur contient. Et ça me fait du bien et me console, car j’ai à nouveau le sentiment d’être aimé inconditionnellement. Oui, je sais parfaitement que Lucky n’est qu’un petit chien ! Mais, à lui tout seul, il a quasiment réussi à réparer mon pauvre petit organe vital blessé. Peut-on en dire autant de certains humains ? Mh... Bien sûr que non ! Et même si Lucky n’est qu’un chien, je l’aime de tout mon cœur, ma petite boule de poils d’amour et de bonheur !
Presque requinqué à bloc, je regarde ma montre et constate qu’il ne me reste plus qu’une demi-heure à patienter... Mais le sable du temps s’égraine toujours aussi lentement dans son sablier ; il doit se moquer de moi ! Patienter, encore et encore... Bon sang, je n’en peux plus !
Je sors m’aérer, et décide d’aller te cueillir quelques fleurs – des pivoines, dans le jardin qu’Alejandro et moi avons crée, ensemble. Mais, lorsque je remarque que je suis désormais le seul à m’occuper de nos créations, je me sens redevenir aussi maussade que la pluie... Et j’espère maintenant que l’amour que me porte Alejandro est différent de celui qu’il donnait aux fleurs qu’il a plantées, lâchement abandonnées et laissées mourir.
Suis-je comme cette tulipe qu’il a laissée à l’abandon, moi aussi ? Va-t-il me laisser faner et perdre tous mes pétales ?
Je m’agenouille au sol, et me sens triste pour cette pauvre fleur terne, abandonnée et sans vie. « Je suis si désolé, ma belle... » Et, à fleur de peau, je sens les larmes me monter aux yeux. Cette pauvre tulipe, cette si jolie tulipe... Elle ne mérite pas d’être abandonnée comme ça ! Tout doucement, je caresse ses pétales flétris, et manque de fondre en sanglots lorsque l’un d’entre eux me reste entre les doigts. C’est si morne et gris que j’en ai le cœur serré, si bien que je décide de prendre les choses en main, derechef. Un peu d’eau, un arrosoir, et je me charge de m’occuper de la partie morte du jardin, qui a été délaissée par celui qui devait s’en occuper, par celui qui m’a promis fidélité et loyauté, par celui qui n’est quasiment plus jamais là.
Je me sens mieux, après avoir porté secours à ces petits êtres vivants colorés et en détresse. J’espère maintenant que mon intervention d’urgence pourra les aider à se relever et à s’épanouir comme autrefois, car ça me rendrait franchement malade de les voir mourir ainsi.
Suis-je comme cette tulipe qu’il a laissée à l’abandon, moi aussi ? Va-t-il me laisser faner et perdre tous mes pétales ? Et puisque l’eau n’est pas mon remède, va-t-il m’arroser à nouveau d’amour pour me voir refleurir ? Oh, j’ai peur ; j’ai franchement peur...
Stressé et légèrement paumé, je jette un dernier coup d’œil à mon montre : oh, tiens, il est enfin temps de partir pour l’aéroport ! Victoire ! Et, telle une fusée, j’attrape le bouquet de pivoines que je veux t’offrir, Rosie, et file derechef dans ma voiture. Ah...vivement que je te retrouve ! J’ai même tellement hâte d’être avec toi que j’en oublie tout de mon insécurité et de mes questions existentielles. Je ne pense désormais plus qu’à toi, Princesse, et ça me fait un bien fou de ne plus trop cogiter...

Et je roule à plus du double autorisé, même si je sais que c’est illégal, dangereux et complètement débile. Mais j’suis égoïste et idiot, quand il s’agit de toi, Princesse, et j’me fiche complètement de risquer ma vie en grillant ce foutu feu rouge non coopératif. L’urgent, l’essentiel, le primordial, le vital, c’est d’être auprès de toi au plus vite, et ce n’est ni la loi, le danger ou la circulation qui se mettront en travers de mon chemin !
J’arrive sur le parking de l’aéroport en moins de dix minutes et, une fois ma voiture immobilisée, je reprends mon intense marathon jusque dans le hall principal du bâtiment gigantesque. Je suis un peu en avance – c’était prévisible, puisque tu n’es pas encore là, Princesse, mais tu ne dois pas être très loin – tu es sûrement en train de récupérer tes bagages sur les tapis roulants.
Et je retourne en rond et piétine sur place, comme à la maison, en t’attendant avec une impatience démesurée. Les secondes semblent durer des heures, et je commence sérieusement à manquer de patience.
Je ne trouve rien de mieux à faire que de triturer un prospectus qui n’a rien demandé à personne, dans le but de passer mes nerfs qui lâchent face à tant d’attente. Que c’est long ! Mais, fort heureusement, le hall se remplit très vite d’une foule de voyageurs qui arrivent de toutes parts. J’aurais pu perdre mon sang froid à te chercher dans cette foule de badauds – une aiguille dans une botte de foin, mais, puisque tu irradies comme un soleil avec ton petit haut coloré, tu es la première personne que je remarque. Et, instantanément, dès que mes yeux se posent sur toi, tous mes sentiments nerveux quittent mon corps et s’envolent à tout jamais. Je suis heureux, tout simplement.
Et lorsque tu cries mon nom, Rosie, c’est comme une renaissance. Je souris, rate un nouveau battement de cœur, et, instinctivement, me précipite vers toi. « Princesse ! » Mon cœur explose d’euphorie, et je me sens consumé par le feu de l’émotion, qui se répand dans mon sang et fait brûler mes veines.
À l’image d’un cliché de film romantique hollywoodien, je cours maintenant vers toi, ému jusqu’aux larmes, avant de me réfugier dans ton étreinte douce et réconfortante. Et je te serre, fort, fort, fort, jusqu’à t’étouffer, car je t’aime et tu m’as trop manqué.
Profitant de cet authentique instant de tendresse et de complicité, je prends quelques secondes supplémentaires pour humer le doux parfum sucré et floral qui émane de tes longs cheveux bruns, et qui m’avait tant manqué, lui aussi. Bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien de te serrer contre moi, ma princesse !
Tu as l’air aussi surexcitée que moi, au point que ça me fait sincèrement chaud au cœur de te voir si souriante et heureuse. Et tu débites un nombre incalculable de questions à la seconde, si bien que j’en suis presque dépassé. Mais, quoi qu’il en soit, je ne réponds pas de suite, étant bien trop occupé à te serrer encore un peu plus fort contre moi. « T... Tu m’as tant, tant, tant manqué, toi aussi ! » Et je t’ouvre mon cœur avec difficulté, tant l’émotion a pris le dessus. Noyé dans notre étreinte et par mes sentiments débordants, je profite encore quelques instants de cette accolade et de ces poignantes retrouvailles. Oh, qu’est-ce que ça fait du bien !
Une fois desserrés l’un de l’autre - à mon plus grand dam, je te donne enfin, avec un grand sourire, le bouquet de pivoines que je tiens à la main. « Je vais très bien, maintenant que tu es avec moi ! Et toi, alors ? Est-ce que ça va ? Comment est-ce que tu te sens ? Le voyage n’a pas été trop éprouvant ? » Et c’est à mon tour d’être un véritable moulin à paroles, mais j’ai tellement de choses à te demander que je ne peux faire autrement.
Malheureusement, je perds légèrement de mon éclat dès que tu remarques que je suis venu seul. Et toutes mes peurs et questions existentielles resurgissent, tels des fantômes tout droit venus de l’au-delà pour me posséder. « Oui, oui... Comme tu le vois, je suis seul... et j’en suis vraiment désolé... » Mais je me retiens de te dire que ce n’est pas la première fois, que ça devient de plus en plus régulier.... Et que ça me tue. Et que ce qui me tue encore plus, c’est qu’il n’est même pas capable d’être là pour toi ! Pauvre Princesse, tu dois être si déçue... J’espère néanmoins que tu n’as pas entendu cette cassure dans ma voix, pas plus que tu n’as remarqué mon regard fuyant ou entendu mon cœur se craqueler dans ma poitrine. Je refoule une larme, m’accroche à ton sourire, et espère que ce sujet va vite être oublié...
Heureusement, tu m’aides à penser à autre chose, et, même si ce n’est que parler météo, ça me permet de me vider la tête de mes incommensurables tourments. « C’est l’une des bonnes surprises de l’Espagne, cette chaleur ! Mais ne t’en fais pas, on va bientôt aller se rafraîchir ! » Oh oui, je nous vois d’ores et déjà dans l’océan, à barboter dans l’eau comme des enfants ! Et ça me fait sourire tendrement.
Avec tout le charivari qui inonde l’aéroport, je n’ai même pas encore entendu mon petit garçon, qui m’appelle depuis tout à l’heure en de petits miaulements. « Hannnnw, tu as pris Piiiip ! T'es la meeeilleure ! » Et mes yeux prennent la forme de cœurs, tandis que je me jette littéralement au sol pour dire bonjour à mon petit. J’ouvre alors délicatement la cage du félin, et, sans attendre plus longtemps, je lui fais un immense câlin. « Mon p’tit garçon ! Tu m’as trop manqué, toi aussi ! » Et je suis vraiment heureux, car toute la famille est réunie : Maman, Papa, Bébé chaton. Quel bonheur !
Malheureusement, Pip doit retourner dans sa cage, au moins le temps du voyage. Alors, à contre cœur, je le laisse dans son petit chez-lui miniature, avant de refermer la cage et de me saisir de ta valise. « On rentre à la maison, Princesse ? » Et j’espère que tu n’auras pas trop de mal à porter Pip et les fleurs jusqu’à la voiture ! Le trajet est néanmoins court, et je suis garé plutôt près de l’entrée... Mh... ça devrait aller ! « À moins que tu ne veuilles faire un arrêt, avant ? À la librairie, peut-être ? » J’affiche un petit sourire taquin, car je te connais par cœur, maintenant. Les livres, c’est toute ta vie ! Et tu les aimes sûrement autant que moi je t’aime.

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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Jeu 29 Juin - 18:17

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Apple & Rose

And make heaven of hell. (Shakespeare)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]La plupart des gens qu’on aime finissent par vous faire plus de mal qu’autre chose. C’est le risque qu’on prend en acceptant de laisser quelqu’un se faire une place trop grande du côté du coeur. Un jour ou l’autre, une chose arrive, les couteaux sortent de derrière les dos, et vous voilà poignardé. Heureusement que les plaies se referment avec le temps. Vous pouvez vous relever, un peu moins riche de sang, un peu abasourdi, et le coeur couturé de toutes parts. C’est possible.
Parmi la multitude des relations, il existe une catégorie à part : les fidèles, les véritables, les piliers. Ceux avec qui c’est pour l’éternité, il n’y a pas d’autre choix, pas de moyens de faire sans eux. Ils tracent leur chemin dans votre estime en toute confiance ; c’est très paisible. Ce sont les vrais. Les meilleurs. Ceux qui ne vous blesseront pas. Jamais.
Et puis, il y a encore les gens poisons, ceux qui s’insinuent dans vos veines malgré vous. Ils y distillent lentement leur venin mortel qui contamine tout votre sang. Ceux-là, ce sont les pires, puisqu’on ne peut pas guérir de les avoir connus.

Mais ne parlons pas d’eux. Entre les bras des seconds, les étreintes ont quelque chose qui devraient durer toujours. C’est… c’est s’accrocher à un roc, se retrouver complet, tenter de capturer une essence supérieure. Et se laisser serrer, serrer, serrer toujours plus fort… rien ainsi ne peut m’atteindre. Rien ne peut le faire ici. Je suis incapable d’y être malheureuse, bien que j’ai l’impression d’imploser – c’est la joie, immense, simplement.
Chaque personne a une empreinte qui lui est propre et celle d’Apple est chaude, douce, sûre, consolatrice.
Nous laissons couler du temps, bien du temps, avant de nous résoudre à nous lâcher l’un l’autre. Nous ne pouvons pas rester enlacés dans ce hall d’aéroport, au milieu du va et vient des valises, ni durant toute l’éternité. J’en maudirais les conventions sociales et les lois de l’univers. Eh, quoi, si le bonheur peut prendre cette forme ?
Je n’avais regardé, jusque là, que son visage, et n’avait donc pas vu qu’il tenait à la main une gerbe de fleurs éblouissantes qu’il m’offre. Des pivoines. Elles comptent parmi mes préférées – elles sont si élégantes. D’un geste machinal, je caresse du pouce l’un des boutons doux entrouverts.
« Oh, merci beaucoup, elles sont tout simplement magnifiques ! Elles viennent de chez vous ? »
Il m’avait déjà un peu parlé du jardin entrepris avec Alejandro, mais j’ignore quelles espèces ils se sont finalement décidés à y planter. Ni celles qui poussent bien par ici, d’ailleurs. Dès qu’il s’agit de fleurs, un espèce d’intérêt scientifique s’éveille en moi. Ma mère les aime tellement ; plus que n’importe quel être humain, disait parfois Papa, pour rire. Elle m’a pratiquement fait mettre les mains à la terre dès que j’ai su marcher. Et à présent qu’il n’en reste plus que de vagues souvenirs brouillés, je m’aperçois à quel point ils me manquent, en fait, ces après-midis de jardinage forcé avec elle...

« Ça va… beaucoup mieux aussi, maintenant que nous sommes avec toi. Le voyage était long mais ça en vaut très largement la peine. » je lui réponds avec un doux sourire. Maintenant que je suis avec lui, tout ne peut qu’aller bien. Maintenant que la ville est à des heures de vol loin derrière, ça ne peut qu’améliorer mon moral. Laisser là-bas tous mes soucis le temps que sa présence me régénère.
Mais je ne me doutais pas qu’il aurait aussi besoin de moi pour le soutenir dans quelque chose de difficile qu’il traverse. D’ailleurs, j’ai du mal à préciser quoi, comment, si c’est réel ou une impression étrange… j’ai posé cette question d’un ton léger, un peu étonnée de le trouver seul, mais dans le fond persuadée qu’il me répondrait : mais non, Alejandro est juste là. Nous avons eu du mal à trouver une place pour nous garer, il a dû rester à la voiture. Ou bien il est à la maison. Ou absent pour la journée, pour deux jours, la semaine.
Rien de tout cela. Juste le visage de mon pauvre petit ange qui se fige, un instant. Un très bref moment ; mais qui ne parvient pas à se reconstituer ensuite. Il se croit obligé de m’exprimer ses regrets pour la défection de son fiancé alors que c’est moi, c’est moi qui me sent absolument désolée pour lui… désolée d’avoir perçue cette ombre sur sa figure et la trace d’autre chose plus profond.
« Ne t’en fais pas… ça n’est pas grave. Pas grave du tout. »
Pour l’heure, cette discussion doit s’arrêter là – combler les failles, vite, très vite, dissimuler les casses – mais j’espère qu’un peu plus tard, dans un endroit plus intime, il saura me parler de ce qui lui fait du mal s’il en ressent le besoin. Je ferais n’importe quoi pour lui rendre le sourire ; il en a déjà tellement fait pour moi.

Le temps qu’il fait fourni un excellent sujet de conversation quand on a rien à dire, ou alors comme à présent, quand on cherche à changer de sujet. C’est bassement facile mais il est vrai que face à la différence de température entre ici et Wellington, je ne peux pas m’empêcher de m’exclamer : ce qu’il fait chaud ! Je ne m’étais pas assez bien préparée à cela.
« Au vu du temps horrible qu’il fait à la maison, cette chaleur est une vraie bénédiction ! »
La grisaille renforce les idées noires, la pluie ternit, s’écoule, nous noie. Le vent glacial nous frappe jusque sur les os. C’est le jeu de l’hiver, il faut passer quatre mois. Cependant, je vois l’absence de nuages au-dessus de nos têtes, pareils à des menaces, comme un véritable soulagement. Ça va vraiment mieux, déjà.

Est-ce qu’Apple s’imaginait que j’aurais pu ne pas prendre Pip avec moi pour venir en Espagne ? En tous cas, il a l’air absolument ravi de le découvrir dans sa caisse à mes côtés, et se précipite pour l’en sortir et le câliner. Ils sont tellement mignons tous les deux… je sais que son papa adoptif manque à Pip autant qu’à moi quand il se trouve dans l’autre hémisphère, et il l’accueille d’ailleurs avec des miaulements ravis.
« Il m’en aurait voulu à mort si je ne l’avais pas amené te voir ! La famille est au complet maintenant. »
La petite famille formée il y a près d’un an au cours de cette promenade inoubliable dans la clairière est réunie. Ne nous reste plus qu’à y aller.
Avant que je n’ai le temps de réagir, Apple s’empare de ma valise – elle est jaune, vif, bouton d’or parmi toute la grisaille environnante. Je lui emboîte le pas, la caisse de Pip portée d’une main et mon bouquet de l’autre. Nous n’avons pas le temps d’arriver jusqu’à la voiture qu’il lance une autre proposition plutôt que de rentrer directement chez eux… une proposition on ne peut plus tentante. Il n’est jamais à court d’idées merveilleuses, et il me connaît parfaitement avec cela. Malgré tout, quelque chose me semble ne pas coller… et il me faut quelques secondes pour saisir quoi exactement, et à peine un instant pour balayer ce doute. Je me fends sans même m’en rendre compte d’un immense sourire, un de ceux qui font se découvrir toutes mes dents peu à peu.
« J’avais oublié que les magasins ferment si tard ici… On pourrait vraiment ? J’adorerais. »

La librairie n’est qu’à quelques minutes de route, aussi nous n’avons guère le temps de discuter avant d’y parvenir. Je me sens un peu coupable d’abandonner Pip toujours enfermé, mais je lui promets, avant que nous ne sortions, que ce ne sera pas pour longtemps et qu’une fois à la maison il sera libre de se dégourdir les pattes comme il le souhaite. Moi au milieu de centaines de livres inconnus, ça pourrait pourtant durer des siècles. Aussi, je redresse le bracelet un peu trop large de ma montre afin que le cadran se trouve bien droit, bien en vue. Je n’ai ainsi aucune excuse pour ne pas y jeter des coups d’oeil réguliers.
Nous pénétrons dans la boutique, et bizarrement, le temps de pousser la porte, de franchir le seuil, ce très bref laps de temps me suffit pour être tout à coup intimidée. Que le libraire ait entendu ma petite voix prononcer bonsoir, seul mot que je sache dire en espagnol avec merci et au revoir, paraît douteux. C’est exactement, exactement la même sensation d’être brusquement transportée dans un univers coupé de l’autre, beaucoup plus doux, que si nous nous trouvions en Nouvelle-Zélande. C’est la même chose. Et pourtant, c’est aussi totalement différent.
Les couvertures s’étalent sur des étagères et présentoirs, brillantes, travaillées, neuves. En grandes lettres blanches ou noires, des titres que je ne comprends pas. L’impression d’être entourée d’amis mais lointains, qui me regarderaient vaguement d’un œil bienveillant. Je m’enhardis. J’ouvre un recueil, parce que le nom de l’auteur ne m’est pas inconnu : Pablo Neruda. Page de garde, page blanche, préface, page blanche. Et le texte s’ouvre, page blanche, lettres noires, disposé comme tous les poèmes. Et le même basculement que dans l’avion s’opère. J’ignore si ce n’est qu’une impression ou si je tangue vraiment, légèrement, vers l’avant. Tout ce que je sais c’est que dans ma tête un vide se fait, un vide immense au cri catastrophique. Il tonne. Il y a de l’écho. Les courbes des lettres se meuvent et se confondent, se mêlent et s’aplatissent. Flaque d’encre, traits parallèles sur le papier dont j’effleure le grain. Pas parce que c’est une langue étrangère, je pourrais peut-être deviner, seulement parce que, parce que… je ne sais pas. Il n’y aucune explication logique à cela.
Une soudaine sensation de malaise au creux du coeur, je repose le livre à sa place, et me tourne vers Apple occupé à en regarder d’autres.
« C’est presque rassurant de voir que certains endroits sont des copies conformes à un bout ou à l’autre du monde. »
Je suis en train de mentir. À demi. Ce qui m’arrive, le fait que mes yeux s’écarquillent devant des mots fugitifs, est tout bonnement affolant. J’ai, c’est triste à dire, l’habitude de ressentir des symptômes étranges. Mais si je ne peux plus lire, plus écrire, qu’est-ce qu’il me reste ? Qu’est-ce qu’il me reste pour échapper à la réalité trop triste ?
Il y a des choses qu’on préférerait trouver changées, d’un bout à l’autre du monde.

Ce n’est pas que cela gâche mon bonheur – rien, ou presque, ne le pourrait – c’est juste que j’ai besoin de quelques instants pour dissiper ce trouble. Alors une fois de retour dans la voiture, je garde tout d’abord le silence, en vérifiant que tout va toujours bien pour Pip. Apple redémarre. La route, à nos fenêtres, semble se brouiller elle-aussi, comme, sur la palette du peintre, les couleurs se mêlent. Bleu pâle du ciel dans l’orangé du soir ; route grise dans la verdure, bouillie, mélange, traces floues. C’est un tableau impressionniste. C’est une toile sur laquelle la pluie est tombée avant qu’elle n’ait séchée.
Je détourne la tête. Apple est concentré sur la route ; je l’observe une poignée de secondes. Le calme et la paix me reviennent peu à peu.
« Je ne t’ai pas encore demandé… quelles sont les nouvelles ? Ça fait tellement longtemps qu’on ne s’est pas vu, tu dois avoir un tas de choses à me faire rattraper. »
Je doute que l’endroit ou le moment soit idéal pour qu’il évoque ce qui semblait l’attrister tout à l’heure. Cela viendra peut-être plus tard, s’il ressent le besoin de se confier à moi. En attendant, je veux bien entendre parler de tout, de fleurs, de son quotidien, du paysage, des préparatifs du mariage, de… de tout. Ça me manque tellement de ne plus faire partie de sa vie de tous les jours depuis son déménagement avec Alejandro. Je ne le lui dirai pas bien sûr. Il a en conscience, de toute manière.
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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Dim 2 Juil - 19:38

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Climb up the H, Of the Hollywood sign. In these stolen moments, The world is mine. There's nobody here, Just us together. Keepin' me hot, Like July forever. 'Cause we're the masters of our own fate. We're the captains of our own souls. There's no way for us to come away. 'Cause boy we're gold, boy we're gold. And I was like... Take off, take off. Take off all your clothes. They say only the good die young. That just ain't right.'Cause we're having too much fun. And a lust for life, and a lust for life. Keeps us alive, keeps us alive... [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


M
algré les minutes passées à te serrer contre moi jusqu’à t’étouffer d’affection, je suis loin d’être las de notre étreinte euphorisante, qui, à elle seule, embaume mon cœur d’un doux voile de tendresse et de bonheur. Je suis définitivement au paradis, dans tes bras, ma princesse, et tout devient subitement merveilleux, au point que j’en oublie tout de mes tracas et du reste du monde. Et je me noie dans le parfum divin de tes cheveux, jusqu’à ce que je sois contraint, bien malgré moi, de renoncer à tes bras...
Et paf ! Notre bulle de tendresse est brisée par quelques passants, qui nous bousculent allègrement. Elle fait le bruit d’un ballon de baudruche qu’on éclate, et j’le ressens jusque dans mon cœur, qui, inlassable de ton étreinte, se meurt de ton contact. Et même si tu es là, juste devant moi, ça ne me suffit pas. J’ai besoin de tes bras, Rose, c’en est maladif, et c’est peut-être dû au fait que je t’aime trop ou que je suis constamment en cruel manque d’affection, en ce moment...
Quoi qu’il en soit, je prends sur moi et me console en me noyant dans ton regard chocolat. Et c’est un ravissement pour les yeux comme pour le cœur, qui me fait retrouver le sourire. Émerveillé, je te regarde alors plus globalement, te détaille intensément et me perds à te contempler amicalement. Tu es magnifique, colorée, fraîche, éblouissante et éclatante, Rose, à l’instar du nom de la fleur que tu portes.
Existe-t-il une femme au cœur plus pur et à la beauté pareille ? Certainement pas, même en cherchant dans d’autres univers ! Oh oui, définitivement, c’est bien toi, ma princesse, la plus jolie des fleurs !
D’ailleurs, en parlant de fleurs... Je m’empresse de te donner le bouquet de pivoines que je cache derrière mon dos depuis ton arrivée. Ton sourire engendre à nouveau le mien, et je sens ma peau frissonner lorsque tes doigts, avant de se refermer sur les tiges verdoyantes des beautés naturelles, se posent sur les miens. « Je t’en prie, ça me fait très plaisir de te les offrir ! Et oui, elles viennent bien de notre jardin... » D’ordinaire, je suis contre le meurtre de fleurs. Mais comme celles-ci étaient condamnées et sur le point de mourir de l’abandon de leur jardinier espagnol, j’ai simplement abrégé leur cruelle souffrance. L’euthanasie de fleurs n’est peut-être pas légale et morale, mais, au vu de ton sourire regorgeant de bonheur, ça vaut largement la peine d’être un assassin !
Euphorique, je souris davantage lorsque tu m’apprends que ton voyage dans les airs s’est déroulé à la perfection. Mais, dès que tu mentionnes le fait que ton meilleur ami est absent pour t’accueillir, je m’écroule derechef, à l’instar d’un ange qui tombe des nuages et dégringole du paradis. La chute est lente, difficile et douloureuse : le vent m’écorche le visage, les rayons du soleil me brûlent la peau, les ailes et le cœur. Ça fait mal, très mal. D’autant plus que je m’étais réhabitué au paradis de ton contact euphorisant, ma princesse ! Mais voilà que je brûle à nouveau dans les limbes de mon quotidien, rien que par la mention de ce Lucifer, qui fait désormais de ma vie un véritable enfer... « Si, je trouve que c'est grave. J’aurais aimé qu’il soit là... qu'ils soit au moins là pour toi... » Ne craque pas ! Surtout, ne t’effondre pas ! Pas devant Rose ! Elle a besoin d’un roc insubmersible ! Et ce n’est ni l’endroit ni le moment ! Allez, un petit effort, Apple ! Pense à elle ! Et ce ne sera pas la première fois que tu refoules les pleurs de ton cœur ! Tu es habitué, maintenant ! Allez, tu peux le faire ! Résiste ! Bats-toi ! Sois fort ! N’abandonne pas ! Pour elle...
Je lute et tiens bon, même si un voile de larmes humidifie légèrement mon regard. Heureusement, tu me distrais en abordant les joies du climat presque tropical de l’Espagne, et ta voix cristalline, pareille au chant mélodieux d’une gracieuse sirène, me fait devenir sourd aux cris de mon cœur. Quant à ma peine et à mes soucis, ils sont ensevelis sous ta présence solaire et bienfaitrice, qui chasse toute négativité de ma vie. Je souris, et, contre toute attente, c’est sincère. Il n’y a plus que toi, dans ma tête et dans mon cœur. Seulement toi. Et je suis parfaitement heureux comme ça. « Tu pourrais même rester un peu plus longtemps, si ce climat t’es autant agréable ! » Et ça me ferait vraiment plaisir que tu prolonges ton séjour, surtout car je t’aime et apprécie ta charmante compagnie, mais aussi car je ne supporte plus mon quotidien fait d’une glaçante et déprimante solitude...
Néanmoins, mes yeux pétillent et s’illuminent dès que j’aperçois mon chaton adoptif, qui trépigne et miaule d’impatience dans sa petite cage de voyage. Heureux de le voir, je me jette au sol – ce n’est pas une image - et le câline tendrement. Il ronronne entre mes bras, et son simple contact affectueux suffit à réchauffer considérablement mon cœur glacé par la tristesse. Elle m’a tant manqué, cette petite boule de poils ! Et comme tu le dis si bien, ma princesse, ça fait du bien de voir toute la famille réunie ! « C’est Lucky qui va être tout aussi content que moi ! » Et c’est bien vrai, car j’imagine d’ores et déjà mon fidèle compagnon bondir de joie en apercevant son petit frère. Rosie, Lucky, Pip et moi... Décidément, quelle belle famille !
Mais l’heure n’est pas encore venue de courir tous ensemble sur la plage, puisque nous sommes toujours captifs de ce gigantesque et bruyant aéroport, qui n’est rien de plus qu’une fourmilière humaine. Je m’empresse alors de remédier à la situation et prends derechef ta valise couleur soleil en main, que je tire à ton côté jusqu’à ce nous soyons arrivés à la voiture – j’aurais voulu venir te chercher en carrosse, ma princesse, mais je n’ai malheureusement pas trouvé de garage automobile qui en proposait.
Cependant, puisque je sais que les livres constituent une partie intégrante de ton être, je modifie très légèrement nos plans et te propose, avant de rentrer à la maison, de faire un petit arrêt à la librairie. Comme je m’en étais douté, ton sourire radieux et tes yeux merveilleux étincellent de joie, et ça ranime encore un peu plus mon cœur à l’agonie. « Bien sûr qu’on peut ! Allez, allons-y ! » Qu’à cela ne tienne ! Nous avons largement le temps ! De toute façon, je sais pertinemment que mon fiancé ne sera pas là pour nous accueillir à notre arrivée...
Crack. Crack. Crack... Et, une fois de plus, ça me craquelle le cœur. Crack. Crack. Crack...

Une fois ta valise dans le coffre de la voiture et ta ceinture de sécurité bien bouclée, je fais vrombir le moteur et nous emmène derechef jusqu’à la librairie. Je roule doucement, cette fois-ci, voire un peu en dessous des limitations de vitesse, car je ne voudrais pas t’effrayer ou mettre ta vie en danger.
La librairie est si proche de l’aéroport que nous y parvenons avant même que la chanson Dark Paradise de Lana Del Rey ne se finisse. Et c’est un mal pour un bien, au fond, car elle me fout encore plus le cafard et réveille davantage mes sombres pensées. Une fois la voiture à l’arrêt, je retire même l’album du lecteur et y insère une compilation bien plus joyeuse et entraînante. Désolé, Lana ! Je t’aime, mais tes magnifiques chansons me prennent tellement au cœur qu’elles le font saigner. Et ce n’est pas ce que je veux, surtout lorsque je suis en compagnie de ma princesse au doux nom floral.
Après avoir rangé mon disque préféré et déposé une dernière caresse sur la petite tête de Pip, nous sortons tous deux de la voiture et pénétrons dans le temple de la littérature. Tout sourire, Cisco, le jeune libraire d’une trentaine d’années, nous accueille immédiatement avec un enthousiasme non feint. « Hola, Cisco ! » J’adore ce mec. Il est toujours aussi souriant, avenant et sympathique, et c’est sans doute pourquoi je me rends exclusivement dans sa boutique, au détriment de ses concurrents. On peut même dire que nous sommes devenus de bonnes connaissances, avec le temps. Et tandis que nous échangeons quelques banalités en espagnol, tu files écumer les rayons à la recherche de ton bonheur, ma princesse.
Cisco te trouve à son goût, c’est indéniable ! Il ne cesse de me demander si tu es célibataire, mais, puisque je sais parfaitement quels desseins a en tête ce type, je lui réponds derechef que tu n’es pas disponible. « Lo siento, Cisco ! Sin suerte ! Rose es mi novia. » Heureusement que nous n’avons jamais fait état de notre vie sentimentale auparavant ! Il me traite de veinard, je souris et acquiesce. Ouf, il ne va pas insister ! J’apprécie Cisco, franchement, mais je préfère largement lorsque nos conversations restent basées sur la lecture. Et il est hors de question que je l’aide à s’attirer tes faveurs, puisque c’est typiquement le genre de garçon à aimer séduire pour mieux détruire.
Après quelques nouvelles plaisanteries échangées avec Cisco, je file à mon tour dans la boutique et me laisse embaumer par l’odeur divine des livres neufs. De tous âges, de tous styles, de tous siècles, de toutes langues, les livres s’étalent et s’entassent du sol au plafond, rangés minutieusement par ordre alphabétique. Et si je ne venais pas ici toutes les semaines, je serais sûrement surpris par l’immense choix que le libraire propose ; il y en a pour tous les goûts !
En grand sadique, je regarde à mon tour quelques romans à l’eau de rose, histoire d’enfoncer le couteau dans la plaie. Mais il n’y a rien de bien nouveau et intéressant, puisque Cisco n’a eu aucun arrivage depuis ma dernière visite. Dommage, je repasserai la semaine prochaine !
Et alors que je range le livre, dont je viens de lire le résumé, sur son étagère, je te vois revenir vers moi et t’entends me confier que tu te sens rassurée, ici, puisque l’endroit est pareil à la boutique de Wellington ou à toute autre librairie se trouvant sur notre planète. Je souris, attendri, car c’est vrai, au final, ce que tu dis. « Oui, si on veut ! Enfin... il y a quand même plus de livres rédigés en espagnol, ici ! » Je te charrie, bon enfant, à des années lumières de me douter du trouble qui te submerge. Pff... Quel ami pitoyable je fais ! J’aurais dû remarquer immédiatement ton trouble ! Néanmoins, un petit élément pourrait bien me mettre la puce à l’oreille... « Tu ne prends rien ?! Rose Hanna Berry qui sort d’une librairie... bredouille ?! Je n’en crois pas mes yeux ! C’est une première ! » Je suis même si surpris que j’affiche de grands yeux de merlan frit. Quelque chose cloche, c’est indéniable ! « Tout va bien ? Tu es sûre qu’aucun livre ne t’intéresse ? Choisis-en un, je te l’offre ! » Et c’est de bon cœur, car je me fais énormément de souci pour toi. Es-tu malade ? As-tu le cœur chiffonné, à l’instar du mien ? Je l’ignore, mais j’espère fortement que ce n’est pas le cas... Et j’ai peur.

De retour dans la voiture – avec ou sans livre, je m’empresse de redémarrer et de filer en direction de la villa. Il fait chaud, le soleil irradie de tous ses feux, et le ciel est d’un bleu pareil aux yeux océan de l’homme que j’ai le plus aimé de ma vie. Mais je n’y prête même plus la moindre attention, tant ce spectacle utopique m’est routinier. Cela a beau être tout bonnement magnifique, je n’arrive même plus à apprécier ce petit cadeau de la vie. Quel gâchis...
Je suis entièrement concentré sur cette route que je connais par cœur, avec cette étrange impression de vide au fond de moi. Je fais brièvement le bilan, me dis que je suis fade, sans réel intérêt, et que mon fiancé a sans doute raison de s’échapper de mes bras aussi souvent.
Lui, il tue les fleurs. Moi, je tue la vie. Wow, quels champions !
Mais je suis coupé dans mes réflexions déprimantes dès que tu reprends la parole, ma princesse. Et c’est en un sursaut que je m’extirpe de mes sombres pensées, tandis que je médite à la question que tu viens de me poser. Quelles sont donc les nouvelles ? Oh, elles sont toutes mauvaises, malheureusement...
Flash News : Alejandro laisse faner notre romance, à l’instar des fleurs qu’il laisse mourir dans notre jardin. Je me sens tout le temps seul et abandonné, comme orphelin de toute forme d’amour. Mes amis me manquent. Ma famille me manque. Wellington me manque. Et j’ai le mal du pays, au point que je me demande si j’ai réellement ma place ici. Ma vie est fade, terne, inutile, cauchemardesque. Mon cœur se fane et se flétri de jour en jour ; il devient une rose noircie par la tristesse.
C’est un enfer. C’est un cauchemar éveillé, jour après jour.
Mais je souris, car tu me fais sincèrement m’accrocher au bonheur et à la perspective de jours meilleurs, ma princesse. « Figure-toi que non ! En fait, il n’y a pas grand-chose de nouveau ! Je jongle toujours entre les préparatifs du mariage et mes dessins pour Grace... » Grace... Oh... Grace... Rien qu’évoquer le prénom de ma mère de cœur me triture les tripes et me donne envie de pleurer. Elle me manque tellement, elle aussi ! Mais que puis-je te dire de plus, Rosie ? La vérité au sujet de la dégradation de ma relation avec Alejandro ? Non ! Ce n’est pas envisageable pour l’instant. Mais je souris, encore et toujours sincèrement, car t’es l’arc-en-ciel qui vient illuminer la noirceur de ma vie privée de saveur. Et je t’aime encore plus rien que pour ça. « Et comment va Julia ? Votre colocation se passe toujours aussi bien ? Et Grace ? Et Snow, t’as de ses nouvelles ? Et le travail ? Et ton roman ? Ça avance ? Dis-moi tout ! » Je t’inonde de nouvelles questions – un vrai moulin à paroles, dont j’attends chaque réponse avec intérêt et impatience. Ma voix à beau être légèrement fêlée depuis que je suis dans la voiture, je fais toujours bonne figure et ne me laisse pas dépasser par mes vives émotions, même si ça devient de plus en plus difficile de me contenir. Et tandis que le paysage défile derrière les vitres de la voiture, nous discutons de plus belle, ne voyons même plus le temps passer, et arrivons rapidement à destination. « Et voilà, princesse ! Bienvenue chez ton chez-toi de vacances ! » Presque jovial, je sors derechef de la voiture et m’occupe de tes bagages, tandis que je te laisse apprécier la vue paradisiaque que l’on a d’ores et déjà de l’océan...

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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Mer 5 Juil - 20:41

a midsummer night's dream

Apple & Rose

And make heaven of hell. (Shakespeare)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Quand on s’étreint, on ne se voit pas. On noie son visage dans le parfum de l’autre, dans sa chevelure, son cou. Et paradoxalement, je crois que c’est la meilleure manière qui soit de regarder quelqu’un. Là où les apparences s’effacent, où les âmes tentent de se joindre et de communiquer. Là où l’on se croit capable d’aspirer un peu de nos essences, où il semble que nous ne pourrions pas être plus proches mais que ça reste insuffisant.
Trop peu pour combler le manque des mois d’absence.
C’était déjà clair avant que mes problèmes ne commencent, mais ça n’en n’est devenu que plus évident par la suite : j’ai besoin d’Apple. Terriblement. Il a, je ne sais pas… une manière de regarder le monde qui me pousse à croire qu’il n’est pas si laid que ça. Que même s’il est terrible et mauvais, je pourrais toujours compter sur le soutien de ma petite pomme. Et il n’y a pas de doute, c’est bien la personne la plus gentille et aimante de toute la planète ! Je ressens ma propre dépendance à son égard comme plutôt douce ; j’ai besoin de lui et ça n’est pas grave. Ça ne sera jamais douloureux.
Et je tente de combler durant cette poignée de secondes le vide laissé dans ma poitrine par le fait de ne pas avoir son visage pendant longtemps.
Mais les gens passent, le temps aussi. Ils crèvent notre bulle de bonheur de par leur simple existence. Oh, mais comment peuvent-ils… se montrer d’une telle cruauté.
On s’en remettra, parce qu’on ne va plus se quitter pour plusieurs jours à présent. Rien que de me le répéter me fait l’effet d’une pommade fraîche appliquée sur mon coeur sanguinolent.

Il est toujours plein d’attentions délicates, comme ce magnifique bouquet de pivoines qu’il m’offre sitôt notre étreinte rompue. J’ose à peine les toucher, elles sont superbes et ont un air tellement fragile à la fois. Il me confirme qu’elles viennent de leur jardin.
« Vous avez la main verte, tous les deux. »
Et si j’avais su… je ne lui aurais jamais fait ce compliment incluant Alejandro dans l’équation. Ce n’est que peu après, lorsque le sujet de son absence est abordé que je comprends que quelque chose ne va pas qui a un rapport avec lui. C’est insupportable, pendant rien qu’une seconde… de voir le visage d’Apple s’assombrir. Il se reprend. Il se retient d’exprimer autre chose que ses regrets. Mon pauvre petit prince… que se passe-t-il, quel obscur nuage cache le soleil de ton existence ?
Le moment et l’endroit sont mal choisis pour le lui demander. Je retiens simplement que tout n’est pas aussi idéal qu’il essaie de me le faire croire. J’espère qu’il saura s’ouvrir à moi, s’il en ressent le besoin. La tristesse qui transperce dans sa voix est déchirante, et je tente de l’apaiser tant bien que mal.
« Tu es là, toi, c’est tout ce qui compte. »
Tout ce qui compte. Sa présence suffit à rendre tout plus lumineux et plus gai, et moi plus positive. Complétée. Et à mon tour, j’aimerais tant soulager un peu de la peine qu’il paraît porter telle une croix… mais je doute d’en avoir les capacités. Pour l’heure, tout ce que je peux faire, c’est changer de sujet rapidement, passer à quelque chose de plus innocent. Je laisse s’exprimer mon impétuosité naturelle au sujet de ce climat merveilleux. Ma plus belle récompense est de le voir sourire.
« Si je le pouvais, j’aimerais rester ici toute ma vie avec toi ! Malheureusement, il va falloir que je rentre pour mon déménagement. Mais, Apple… merci beaucoup de nous accueillir. »
J’ignore combien de temps encore j’aurais réussi à rester saine d’esprit si j’avais dû rester prisonnière dans cette solitude pleine d’angoisse à Wellington.

Certes, Alejandro n’est pas là et je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’il se passe. Mais nous sourions, malgré tout, et nous sommes heureux. Pip, Appy, moi-même et bientôt Lucky : la famille est réunie. Et nous nous dirigeons tous vers la sortie de cet aéroport trop bruyant.
Cependant, alors que je m’attendais à ce que nous nous rentrions directement chez lui pour mieux pouvoir ressortir par la suite, il me propose une petite escale à laquelle je ne peux pas résister. Il me connaît trop bien… Je lui fais part de mon enthousiasme à cette idée ; après tout, je viens à peine d’arriver et le rythme de vie est totalement différent ici. Nous avons tout notre temps.

Le trajet est bref de l’aéroport à la librairie : pas même le temps d’une chanson. Ce morceau, justement, il me faut quelques secondes pour en retrouver le titre, mais les premières notes me frappent immédiatement. C’est un coup et un soulèvement à la fois, un peu sinistre, surtout très beau. C’est Dark Paradise. Quand elle passe, je suis incapable de penser, je ne me concentre que sur les paroles. C’est toujours un peu bête de s’y identifier, mais elles me rappellent ma vie, en fait. Elles me font penser à mon père.
Il n’y a pas de remède à la mémoire, pas vrai Rosie ? Tout le monde te dit que tu dois avancer mais tu t’es couchée sous la surface de l’eau, dans l’océan des larmes, et comme chantant toujours la même et unique mélodie. Et très souvent, la nuit, j’ai rêvé de lui, et j’ai prié pour ne pas me réveiller, jamais.
Hé, ho, ça suffit. Sors-toi de là. Je secoue très légèrement la tête. La voix envoûtante de Lana del Rey se meurt au même moment où la voiture s’immobilise.

Au début, le fait de nous retrouver dans un environnement à l’allure familière me rassérène un peu, puis participe à atténuer ma timidité. Toutes les librairies du monde se ressemblent, j’imagine. Des étagères, des présentoirs, des piles et des rangées, des centaines de livres. J’aime tout particulièrement la façon dont ils sont rangés ici, occupant l’intégralité des murs… on pourrait se croire dans la bibliothèque de La Belle et la Bête. Associée à cette image rassurante de mon enfance, le délicieux parfum du papier neuf, subtil, achève de me réconforter. Du bout des doigts, je caresse la tranche de toute une rangée de volumes.
Dans mon dos, j’entends Apple discuter avec le libraire en espagnol. Leurs voix paraissent très lointaines et de toute manière, je ne comprends pas ce qu’ils se disent. Il me semble seulement, à un moment, entendre mon prénom de la bouche de mon ami. Je m’immobilise un instant. Peut-être lui apprend-t-il juste de quel pays j’arrive.
Je redirige toute mon attention vers les livres. Peu importe la couleur de leur couverture, leur épaisseur ou en quelle langue ils sont écrits, avec eux c’est toujours la même chose : ils sont comme des objets animés. Ils me narguent. Ils semblent me chuchoter avec de petites voix tentatrices : ouvre-moi… ouvre-moi.
Je fais le choix frileux d’un auteur que je connais. Le tirer du rayon, le tenir bien droit, bien à plat, suivre les lignes du nom et du titre, l’ouvrir ; gestes rapides qui ont l’air de durer des heures. Peut-être que mon cerveau a déjà lâché prise à ce moment.
C’était une erreur que de l’ouvrir. Une grossière erreur.

Je voudrais couper court à cette sensation de malaise et je voudrais surtout ne rien en laisser paraître sur mon visage trop expressif. Je rejoins donc Apple un peu plus loin et lance un commentaire à demi-mensonger sur ce qu’il y a de rassurant dans les lieux qui ne changent pas. Il y répond aussitôt par une taquinerie qui fait naître un sourire à mes lèvres.
« C’est vrai. » Quand je cherche à combler le silence en débitant des banalités, ce sont toujours des choses complètement idiotes qui sortent. Mais je ne le réalise qu’après coup – ce qui est bien dommage.
Je disais tout à l’heure qu’il me connaît jusqu’au bout des ongles. Beaucoup trop bien. Il s’aperçoit très vite que le fait que j’ai les mains vides est plutôt anormal. Alors, je passe pour ainsi dire en mode automatique. Sans réfléchir, dans mon désir de lui dissimuler l’existence de mon problème, j’éclate d’un petit rire de comédienne et poursuit sur un ton guilleret :
« Il faut une première fois à tout… non vraiment, je ne suis pas déçue d’être venue ici et je te remercie de m’y avoir emmenée. Mais, tu sais, je ne comprends vraiment pas l’espagnol et si on me laissait faire, je risquerais de ne plus pouvoir passer la douane au retour ! »
Et j’ai l’impression de m’être scindée en deux : il y a une demi-moi qui regarde l’autre jouer son rôle en mettant tout son corps à contribution : ses yeux, ses mains, sa bouche. Et qui se gèle intérieurement.

Au moment de nous diriger vers la sortie de la boutique, je me retourne vers le libraire pour lui dire au revoir. Il a l’air sympathique, assez jeune, et est-ce que je rêve… est-ce une illusion ou m’a-t-il adressé comme un clin d’oeil ? Peut-être que c’est aussi un usage de la région.
La porte franchie, je me rappelle de la conversation qu’il a soutenue avec Apple un peu plus tôt.
« Vous vous connaissez bien, non ? »

De retour dans la voiture, plusieurs minutes s’écoulent alors que je suis noyée dans un brouillard de couleurs. J’ai du mal à m’extraire de cet état à la fois pensif et léthargique, et la meilleure manière de le faire est de me tourner vers Apple et de lui demander ce qui lui est arrivé récemment. Ainsi, je suis seulement concentrée sur ses paroles, sur les nouvelles qu’il veut bien me donner, lui offrant toute mon attention. Je ne vois même plus la route pareille à une toile détrempée.
Il ne m’en dit pas beaucoup. Seulement qu’il est occupé entre les préparatifs du mariage et ses dessins en ce moment. Je hoche la tête.
« Vous travaillez sur la prochaine collection ? »
Je ne voulais pas le bombarder de questions mais lui ne se prive pas de le faire ! Et avant de lui répondre, j’observe avec bonheur son visage fixé sur la route, illuminé par un large sourire – ce que je peux être nulle. Si j’avais seulement idée des efforts qu’il doit fournir pour garder la face…
« Wow, attends une seconde ! Alors… je n’ai pas grand-chose à raconter aussi en vérité. Tout le monde va bien de ce que j’en sais, aussi bien Grace que Julia… je ne te remercierais jamais assez de m’avoir proposé cette colocation d’ailleurs. Elle est tellement formidable et ça a été génial de vivre avec elle. » À proprement parler, je ne devrais pas utiliser le passé dans cette phrase. Pas encore. Mais je me fait à l’idée de ne plus la voir tous les jours et que nous ne partagions plus notre quotidien. « Snow… Maman me donne un peu de ses nouvelles et ça a l’air d’aller de son côté. Rien ne change au travail et les choses suivent leurs cours pour mon roman. Il progresse. »
Dire ces derniers mots me glace. Apple, il y a quelque chose dont je ne t’avais pas parlé à propos du livre. Et que je ne peux pas évoquer là, maintenant.
Le très simple fait que mon roman, qui m’a aidée à m’extirper de la folie, est en train de contribuer à m’y faire basculer à nouveau peu à peu.

Tip et tap et tap et tip. J’enfonce machinalement mes ongles dans la paume de ma main. En pressant fort, ils y laissent une petite marque, qui s’effacera très vite sans que je m’en rende compte. Je le sais. Tip et tap et tip et tap, je m’imagine que cela fait un bruit semblable. Et j’hésite encore un peu avant de me jeter à l’eau.
« Maintenant que j’ai satisfait ta curiosité… dis-moi franchement : comment va Alejandro ? »
Et toi comment vas-tu, comment vas-tu réellement et avec lui, Appy ? Tip-tap-tip.
Tip-tap-tap.

Lorsque nous parvenons à destination, ce que je vois, tout de suite, c’est l’océan. Cette vision enchanteresse me remplit d’une espèce de folle excitation. Le temps de descendre de la voiture – à peine un dixième, un quart de seconde – et me voilà redevenue une enfant de six ans, prête à sautiller de joie en battant des mains. Mais c’est bon à ressentir.
« Ce bleu est presque irréel ! »
Oui… on se croirait au coeur d’un rêve. Apple s’est d’ores et déjà remparé de ma valise, et je le suis vers la maison d’un pas léger, chargée de Pip, les yeux grands ouverts de curiosité devant cet endroit inconnu, et de mon bouquet.
Je ne sais pas s’il avait des projets pour la soirée, je ne sais même pas quelle heure il est, au juste, et je ne veux pas jeter un regard à ma montre. Je bouillonne d’enthousiasme.
« Est-ce que tu crois… qu’on pourra faire un tour à la plage tout à l’heure ? Ça fait des siècles que je n’ai pas approché un grain de sable ! »
Des siècles, tu exagères franchement. De façon grossière, ça doit faire un mois, ou peut-être un peu plus. Tandis que le souvenir de cette dernière fois horrible me revient en mémoire, je lutte pour le refouler. Le renvoyer vers l’arrière de mon crâne. Qu’il ne vienne pas gâcher mon bonheur.
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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Mar 11 Juil - 21:13

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Climb up the H, Of the Hollywood sign. In these stolen moments, The world is mine. There's nobody here, Just us together. Keepin' me hot, Like July forever. 'Cause we're the masters of our own fate. We're the captains of our own souls. There's no way for us to come away. 'Cause boy we're gold, boy we're gold. And I was like... Take off, take off. Take off all your clothes. They say only the good die young. That just ain't right.'Cause we're having too much fun. And a lust for life, and a lust for life. Keeps us alive, keeps us alive... [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


A
vec toi, ma princesse, j’ai énormément de mal à faire semblant. C’est plus fort que moi, je n’arrive pas à te cacher la vérité ! Et même si je tente vainement de sauver les apparences en public, je sais pertinemment que cette poudre aux yeux ne prend pas vraiment, avec toi. Le vernis de mon bonheur s’écaille, perd de sa couleur, et, puisque tu sais parfaitement déchiffrer les maux de mon cœur, il est évident que tu sais d’ores et déjà tout de mon malheur...
Mon masque s’effrite à chaque seconde, révélant progressivement mon véritable état d’esprit. Mais, malgré cette insoutenable tristesse qui remonte dans mon gorge comme une sorte de bile écœurante, je dois continuer à lutter. Et même si je sens mon cœur brûler sous les flammes de la fleur rouge de l’amour, je reste de marbre et continue de sourire, pour toi. Mais tu n’as pas vraiment à t’en faire, puisque j’y suis habitué : refouler mes larmes et mes sentiments est devenu mon triste quotidien.
Inclure Alejandro dans chacun de nos échanges ne m’aide pas vraiment à chasser mes sombres pensées. Mais puisqu’il est censé être ton meilleur ami – bien qu’il n’en ait actuellement aucunement le comportement, il est normal que tu veuilles prendre de ses nouvelles. J’essaie de te renseigner avec le peu d’informations que j’ai en ma possession, même si évoquer sa simple existence calcine davantage mon pauvre petit cœur martyrisé. Heureusement, tu es là, Rosie, emplie de tendresse et de douceur, et tes adorables mots sont pareils à une pommade apaisant les blessures de mon cœur. « Ça me fait plaisir de savoir que ma simple présence te suffit ! » Et je souris sincèrement – voire niaisement, pour la première fois depuis fort longtemps.
Égoïste et prisonnier de ma terrible solitude, je tente vainement de te proposer de rallonger ton séjour en ma compagnie. Bien sûr, j’essuie un échec cuisant, puisque tu dois te consacrer à ton déménagement et à toutes les autres obligations qui te retiennent à Wellington. Mais je ne me laisse pas abattre pour autant ! « Ne me remercie pas, ton séjour ici me fait tout autant plaisir qu’à toi ! Et... dis-moi... auras-tu besoin d’aide, pour ton déménagement ? Car je peux aussi venir te donner un petit coup de main ! » Je ne serais pas franchement d’une grande aide, puisque j’ai autant de force physique qu’un bébé chaton. Mais si je peux te soutenir, t’aider et être présent dans cette nouvelle étape de ta vie, il est hors de question que je m’efface ! À tout jamais, je suis et serai toujours là pour toi, ma princesse !

En un accord commun, nous sortons de l’aéroport, grimpons dans la voiture et filons derechef en direction de la librairie du coin. Nous y parvenons avant même que Lana, charmante sirène des ténèbres, ne parvienne à m’ensevelir sous sa nostalgie et à me soutirer quelques larmes de tristesse, comme elle le fait pourtant si souvent. C’est une première victoire encourageante : je suis capable de résister !
Une fois à l’intérieur de ce havre de paix calme et paisible, je prends quelques minutes pour discuter et plaisanter avec Cisco, mon ami libraire, avant de te rejoindre, Rosie. Quelque chose ne va pas, j’en suis désormais certain ! Nous sommes entourés de livres par milliers, il est anormal de n’en voir aucun vivre entres tes mains ! C’est très inquiétant ! Et même si tu t’efforces de sauver les apparences en fouettant l’air de ton rire pareil à celui d’un ange, je ne suis pas dupe. Princesse, n’oublie pas que je me cache derrière un masque de faux-semblants, moi aussi ! De ce fait, je connais malheureusement trop bien les astuces et les ficelles du mensonge ! Je suis vraiment désolé, petite étoile du théâtre, mais je ne peux me résoudre à être ta marionnette... « Mais de rien, c’est toujours avec bonheur que je te fais plaisir ! Je suis d’ailleurs très content que tu aimes cet endroit ! Mais... Mais... là... ce n’est pas une attitude qui te ressemble ! Tu ne m’enlèveras pas cette idée de la tête ! » Ma voix fait les montagnes russes : naissant sur le même ton enjoué et guilleret que toi, elle se meurt en des éclats beaucoup plus graves et inquiétants. Ma prise de parole en est ainsi scindée en deux parties bien distinctes et aux antipodes l’une de l’autre.
Tes arguments et ta comédie ne prennent pas, Rose. Oui, certes, la majorité des livres sont rédigés en espagnol ! Mais il y a tout un étalage de romans écrits en anglais ! Quant au fait de ne pas réussir à passer la douane au retour, c’est si improbable que je ne prends même pas cet argument en compte. Définitivement, il y a vraiment quelque chose qui cloche...
J’essaie néanmoins de me comporter en bon ami et n’insiste pas plus longtemps, puisque mon but n’est pas de te déstabiliser ou de te mettre mal à l’aise en public. Tu ne perds rien pour attendre, cependant, car je compte bien soulever les mystères de ce comportement inquiétant, lorsque nous serrons seuls et plus aptes à nous confier mutuellement.
Nous repartons donc bredouille, saluons Cisco, et, au moment où nous nous apprêtons à quitter le temple du livre, ledit libraire refait des siennes et t’adresse un clin d’œil bourré de sous-entendus pervers. Je le regarde avec un air furibond, à l’instar d’un meurtrier sur le point de liquider sa victime, et finis par m’emporter très légèrement, lorsque je le vois détailler la courbe de tes hanches d’un air malsain et indécent. « ¡ Cisco, esto basta! ¡ Eres pesado! » Je bouillonne, fume comme un volcan en éruption, et m’empresse de sortir du magasin avant que la lave ardente qui brûle mes veines me fasse complètement dérailler. Non... mais... quel toupet ! Comment ose-t-il te reluquer de la sorte alors que je t’ai présentée comme ma petite-amie ? Il n’a décidément aucune éthique ! «¡ Buena sangre, es penoso! ¡ Ninguna moral! » Je marmonne et m’énerve tout seul, toujours furieux du comportement de mon supposé ami. Non mais sérieusement ?! Il n’a vraiment aucune morale ! Quel petit enfoiré !
Grâce à ta présence apaisante, je me calme progressivement et cesse de me consumer, même si je ne supporte toujours pas la manie qu’ont certains hommes de considérer les femmes comme de vulgaires morceaux de viande. Bon, allez... de toute façon, il y’a des imbéciles partout, alors arrête de t’énerver pour ça, Appy ! Profite plutôt de ta princesse et fait fi du reste ! Je souris, écoute la voix de ma conscience, me raisonne, me détends, et finis enfin par répondre à ta question. « Oui, on se connait ! J’étais même un client régulier de sa librairie. Mais il est franchement très lourd et a un comportement irrespectueux envers les femmes ! Je ne supporte pas cette mentalité ! » On peut sentir un brun d’amertume et de désapprobation dans ma voix, mais mes yeux croisent les tiens et tout redevient subitement magique et merveilleux. Plus qu’une princesse, tu es aussi ma bonne fée Clochette.

Sur le chemin du retour, je suis prisonnier de mes sombres pensées. Silencieux, je pense à Alejandro, à mes sentiments dévorants, à son absence omniprésente, à tout ce que je suis en train de perdre, et ça ranime cette putain de douleur qui me tort et me brûle les tripes. Les larmes ne sont plus très loin, et montent, montent, montent dangereusement jusqu’à mes yeux, qui s’en retrouvent recouverts d’un voile de tristesse. Non ! Pas maintenant ! Ce n’est toujours pas le moment ! Ressaisi-toi, bon sang !
Et je refoule à nouveau mes sentiments, malgré mon envie de tout laisser sortir : je suis un bouchon soudé à la baignoire de mes émotions, qui empêche l’eau de mon cœur de s’écouler.
Fort heureusement, tu m’extirpes de mes sombres songes en me demandant de te conter les dernières nouveautés de mon existence. N’ayant rien de très gai et optimiste à te raconter, je m’efforce de broder en mentionnant mon travail et le futur mariage, même si ce dernier me semble franchement en grand danger. À mon plus grand soulagement, tu ne rebondis que sur ma première idée, en occultant complètement celle de l’union qui doit m’unir à ton meilleur ami. Ouf ! Me voila temporairement sauvé ! « Oui, nous sommes en train de produire la collection d’automne ! D’ailleurs, je suis en train de travailler sur le dessin d’une robe qui t’irait à merveille ! Dès qu’elle sera produite, je te l’enverrai ! En coloris orange, bien entendu ! » Un petit sourire amical ravage mes lèvres, tandis que je sens ma peine s’envoler au fur et à mesure que tu me changes les idées. Libéréééé, délivrééééé... Oh non... par pitié !
Très curieux, c’est désormais à mon tour de t’ensevelir sous un raz-de-marée d’interrogations. Et tandis que tu t’évertues à répondre au mieux à chacune d’entre elles et à me donner des nouvelles de mes proches, je coupe la musique pour ne pas perdre ne serait-ce qu’une seule miette de ton discours. Le silence berce la voiture pendant quelques instants, juste le temps que je prenne une grande inspiration avant de te répondre. « Je suis content que tout le monde aille bien ! J’espère juste que ma folle de cousine ne t’aura pas trop débauchée et effrayée ! » Un rire tonitruant et sincère s’échappe derechef de mes lèvres, mais, dès la seconde d’après, je me sens subitement très mal, puisque le manque de ma famille et de mes proches se fait ressentir dans tout mon être, qui en devient instantanément fébrile. Mon demi-cœur émietté, lui, saigne, pleure, meurt d’envie de retrouver son autre moitié, que j’ai laissée là-bas, à Wellington, avec tous ceux que j’aime. C’est un fait : sans mes proches, mon cœur et moi-même sommes irrémédiablement incomplets. Et alors que je me dis que je ne peux m’épanouir pleinement sans ceux qui trônent en maîtres sur mon cœur, tu me coupes dans mes pensées en me parlant de ton travail, comme je te l’avais demandé. « Content de voir que ça progresse ! J’espère être l’un des premiers à avoir droit à son exemplaire dédicacé, hein ! » Souriant et plaisantin, j’essaie maintenant de détendre l’atmosphère, tout en m’acharnant toujours à tenter de faire taire mon cœur qui saigne, agonise et pleure.
Malheureusement, ma douleur ne fait qu’empirer, d’autant plus que tu renfonces et remues - malgré toi, je le sais - le couteau dans la plaie béante de mon cœur. Comment va Alejandro ? Ah, ça, c’est une excellente question ! « Sincèrement ? Je... Je n’en ai aucune... aucune idée ! Mais... Mais j’espère franchement qu’il va b... bien... » C’est un premier pas vers la confession, même s’il me reste encore une bonne partie de l’histoire à te raconter. À chaque nouveau mot prononcé, ma voix se brise un peu plus qu’auparavant et s’imprègne progressivement de toute la tristesse que j’ai accumulée jusqu’ici. C’est indéniable : je suis à deux doigts de craquer...
Je lutte toujours aussi acharnement, même si mon visage doit être aussi facile à déchiffrer que les pages d’un livre ouvert. Heureusement, tu es désormais absorbée par la vue paradisiaque que l’on a de l’océan, ma princesse, et tu n’as sûrement rien pu lire dans mes yeux embués de larmes. Et c’est tant mieux !
Après avoir coupé le moteur de ma voiture, je m’empare de ta valise et file derechef vers la porte d’entrée de la villa. Je me demande si mon fiancé sera là, à nous attendre et à nous faire la surprise de sa présence... Mais sa voiture n’est toujours pas garée dans l’allée, signe qu’il déserte toujours le foyer et notre histoire d’amour. Depuis le temps, je ne devrais plus être surpris par son comportement, mais je ne peux m’empêcher de laisser à nouveau mon cœur pleurer son envolée. Je perds clairement pied, mais fais toujours bonne figure, bien que je sois très proche d’exploser. Je souris, toujours et encore, mais ce n’est pas feint – jamais, avec toi ! -, car ton enthousiasme à l’idée de retrouver la plage fait franchement plaisir à voir. On dirait une petite fille prête à ouvrir ses cadeaux au pied du sapin de Noël, et c’est vraiment trop mignon ! T’es décidément une vraie bouffée d’innocence et de bonheur, ma princesse ! Et rien qu’à ton contact, je sens qu’Alejandro ne réussit presque plus à m’atteindre ou à cramer mon putain de cœur bousillé. Et là, à cet instant précis, il n’y a plus que toi et ton sourire, que j’aime. « Tout à l’heure ? Et pourquoi pas maintenant ?! Allez, cours enfiler ton maillot de bain et on y va ! » Moi ?! Te faire patienter et risquer de ne plus apercevoir cette pluie d’étoiles dans ton regard émerveillé ? Jamais de la vie ! Plutôt mourir !
Tout sourire (sincère), je fais rouler ta valise jusqu’à tes pieds, afin que tu puisses en extirper ton maillot de bain. De mon côté, le temps que tu te changes – ou pas, puisque j’ignore si tu as déjà le nécessaire sous tes vêtements -, je file en cuisine et sors une bonne bouteille de Mojito maison. Oui, j’avais le prévu le coup ! « Tu veux boire quelque chose ? Je vais me servir un Mojito, est-ce que ça te tenterait ? » Je crie presque, puisque je me dis que tu es peut-être en train de te changer dans la salle de bains. « Mh... Sinon... j’ai quelques sodas, jus de fruits, sirops et autres alcools ! Dis-moi ce que tu préfères, Princesse, et tu l’auras ! » En attendant ton verdict, je m’occupe de sortir quelques petits gâteaux apéritif et canapés, que je dispose sur un plateau. Tout est enfin prêt dès que j’ai fini de préparer ta boisson, et il ne nous reste plus qu’à trinquer à nos retrouvailles et au début de tes vacances, ma princesse ! J’espère maintenant que tu passeras un agréable séjour en ma compagnie, à l’instar de Pip, qui, heureux comme un fou, a d’ores et déjà retrouvé son meilleur ami, Lucky...

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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Mer 12 Juil - 21:07

a midsummer night's dream

Apple & Rose

And make heaven of hell. (Shakespeare)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Je rêve d’un genre de paradis exotique, un endroit chaud et calme où les ciels bleus seraient de rigueur. Je me dépeins à moi-même le lieu de mon utopie, et la réalité autour s’estompe. Et quand elle cherche à revenir et se fait trop présente, alors mon monde se fond et dégouline – c’est une aquarelle détrempée. Je cherche à la retenir. Je cherche à m’y agripper, doigts crispés et ongles rongés, de toute mes forces, enfoncés dans ce qu’elle a de plus beau. Mais c’est peine perdue. J’en suis consciente. Car ce type de doux rêve n’existe que pour vous faire plus mal, quand il s’étiole.
Là-bas, tout n’est qu’eau et lumière, tout n’est que beau et perfection. Il y a ce silence – ou est-ce une mélodie divine que je perçois, lointaine ? Et il y a, la paix. La paix blanche et chérie, la paix d’or de mon âme. Il suffit de laisser couler ce temps imperceptible qui semble ne pas passer, tout alangui qu’il est par la chaleur qui règne en ce lieu.
Là-bas, des parfums lourds et de fleurs voguent sur la brise, omniprésents. Là-bas, je sais que l’existence qui fuit n’a aucune importance car rien ne vient changer la symétrie des jours : tout n’est que calme. Il suffit de s’y laisser aller.
C’est un lieu où je croise les visages qui me sont chers, au détour des chemins pavés brûlants. Là, dissimulés par les feuillages de la végétation luxuriante, se découvrent leurs figures – ils sont tous là. Pas un ne manque, non pas même toi, Papa.
C’est le lieu que j’arpente au gré de ma fantaisie songeuse, le lieu contenu tout entier par ma poitrine, celui où j’ai l’impression d’avoir déjà vécu, il y a bien longtemps. Peut-être même avant de naître. La nostalgie y flotte dans l’odeur des amandes – et de la mer, et du bonheur. Gros morceau de bonheur à l’image du soleil, tout brillant et si beau.
Je m’y raccroche. Car je ne peux voir mon paradis sans désirer y demeurer.

Partout où mes pas me mènent, des détails me ramènent à cet univers ; des petits riens, pas grand-chose. Ça ne peut être que la caresse d’un rayon de soleil, semblable à un fil d’or, par un matin où il est parvenu à percer les nuages. Ça peut être un mot lâché sans y prendre gare ou un son, une odeur qui fait monter en moi soudain une vague de mélancolie. Mélancolie idiote d’un endroit où je ne suis pas allée, jamais, hormis les yeux fermés. Mélancolie poison, échappatoire face à ce qui est réel et terrifiant. Je devrais me méfier des rêves trop désirables. Ils sont en pente, glissante, et m’entraînent peu à peu vers la chute. Mais je ne peux pas ; car mon esprit est faible. Et si les quelques heures que j’arrache à l’angoisse, je ne les dois qu’à eux ?
Et si le seul endroit où je peux aller bien se trouve derrière mes paupières closes ?
Et si le monde, tout simplement, n’était pas fait à ma mesure ? Si j’étais fabriquée de l’étoffe des haillons ?
Je m’y raccroche. Je sais que je me laisse un peu plus perdre pied de cette manière, mais voulez-vous l’entendre encore, je suis faible. Si tout doit me rendre folle, je choisis la façon la plus douce. Si tout se doit de m’enfoncer, alors j’entretiens l’illusion que ça ne va pas si mal.

Et tout ici, ces allures exotiques, la nonchalance des passants, le parfum des vacances, les yeux si bleus d’Appy et la sensation de mes lèvres qui s’écartent… qui s’élèvent, qui forment des sourires. Tout, disais-je, me rappelle les impressions vagues flottant au paradis. Au paradis, au paradis artificiel, conçu par moi comme un refuge.
Comme un refuge. Mets-y le nom vacances, appelle ça comme tu voudras et trouves-y des raisons, c’est toujours une fugue que j’opère. À pas glissants vers l’arrière, sur le parquet cirés, l’air de rien : tu fuis. Il est bien connu que c’est toujours comme ça qu’on règle ses problèmes.
Tu peux prétendre que tu n’en n’as pas un, Miss Berry, parce que tu t’est faite à l’idée que la joie n’est pas un dû de l’existence. Tu peux nier, tu peux sourire ; tu n’as jamais su très bien mentir. Papa-Maman disait que c’était mal de le faire. Alors on peut lire sous tes yeux bruns, dans ton teint pâle, dans les légers tremblements nerveux qui t’agite, manies de folle, que tu es pitoyable.
Tu peux nier, tu peux sourire, tu peux prétendre. Tu trouves du réconfort auprès de ceux qui te connaissent le mieux, et eux sauront, justement. Eux pourront lire les émotions par lesquelles tu passes. Comme dans un livre ouvert, juste sur ta figure.

Et je ne veux pas, je ne veux pas qu’on me pose de questions, pas qu’on s’inquiète, oh par pitié. Je demande juste une dernière illusion, le droit de faire semblant pour quelques jours. Est-ce qu’on me l’offre ? Je le demande incessamment. C’est que, voyez-vous, un bout du paradis se trouve ici, sur Terre, à quelques heures d’avion. Il n’est nul besoin d’y feindre d’être heureux – les sentiments, qui m’étaient refusés de ressentir parviennent à m’atteindre de nouveau. La grisaille de mon coeur se teint d’un arc-en-ciel. Je me sens… bien. Ces quatre lettres font si pauvres à côté du soulagement qu’elles représentent. Oh merci, oh merci, merci dix neuf mille cinq cent douze fois. Je jure de ne pas gâcher la chance qui m’est offerte de m’arrêter, de faire une pause, de partir d’un éclat de rire et de jouir de sa présence. J’en capturerai autant d’images qu’il m’est possible, pour soutenir encore, pour en être capable, quand les jours plus sombres reviendront, que j’ai été heureuse. Que la vie est plutôt belle.
Après cet intermède, je serai une adulte. C’est promis. Je fermerai mon visage à ce qu’on ne doit pas y voir surgir et je réagirai toujours avec du sang-froid. Plus question de partir sur des coups de tête, de laisser mes yeux s’embuer ou mes troubles se percevoir. Et d’ailleurs, ces fichus troubles… nous allons les enfouir, au plus profond. Nous allons régler un par un leurs cas douloureux. Éliminer les toxiques ; quand il ne restera que moi, mon propre puissant poison… je fermerai les yeux par une nuit douce et calme. Je fermerai les yeux et me laisserai glisser sur la pente des souvenirs, sur des peintures fictives. Et alors, il n’y aura. Plus que moi, mon venin personnel. Et ma raison chancelante.

Ça n’a pas de sens, tous ces projets que j’échafaude. Ça se contredit et se renverse. Mais on ne peut pas dire que quoi ce soit que j’ai pensé ou que j’ai fait ces derniers mois en avait beaucoup, du sens. Je ne me lancerai pas dans la liste… car ce serait trop déprimant. Remettons juste les choses en place, tout ce que je dis est une bêtise, et la seule idée qui tienne debout est celle de ce déménagement.
Je serai une adulte à mon retour. Je prendrai garde à ce que tous les cartons soient bien fermés. Pour qu’aucun accident ne survienne. J’inscrirai soigneusement le nom de leur chargement sur le dessus, au feutre bleu. Ou vert, couleur espoir. J’aborderai mieux ce nouveau virage que je ne l’ai fait jusqu’à présent. Encore une chance, encore une chance, encore une. Saisis-la bien et serre-la fort. Je jure que je lutterai contre mon démon mental. Je suis une adulte, je dois faire en sorte que tout aille.
« C’est vraiment adorable de le proposer, merci… mais je ne peux pas te demander de faire tout ce voyage pour m’aider à porter des cartons ! »

Comme très souvent, je me dédouble. Il y a une part de moi qui est sa Rose, qui s’exclame au lieu de parler et qui sent la joie vrombir au creux de son ventre – du mien, donc. C’est l’unique figure que je souhaite lui montrer, et j’aimerais tellement qu’elle soit la seule… mais il y a l’autre. Il y a l’arrière fond de mes pensées, vague. C’est cette chose déplaisante qui commente et me traite d’idiote, et sa voix, je voudrais la faire taire… Elle surpasse parfois celle de la petite fille recroquevillée qui renaît, si facilement auprès de lui. Alors je ne sens plus qu’elle. Elle marque mes basculements, mes oscillations, le nombre de fois où je trébuche. C’est la partie lucide née de mes problèmes qui n’est jamais partie. Je voudrais qu’elle le fasse. Je ne voudrais pas avoir toujours, encore tellement longtemps, cette deuxième paire d’yeux fixée dans mon dos.

C’est la même chose à la librairie. La voix aigre me souffle par derrière : tu es pitoyable. Tu es mauvaise. Ça ne prend que très mal, et il n’y a que sa délicatesse pour l’empêcher de te le faire remarquer. Je laisse mes iris se perdre dans les siens un instant tout en esquissant un faible sourire, celui de l’enfant. Voilà. Voilà, à présent tout est perdu, on ne peut pas faire moins innocent. Il a deviné que quelque chose cloche. Il n’y a que de mauvaises idées pour me venir lorsque je suis guidée par une panique subite.
Je garde le silence. Un ange passe. Il n’insistera pas. Les livres, les livres avec leurs mille regards de lettres capitales m’en jettent de désapprobateurs.
En chemin vers la sortie, je m’apaise un peu. Il n’y a que l’attitude du jeune libraire pour m’intriguer. Si je choisis de faire comme si de rien n’était, Apple, lui, s’énerve tout à coup.
Je ne comprends pas le moindre mot de ce qu’il lui dit mais ça n’a pas l’air aimable. Pas. Du tout.
« Hé… calme-toi. »
Demain, ou peut-être pas, peut-être un peu plus tard, disons dans un bon mois, nous aurons sans doute oublié l’un et l’autre cet incident. Les petites choses qui se passent et ne laissent aucune trace dans nos mémoires me fascinent. C’est arrivé, ça a été, mais ça aurait pu aussi bien ne pas l’être.
Et nos vies toutes entières, sont-elles comparables à cela ?

Les minutes passent, la route défile, et je tente de m’extraire de ma songerie embrouillée. Nous discutons un peu. Ce n’est pas qu’il y a de la gêne entre nous, ça jamais. Avec Apple, j’ai toujours l’impression que parler ou se taire n’a pas d’importance. Je veux dire par là que ce ne sont pas des silences de malaise ou significateurs. Ce sont juste des moments. Durant lesquels nous laissons l’un et l’autre nos pensées divaguer. Guidées par. Toujours, le sentiment que l’autre est proche.
Comment est-ce que tu vas ? Oh, le mariage, la nouvelle collection. Une robe qui m’irait très bien, en coloris orange. Orange éclatant, rond ballon du soleil noyé à l’horizon. Avant que le ciel ne se fasse rouge, très brièvement, sang dilué. Rose pâle, presque pivoines. S’étalant sur le bleu très froid, bleu qui devient encre de nuit.
« Tu es toujours si plein d’attentions… j’ai hâte de voir cette collection et cette robe en particulier ! »
Puis c’est à mon tour de lui donner les dernières nouvelles. Tout le monde va bien, la vie est plate, elle suit son cours, je n’ai pas grand-chose de particulier à lui dire. Cela me ferait presque rire lorsqu’il me parle de Julia, mais la teinte jaune de ce rire l’empêche de sortir de ma gorge. Sa cousine est une des plus belles personnes que j’ai jamais rencontré. Elle s’est toujours montré d’une extrême gentillesse avec moi, même alors que je n’étais qu’une inconnue timide sur le pas de sa porte. Et elle est pétillante, c’est une vraie cascade de joie. Avec elle, le quotidien a été on ne peut plus agréable… Quant à me débaucher, comment dire. Je n’ai besoin de personne pour agir de la manière au monde que je désapprouve le plus. Mais je ne rebondirai pas là-dessus.
« Elle n’est pas folle, elle est juste adorable... ça doit être de famille. »
Parler du livre, ma fierté, ma rédemption… ça me fait tout drôle. Parce que bien d’autres choses doivent désormais y être rattachées. Ce n’est plus simplement cette petite histoire commencée un matin à l’hôpital sur un coup de tête, et poursuivie ensuite. Ce n’est plus juste. Tout ça : ma délivrance, ma rédemption, ma fierté. C’est l’instrument de ma perte.
Je n’ai pas très envie de m’attarder sur ce sujet.
« Bien sûr que oui, le premier exemplaire t’est déjà réservé ! »
Et sur la page de titre, que pourrais-je bien écrire ? Quels mots sont assez forts pour exprimer à quel point son soutien a tout changé, à quel point son amitié m’est précieuse et combien je l’aime ? Il n’y en a pas. J’ai peur de rester stylo en main paralysée par cette étendue blanche à combler. Si mes yeux se refusent à suivre les lignes écrites par d’autres, pourquoi mon poignet voudrait-il en tracer ?

Il est temps, il me semble, d’aborder une question délicate. Alejandro. Son prénom seul, je le vois, ou rien que le fait de ne dire qu’« il », ou de mentionner son absence, suffit à faire descendre une ombre sur son visage. Un sourire n’y brille plus. Il n’est plus que noirceur. Et il se donne du mal, vraiment… comme je joue ce jeu-là aussi, je reconnais les efforts phénoménaux qu’il doit produire pour se donner l’apparence que tout va bien. Une fois, la première, je l’ai tout juste noté. La deuxième avait l’aspect suspect des récurrences. La troisième… j’ai cessé de compter. Ça n’a pas de sens. Quelque chose ne va pas, c’est aussi simple que cela, et ça me tue de voir qu’il souffre ainsi en silence.
Apple chéri. Ma petite pomme, mon petit prince. Mon meilleur ami. Comment peut-on avoir le coeur de te blesser, toi qui est… tout ce que tu es ? Comment est-il possible de te faire du mal ?
Qu’est-ce qui ne va pas, enfin ?
Sa voix se craquèle en même temps que son visage se décompose. Il hache ses phrases, elles peinent à sortir. Mais l’aveu est le même, recueilli par petits bouts : il n’a pas de nouvelles d’Alej.
Ma main vient se poser doucement sur son bras droit.
« Depuis combien de temps ? »
Parle-moi. Je sais que j’ai l’air fragile, qu’un rien suffit à briser ma paroi, mais parle-moi. Je ne peux pas juste être cette fille de verre prête à voler en éclats à tout bout de champ. Car je suis là. Je suis ton amie et je suis là. Et comme tu as toujours été à mes côtés, j’aimerais à mon tour te prêter mon oreille, mon épaule, tout ce que tu voudras. Je suis là. S’il te plaît parle-moi car c’est beaucoup trop dur de te regarder comme cela. Par ton bras, par ma main, ta peine coule et descend sur ma peau, et la transperce. Je suis contaminée. Parle-moi parce qu’à deux, on soufflera plus fort pour chasser ces nuages. S’il te plaît. Parle-moi.

Le bleu de ses yeux est plus clair que celui du ciel, plus clair encore que l’océan sur lequel le soleil joue à y dessiner des rides. Elles luisent, blanches et brillantes. Ce spectacle est magique. J’inspire un grand coup de cet air au parfum caractéristique. Ça doit être le trop plein d’oxygène, d’un coup. Une petite ampoule s’allume, dans mon esprit : ça me rappelle le paradis. Je me sens redevenir très jeune, une toute petite enfant prête à sauter, à déborder, à avoir un débit de parole incontrôlable. Je suis jeune et légère et complètement surexcitée.
Aller à la plage pour chasser le dernier souvenir qui y est rattaché.
Apple dit qu’on pourrait y aller maintenant. Décidément, j’ai quatre ou cinq ans. Je lui emboîte le pas jusqu’à l’intérieur de la maison, mais je pourrais courir ou sautiller tout le long. Je suis si fébrilement agitée qu’il me faut retourner quatre fois l’intégralité de ma valise avant d’y retrouver mon maillot de bain. Calés entre les piles soignées de vêtements, quelques livres me montrent leurs tranches. Tu sais ce que tu aurais mieux fait d’emporter que six recueils de Shakespeare ?
Un grand panneau : n’aborde pas les sujets sensibles.
Et un deuxième : tourne sept fois ta langue dans ta bouche.
Tandis que je me change à la salle de bain, je l’entends me proposer de boire quelque chose. Mojito ? Pourquoi pas ?
« C’est parfait, je veux bien s’il te plaît ! »

De retour au salon, je m’aperçois qu’il a déjà tout préparé. Pip et Lucky ne sont pas loin, en train de se retrouver. Ils sont adorables, tous les deux.
« Quand on dit que les chiens et les chats ne s’entendent pas... » je glisse en leur coulissant un regard, avant de me retourner vers Apple qui tient nos deux verres. Je le remercie, avant de tendre le mien vers le sien pour les faire s’entrechoquer. Bruit cristallin, note de musique. Quel toast porter ?
« À nos retrouvailles ? »
Classique. Au fait que nous soyons près de vous, petite pomme. C’est simple et cela signifie tant. Les glaçons dansent à la surface, ma main incline le verre, un peu. Pour les faire tanguer. Se cogner dans leur valse. Naufrage.

Naufrage. Bateaux dans la tempête, orage, nuit noire et éclairs, tonnerre et foudre. Foudre. Coup de.
Reprends.
Naufrage. Trésors enfouis dessous la mer, dans les épaves. Bijoux brillants dans le sable. Caisses en décomposition. Sable et vague, la mer ou l’océan. À quelques pas d’ici.
« Désolée si j’ai l’air bizarre, c’est juste que… je suis surexcitée par le fait d’être arrivée, d’être avec toi… et la pensée de la plage toute proche aussi, j’avoue. »
Je me mordille la lèvre inférieure tout en le regardant et en songeant que je suis bien vilaine. Cet air joueur, cet air retenu, pourquoi le faire ? Je pourrais tout simplement lancer un y allons-nous ? Je rêve d’espace, je rêve de l’eau et des embruns, je rêve de me perdre dans le motif de l’écume.
Un bout du paradis.
Ma main resserre sa prise autour de mon verre désormais vide.
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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Ven 14 Juil - 16:15

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Rosie & Appy.
Climb up the H, Of the Hollywood sign. In these stolen moments, The world is mine. There's nobody here, Just us together. Keepin' me hot, Like July forever. 'Cause we're the masters of our own fate. We're the captains of our own souls. There's no way for us to come away. 'Cause boy we're gold, boy we're gold. And I was like... Take off, take off. Take off all your clothes. They say only the good die young. That just ain't right.'Cause we're having too much fun. And a lust for life, and a lust for life. Keeps us alive, keeps us alive... [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


J
e suis pareil à une étoile égarée dans la pénombre du ciel de la nuit : on aperçoit facilement ma présence scintillante et ma lumière pleine de vie, mais je suis éteint et mort depuis des décennies. Mais je souris, même si, au plus profond de mon cœur meurtri et endolori à l’infini, je sais que je suis d’ores et déjà parti.
Ma lumière n’en est alors que plus belle et illumine le ciel de ses puissants rayons éternels, puisque tous mes efforts d’homme au cœur mort sont poussés à leur fort extrême. Sourire. Lumière. Paraître. Et ça fonctionne ! Les apparences sont saines et sauves ! L’étoile n’a même jamais brillé aussi fort ! Et puisque le monter entier est enchanté et fasciné par sa beauté, sans se soucier du fait qu’elle ait douloureusement trépassé depuis des années... j’ai gagné !
Toi aussi, ma Rosie, tu sembles éblouie par ma lumière artificielle. Mais j’ignore si c’est là une façade destinée à me soulager ou si tes yeux ont bien percé la triste vérité de mon âme éplorée. Es-tu alors équipée de télescopes pouvant visualiser le ciel morne et gris de mon cœur regorgeant de malheur ? La réponse, que j’appréhende avec ardeur, attendra son heure...
Sourire. Lumière. Paraître. Et ça fonctionne ! Les apparences sont toujours saines et sauves ! Mon masque artificiel de bonheur s’accroche et se greffe même à ma peau ; nous ne formons plus qu’un. Gai et optimiste, malgré mon cœur grisé et dépressif, je m’empresse de te proposer mon aide pour ton déménagement à venir. Bien sûr, altruiste et attentionnée, tu refuses de me déranger et rejettes gentiment ma proposition. Mais... Princesse, crois-tu vraiment que je vais me laisser abattre aussi aisément ? Bien sûr que non ! « Ça tombe bien que tu ne me demandes rien et que je te propose mon aide de moi-même ! » Bon, d’accord, je joue très légèrement sur les mots. Mais je tiens à être là pour toi, ma princesse, vraiment, de tout cœur ! Et s’il faut que je me montre encore plus tatillon pour que tu te résolves à accepter mon maigre coup de main, je n’hésiterai pas à recommencer, encore et encore, jusqu’à ce que tu finisses par complètement céder. Comment ça ?! Tu trouves que je suis trop borné et têtu ?! Quelle idée saugrenue... mais tellement véridique. « Et je pense qu’on ne sera pas en sureffectif ! Car il va falloir bien s’accrocher pour réussir à monter tes nouveaux meubles à la notice détaillée en hiéroglyphes ou en chinois ! » Rire. Sourire. Lumière. Paraître. Et ça fonctionne ! Les apparences sont toujours saines et sauves !

Je suis néanmoins mis à rude épreuve par Cisco, lorsque nous nous apprêtons à ressortir bredouille de la librairie dans laquelle nous avons fait une brève et intrigante escale. Son manque de respect à ton égard – et pour le gent féminine en général - me pousse à bout, fissure mon masque artificiel, brise les apparences que je me donnais tant de mal à préserver. Et j’explose, laisse mon organe vital dévasté évacuer toute la rage qu’il a accumulé, à l’instar d’un feu d’artifice crachant feu, colère et tonnerre. Ça me fait du bien, car, pendant une fraction de secondes, je laisse parler et crier mon cœur, même si c’est assez déconcertant pour toi ainsi que pour tous les badauds qui assistent à la scène. Et je me sens subitement mal, maintenant, car cette pulsion, même si elle a été libératrice et ne servait qu’à défendre ton honneur, t’a fait honte, je le vois bien. Et j’ai envie de pleurer et de disparaître dans un minuscule trou de souris... « Je... Je suis désolé. Vraiment. Excuse-moi de m’être emporté... Mais vu tout ce qu’il m’a dit à ton sujet tout à l’heure... ça a... ça a été plus fort que moi... » Gorge nouée, cœur serré, yeux teintés de larmes salées. Vite, vite, le masque ! Sourire... Lumière... Paraître... Mais ça fonctionne légèrement moins bien. J’espère maintenant que les apparences sont toujours saines et sauves... et que l’étoile brille toujours aussi fort...

De retour dans la voiture, nous nous élançons sur le chemin de la maison et des vacances. L’atmosphère qui règne dans l’habitacle est à ton image : calme, légère, paisible, apaisante et agréable, au point que j’en oublie momentanément tout des tracas de mon petit cœur brisé. Mon masque fait d’un bonheur artificiel est cependant toujours présent sur mon visage, puisque soudé à ma peau, mais il reflète désormais la stricte réalité. Oui, je suis bien, là, avec toi, et ce n’est pas un mensonge : je suis épanoui et content, momentanément...
La petite robe orange, que j’esquisse passionnément depuis le chevalet de mon atelier, t’ira à merveille, c’est certain ! Et je suis content de te voir si enjouée à l’idée de découvrir mon travail achevé. Mais nous ne sommes pas là pour parler éternellement chiffon ! Et même si ce sujet découle de ma passion, je préfère amplement prendre des nouvelles de famille et me consacrer à mon autre pêché mignon, qui prend forme sous les montagnes de taquineries que j’adresse sans cesse à ma cousine, Julia, que nous adorons. « Je te taquinais ! J’étais sûr que vous vous entendriez bien, toutes les deux ! Et c’est vrai qu’elle est adorable ! Ah... cette fille est juste extraordinaire, en fait ! C’est un arc-en-ciel qui illumine et ébloui toute journée morne de ses couleurs remplies d’euphories et de joie ! Définitivement, sans elle, la vie serait bien triste et fade... » Et... Et elle n’est pas là... Et... Et puisque je suis privé de mon arc-en-ciel flamboyant, ma vie est effectivement triste, fade, morne, grise et malheureuse, ici. Et j’ai envie de pleurer, car elle me manque atrocement. Son absence est une souffrance constante qui ronge mes veines, à l’instar d’un poison se répandant dans le sang de sa victime. Sans répit. Constamment. À chaque instant. Je souffre. Tu me manques, Julia...
Le masque du bonheur artificiel s’effrite un peu plus à chaque nouvelle seconde qui passe, dévoilant progressivement mon réel état d’âme torturé. Sourire... Lumière... Paraître... Et ça ne fonctionne plus ! Ma tristesse prend le dessus, se lit sur mon visage. L’étoile et les apparences sont mortes, désormais, c’est certain ! Plus de sourire. Plus de lumière. Plus de paraître. Tout est fichu !
Mon état s’aggrave davantage lorsque le sujet de mon fiancé arrive sur le tapis – c’était prévisible. Je lutte fébrilement, même si je suis à deux doigts de d’exploser devant toi, à l’instar d’une bombe de chagrin. Une larme traîtresse roule sur ma joue, rougit mes yeux de tristesse, mais je la tue de mes mains avant que tu ne puisses l’apercevoir. « Il... Il ne m’a... pas donné de... de... nouvelles... de... depuis quelques heures... » Oui... c’est ça, depuis soixante-douze heures, environ... Mais je n’ai pas le droit de t’imposer cette vérité, puisque ça te blesserait et que ça ne ferait que la rendre plus réalité. Et je ne veux ni l’un ni l’autre !
Hein ? Comment ? Qu’est-ce que tu dis, petit voix de ma conscience qui parle dans ma tête ? Ah... Oui... Boooon d’accord, tu as raison ! Je l’avoue : je fais clairement l’autruche. Satisfaite ?!

Mes efforts, annihilés par mon visage dépité, n’auront servi à rien : je suis mort de l’intérieur, et tu le sais, maintenant, c’est évident ! Mais tu es assez gentille pour ne pas m’ensevelir sous un tas de questions, ce qui fait que nous arrivons à destination sans être encombré par mes chouinements incessants.
La maison est complètement vide. Crack. Crack. Crack. Mon cœur, cadavre de l’amour, se meurt une seconde fois. Crack. Crack. Crack. Il noircit, s’émiette, tombe en poussière. Crack. Crack. Crack. Il n’en reste quasiment plus rien.
Le temps que tu ailles te changer pour que nous puissions aller nous baigner sous les étoiles - mortes, elles aussi -, je libère notre fils de sa cage de voyage, et file préparer nos cocktails. La cuisine est calme, froide, obscure, tristement vide. C’est l’endroit idéal pour pleurer. Et tandis que je prépare nos boissons du soir, je laisse tout mon désespoir ruisseler en torrents incessants le long de mes joues d’enfant. Crack. Crack. Crack... Tu connais la sempiternelle signification de cette chanson, non ? Crack. Crack. Crack...
Dès que je t’entends revenir de la salle de bains, je sèche mes larmes à l’aide du premier pauvre chiffon qui me tombe sous la main. Heureusement, en t’émerveillant devant nos enfants, tu me laisses le temps nécessaire pour redevenir souriant. Le masque. Le masque. Le masque... C’est inutile, je le sais, mais je ne peux m’empêcher de vouloir te préserver des maux de mon cœur annihilé. « Oui... c’est fou qu’ils s’entendent aussi bien ! Mais on dit aussi que les opposés s’attirent ! Et... j’imagine que c’est le cas pour Lucky et Pip ! » Je souris, attendri devant nos petits qui jouent et profitent de la vie. Oh, ce que j’aimerais être aussi insouciant et libre qu’eux !
Dans la cuisine, nos verres en cristal tintent comme deux clochettes qui s’entrechoquent. Vous entendez ce son si familier ? Ah, oui, il est désormais l’heure de porter un toast ! « Oui, à nos retrouvailles ! Mais aussi à tes vacances ! Et trinquons également à toi, ma princesse, qui a eu le courage de refaire tout ce chemin rien que pour être auprès de moi ! » Je vide mon verre d’une seule traie, car j’ai grand besoin de voir mon chagrin se noyer dans les effets grisants de l’alcool. Allez, encore un, ça me fera du bien ! Ni une ni deux, je remplis à nouveau mon verre et en fais de même avec le tien. Dis-donc, je ne savais pas que tu avais une descente aussi rapide, Rosie !
« Allez, viens, allons nous baigner ! Je vois très bien que tu n’en peux plus d’attendre ! » Et j’embarque bouteilles, verres et plateau, avant d’ouvrir en grand la baie vitrée et de planter derechef mes pieds dans le sable encore chaud. L’océan n’est plus qu’à une cinquantaine de mètres, droit devant. Les étoiles décédées illuminent l’océan de leur lumière éphémère, au point qu’on a l’impression que le bleu foncé du ciel est le même que celui de la mer. Des étoiles partout, magnifiques, étincelantes, mais mortes, illuminent la pénombre de la plage et de l’océan. Véritable paysage de carte postal, cette beauté macabre n’a décidément aucun autre égal.
Une fois arrivés au bord de l’océan, je dépose nourriture et récipients sur un petit banc, avant de retirer mon haut et de patauger puérilement dans l’eau. Les vagues encore brûlantes me lèchent et me chatouillent les orteils, c’en est presque rigolo ! C’est calme, paisible, agréable... parfait, mais seulement avec toi. « Et si tu me disais ce qui ne va pas, ma Rose ? » Je suis brutal et culotté, je le sais, mais ton attitude inhabituelle à la librairie me ronge toujours autant le sang. Et j’aimerais que tu y mettes du tien et que tu m’ouvres ton cœur, ma princesse, car je veux simplement essayer de t’épauler et de t’aider, comme je l’ai toujours fait... et le ferai toujours... Est-ce trop te demander ? Si je m’en fie à mon propre cœur endolori, la réponse ne peut être que... oui...

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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Dim 16 Juil - 18:28

a midsummer night's dream

Apple & Rose

And make heaven of hell. (Shakespeare)

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]J’imagine qu’un beau jour, en haut d’un escalier ou au fond d’un couloir, ou encore au beau milieu de nulle part, je tomberai sur une porte. Elle sera en bois et blanche, très simple, une porte d’appartement dont la peinture s’écaille un peu. Pas de serrure par où jeter un coup d’oeil. Il faut faire l’effort de l’ouvrir pour découvrir ce qui se cache derrière. Et bien évidement, ce sera ce monde imaginaire que j’appelle paradis. Dans ma vision, j’avance de quelques pas, puis me retourne : la porte a disparu. Elle n’était que pour m’y conduire, et le retour n’est pas souhaitable.
Clac font les portes quand elles se ferment, un bruit qui suffit à faire se dresser mes cheveux sur ma tête. Clac, font-elles donc, et ce sont autant de possibilités qui disparaissent, autant de sources de lumière dont on se trouve privé d’un coup. Les couloirs sont si sombres en eux-mêmes. Et dans le corridor de ma vie, où sont passées toutes les sorties ? Je tâtonne dans le noir en effleurant les murs, sans trouver de poignées. Où sont-elles, où sont-elles ? Je plisse les yeux pour tenter de voir une lumière tout au bout, rien qu’une faible lueur. Où est la porte, où se trouve donc la porte blanche ?

Au fond de moi, j’adorerais qu’Apple soit là lors du déménagement. Bien sûr… j’ai beau me promettre de me comporter comme une adulte, ça ne suffit pas. Ça ne fait pas taire ma part d’enfant qui me fait regarder les autres pour guetter, sans cesse, leur approbation. Qui m’immobilise, les bras ballants, parce j’ignore par quel bout prendre les choses, ou comment faire. Quelle maladroite. Mais je n’ai pas le droit de me montrer aussi ridiculement égoïste et d’accepter la proposition qu’il me fait de si bon coeur. Faire un si long voyage pour venir porter des cartons ? Il faut vraiment être aussi attentionné que lui pour y songer. D’ailleurs, il écoute à peine mes protestations et les balaie d’un revers de main – verbal.
« Tu joues sur les mots. »
Je ne peux pas m’empêcher d’en sourire, car c’est vraiment plus qu’adorable de sa part d’être prêt à le faire réellement. Et mon sourire s’élargit encore lorsqu’il plaisante sur le casse-tête que risque d’être la grande affaire de monter les meubles. Oh, être adulte oui, mais j’avais refoulé cette préoccupation-là loin, très loin...
« Je préfère ne même pas y penser... »
Pour l’heure, cette discussion est close, mais nous n’y manquerons certainement pas d’y revenir plus tard. Et puisqu’il semble pour l’heure déterminé à rentrer à Wellington en même temps que moi… ça ne peut être que l’occasion pour lui de voir toutes les personnes qu’il y a laissé. Ce doit être si difficile d’être éloigné de ceux qu’on aime la plupart du temps. Est-ce le mal du pays qui lui donne ce drôle d’air ? J’ai remarqué qu’il paraissait étrange, et il a beau jouer le jeu que tout va bien… les rires et les tons gais, ça ne prend pas tout à fait. On ne m’enlèvera pas cette idée de l’esprit.

Elle se renforce encore devant sa réaction à notre sortie de la librairie. C’est trouble, ça vient du fond, c’est flou et presque poisseux… j’ignore quel mot y mettre. Une intuition ? Rappel du destin, stupide. Je n’y crois pas. Ce sixième sens qu’en tant de fille je dois avoir ? Pas plus qu’au reste. D’ailleurs, si j’en étais dotée, je ne me serais pas montrée aussi maladroite que je l’ai été depuis la première phrase que je lui ai adressé. J’ai bien compris que quelque chose n’allait pas qu’il tentait de me dissimuler… et pourtant, je n’ai pas cessé, sans le vouloir, de le ramener à ses problèmes.
Très joli sens supplémentaire, pressentiment bien utile. Bravo.
Ça n’est pas le genre d’Apple de s’emporter de cette manière aussi vite. Je ne sais pas ce que le libraire et lui se sont dit un peu plus tôt et j’avoue que ça ne me met pas très à l’aise lorsqu’il l’évoque. À mon sujet… oh, je suis bien contente de ne pas comprendre du tout. Très, très contente. Je ne voudrais pas savoir.
Juste passer outre, à autre chose, et oublier cet incident fâcheux.
Mais non, vraiment, qu’il ne s’en veuille pas… ça me serre le coeur de l’entendre exprimer des regrets pareils. Ça n’est qu’une broutille, oublions-la, et je suis désolée de l’avoir fait se sentir mal en l’exhortant au calme…
« Ça n’est pas grave du tout, ne t’en veux pas… je n’en n’ai pas compris un traître mot, mais merci d’avoir pris ma défense. »
Je me souviendrai de cette librairie comme d’un endroit magnifique, mais peut-être que tout ce qui survivra au temps dans ma mémoire, ce sont les drôles d’impressions qui m’ont tour à tour envahies.

Cependant, le visage d’Apple a bientôt l’occasion de s’éclairer, lorsque notre échange de nouvelles sur la route nous amène à parler de sa cousine. C’est très beau à voir. Est-ce les gens se rendent compte, quand ils parlent de quelqu’un pour qui ils éprouvent un amour aussi fort, que leur regard n’est plus tout à fait le même ? Leur regard et leur ton. Mais pourquoi conclue-t-il sur ces deux petits mots si tristes… ils contrastent violemment avec le reste de ses paroles.
« Je n’aurais pas dit mieux. » me contente-je de conclure, car à nouveau, un voile translucide couvre ses prunelles bleues.

Je savais que je m’aventurais sur un terrain glissant, et comme une sans coeur, j’y suis allée… je lui ai parlé d’Alejandro, voulant crever l’abcès, dissiper le mystère qui semble l’entourer et le faire tant souffrir, et je n’aurais pas dû… je suis une si mauvaise amie. À voir son visage se crisper aussi douloureusement, j’aurais envie de me jeter à ses pieds pour lui demander pardon. Mais je ne fais rien, bien entendu, nous sommes en voiture, en route vers leur villa qui sera, ça semble logique, vide à notre arrivée. Nulle trace de mon meilleur ami apparemment disparu depuis « quelques heures ».
Ce sont les mots d’Apple. Il dit « quelques heures » et je comprends : beaucoup plus. Longtemps.
Je suis déchirée entre ma colère à l’égard de son fiancé absent et la tristesse immense qui me gagne à le voir si malheureux. C’est tout bonnement insupportable.
Et j’ai peur d’aggraver les choses en allant chercher plus avant. Je ne dis rien, je me déteste de rester silencieuse et de ne pas pouvoir agir. Ma main reste sur son bras. C’est tout. C’est peu.
Mais je suis là et j’ai voulu te dire, te rappeler que je le serai toujours. À tes côtés ; que ça aille ou pas. Dans la peine, dans la joie, l’amitié prête aussi ces serments. Et quand tu seras prêt à dénouer ton coeur pour en chasser ce qui l’obscurcit, ça le vaudra toujours. Je serai là. Lorsque tu voudras bien, j’espère… j’espère pouvoir t’aider ou du moins, soulager un moment tes épaules du poids qui les écrase.

À la maison, je ne le sais pas mais je finis de mériter le titre de pire amie du monde. Je reviens de la salle de bain, aperçois Pip et Lucky qui fêtent à leur manière leurs retrouvailles, mais je ne lève pas assez vite la tête pour saisir au vol le geste d’Apple qui s’essuie prestement les yeux. Encore une fois, il affiche un drôle d’air… que je ne relève pas. Le presser d’interrogations, le fixer dans les yeux en lui demandant de m’avouer, une bonne fois pour toute, ce qui ne va pas ? Alors que toutes ses forces s’en vont dans la conservation intacte de son masque de gaieté et d’insouciance ? Que ses mots sont très beaux au moment d’entrechoquer nos verres ?
Tu parles de courage. Pip en a dix fois plus que moi, lui qui n’a bronché à aucun moment durant tout le trajet et s’est montré d’une sagesse exemplaire. Je me suis juste laissée porter… de toute façon, pour le voir, j’aurais pu quitter le système solaire.
Je me perds dans mes propres pensées. C’est à propos de bateaux et des glaçons qui tanguent, qui s’entrechoquent doucement à la surface de mon verre. Il est vide. Je l’ai descendu sans m’en rendre compte. Apple me ressert et s’il y a quelques mois, j’aurais peut-être hésité, ce soir ça ne me fait ni chaud ni froid. Deux verres, aucune importance.
En vérité, à cet instant je suis focalisée sur l’idée de la plage toute proche. À cent, cinquante mètres, à trois, deux minutes.

Et nous voici les pieds dans l’eau. C’est un véritable bonheur que de sentir le sable fin et chaud sous mes pas, et les vagues plus froides venir nous heurter de front. Elles s’en vont à l’assaut. Elles montent, s’enroulent au bout, tissent la dentelle de l’écume, et puis s’échouent. Et tout reprend. Plus loin, plus haut. Montée, roulis, échec ; je crois que la mer redescend, elle ne parviendra pas à couvrir toute la plage. Et si soudain, une vague immense venait nous engloutir ? J’imagine une créature géante surgir tout à coup des eaux, ou l’ombre d’un vaisseau fantôme passer à l’horizon. Mais comment quoi que ce soit de terrifiant pourrait-il advenir ? Alors que tout est si calme, tout est si beau.
La nuit est arrivée ; elle a étendu sans crier gare son manteau d’encre sur le monde. Çà et là, des dizaines d’étoiles percent sa noirceur de leurs lueurs lointaines. Petites ampoules d’espoir allumées une à une. Les étoiles s’émerveillent et les étoiles vacillent ; leur éclat n’est pas continu. Et tandis que nous les regardons, la tête bien penchée vers l’arrière, nous les tuons un peu. La course de ces lumières millénaires s’achève dans nos iris. C’est donc la mort que je contemple.
Tableau parfait, tableau paisible. On se croirait au bout du monde ou dans un autre bien distinct, peut-être même, dans un recoin du paradis. La nuit me noie, les vagues me caressent les jambes et leur bruit me berce. Non, je ne pense pas, et je ne fronce pas les sourcils. Je suis juste en proie à une sensation indescriptible : la joie et la songerie, mêlées, l’une dans l’autre, joie-songe et songe… non, pas joyeux. Mais la nuit d’été est propre à ces choses-là.
C’est comme si, d’une certaine manière, je m’étais attendue à la question d’Apple. Tôt ou tard, je devais payer le prix de mon mauvais jeu d’actrice.
J’aime quand il m’appelle sa Rose, c’est fraternel et ça me donne envie de me réfugier dans ses bras.
« Mais rien. » Ma voix est comme hachée, on dirait que j’ai le hoquet. « Rien ne va pas, je veux dire… » Je me suis embrouillée dans mes formulations, je les ai rendues alambiquées, et du coup, ça ne marche plus. Ça ne marche plus de prétendre ou même d’avoir la foi de faire comme si.
« Je ne devrais pas me plaindre. Je devrais être parfaitement heureuse tous les jours, mais quelque chose ne va pas, et je ne sais pas ce que c’est... »
Parce que, on peut me ranger parmi les chanceux du monde. Je ne souffre pas d’une situation politique douloureuse ou instable, pas de la faim, pas du froid. J’ai des amis, j’ai – un reste – de famille. Et ça devrait suffire. Mon absence de problèmes devrait suffire à ce que j’en ai mal aux joues à force de sourire, mais voilà, il y en a un, quelque part, et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.
Si tout paraît très fade, le plus souvent, et que j’ai le sentiment persistant d’être totalement vide. Si je m’angoisse, si je pleure en regardant le coucher de soleil et ne dors pas la nuit, si je ne distingue pas toujours, pas très bien, ce qui est inventé et ce qui est réel. Si je fronce les sourcils sans même m’en rendre compte – Maman déteste ça – et si ce que je porte en permanence est une chape de plomb sur mes épaules, c’est bien pour une raison ? Il doit y en avoir une ? J’ai dit qu’à mon retour je me débarrasserai de tout ce qui m’empoisonne. Et je peux accuser mon cerveau d’être malade, ça en devient facile. Il y a bien des facteurs, des choses à l’extérieur qui le font basculer.
Je le savais. Mais tant que je ne me l’avouais pas, ça pouvait aussi bien ne pas exister.
Non ?

Oh non, ne craque pas. Retiens-toi, mords-toi la lèvre, affiche un air crispé, un air bizarre, mais ne craque pas. Force l’air enfermé dans tes poumons à sortir, essaie de respirer, respirer tout doucement. Ça va passer. C’est un petit coup de panique, un petit coup dur, appelle ça comme tu veux, mais ça va passer, parce que c’est toujours le cas. Et je ne veux pas me laisser complètement aller devant Apple, non… Ne craque pas, et c’est drôle, parce qu’il y a des mots qui m’étouffent et que je ne veux pas dire, qui tentent de s’échapper malgré moi de ma gorge. Ils la coincent et la grimpent.
Ils s’en extirpent, ça paraît lent mais c’est rapide, exactement comme je les avais pensés tout à l’heure.
« Il y a quelque chose dont je n’ai parlé à personne à propos du livre. M... »
Oh non, je ne peux pas dire ça. Je ne peux pas le laisser s’en aller dans l’air, ça prendrait forme, ça paraîtrait si implacable… tellement réel ; et peut-être que ça en perdrait son caractère terrible en même temps. Ça ferait si formel.
« Mon … mon é, éditeur est… mon, mon ex. Je, je suppose que, ça a un rapport a, avec le reste. »
Je n’ai jamais parlé aussi vite pour me débarrasser des phrases, pour les envoyer au loin, très loin de moi.
Oh. Je le déteste d’arriver à venir tout gâcher même ici, et je me déteste d’avoir sorti ça à Apple, c’est moi qui gâche tout, tout le temps. Quelle petite idiote. Je le déteste et me déteste, on forme le duo idéal pour tout gâcher, à chaque fois. Et avec toute cette colère en moi, je ne comprends pas comment est-ce que je peux ressentir une douleur aussi vive, quelque part près du coeur.

Cracher toute cette histoire, la jeter hors de moi. Puisque j’ai commencé et que je me fissure, pourquoi ne pas finir. Vas-y donc. Montre-lui quel genre de désastre il a en face de lui. De bout en bout, chacune de mes cellules est en décomposition. Terre trop sèche de s’être tue des mois durant, je me craquèle, je me contracte de l’intérieur : tout rétrécit. Mon coeur et mes poumons, ma gorge et ma vision.
« Au début, tout se passait bien. J’ai, j’étais bête, j’ai cru que ça irait, mais ça ne va pas en fait, pas du tout. Tout dérape. »
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MessageSujet: Re: [Appose] A Midsummer Night's Dream Lun 17 Juil - 13:44

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Climb up the H, Of the Hollywood sign. In these stolen moments, The world is mine. There's nobody here, Just us together. Keepin' me hot, Like July forever. 'Cause we're the masters of our own fate. We're the captains of our own souls. There's no way for us to come away. 'Cause boy we're gold, boy we're gold. And I was like... Take off, take off. Take off all your clothes. They say only the good die young. That just ain't right.'Cause we're having too much fun. And a lust for life, and a lust for life. Keeps us alive, keeps us alive... [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


L
'eau salée qui me lèche les pieds est douce, agréable et tempérée, si bien que je m’enfonce un peu plus dans ses vagues parfumées, jusqu’à ce qu’elle m’arrive au niveau des mollets. C’est délicieux, au point que l’idée amère de quitter ma vie sur terre pour aller vivre sous la mer m’apparaît comme une lumière.
Oh ? Et si je quittais vraiment cette calamité qu’est ma réalité ? Il me suffirait d’avancer de quelques petites foulées, de plonger sans me retourner, et de nager jusqu’à retrouver l’univers enchanté des profondeurs des eaux salées. Et si Poséidon n’est pas trop bougon, il sauvera ma pauvre âme en perdition et me transformera en une nouvelle espèce de poisson. L’océan sera ma maison, mon monde, mon univers, où je serais sans doute bien mieux et beaucoup plus heureux que là-haut, sur terre.
Je m’enfonce dans le sable à la teinte dorée, file vers l’immensité de l’eau bleutée, comme ensorcelé par le chant d’une sirène qui me pousse à me noyer. J’en suis presque soulagé, puisque tous mes maux se sont envolés et que je suis sur le point de trouver la paix. Seulement, ce que ne pouvait envisager l’enchanteresse de la Méditerranée, c’était qu’une âme attentionnée n’allait pas tarder à m’extirper et à me sauver in extremis de ses griffes acérées.
Grâce à ta prise de parole, beauté, tu chasses cette petite voix ensorcelante qui s’infiltrait doucement et sournoisement dans mon esprit torturé. Revenant subitement à la réalité, je secoue la tête, chasse les dernières fumées de mes idées désespérées, et me mets à nager jusqu’à te retrouver.
Je suis désormais trempé, et, en cas de question relevant de trop de difficulté, je te répondrai que j’ai juste eu une envie subite de nager. Je ne peux décidément pas t’avouer que j’ai été charmé par le chant d’une sirène fantasmée et tenté par l’idée de couler, car tu verrais certainement mon cas comme désespéré et ne pourrais t’empêcher de t’inquiéter. Et puisque je cherche avant tout à te protéger, je ne peux être pleinement honnête et te confier les divagations insensées de mon âme torturée et esseulée.
Définitivement libéré des sirènes de mes pensées et des chimères habitant mes idées, je renoue avec la réalité et m’empresse de lever le voile sur ta propre vérité.
Quelque chose ne va pas, ma Rose, et c’est aussi limpide que l’eau qui vient nous chatouiller les orteils – et dans laquelle j’ai échappé de peu à la noyade. Mais tu continues inlassablement de nier, sûrement dans le but de me préserver. « Ma Rose... Arrête de faire semblant, s’il te plaît ! Il y a forcément quelque chose qui ne va pas, je le vois dans ton regard... » Et je plonge au plus profond de tes prunelles noisettes, qui, bien que merveilleuses et enchantées, sont toujours aussi fragiles et effondrées. Il y a quelque chose, Il y a forcément quelque chose, ma Rose...
Te voir si vulnérable et perdue est un supplice, si bien que je sens d’ores et déjà ces viles larmes traîtresses revenir se coucher en un voile de tristesse sur mes yeux fatigués. Tout comme toi, ma princesse, qui semble prête à exploser, je suis à deux doigts de craquer. L’inquiétude me brûle le cœur, la peine m’irrite la gorge, l’angoisse transcende mon être tout entier : mais qu’a-t-il bien pu t’arriver, ma si douce et angélique petite fée ?
J’essaie d’être un bon ami, vraiment ! Mais je ne parviens pas à déchiffrer et à comprendre ton appel à l’aide silencieux. J’essaie alors de lire dans tes yeux, mais n’y vois que tristesse et perdition. Tes problèmes doivent bien y être retranscrits, mais je suis encore une fois incapable de les décoder...
Bon sang, qu’est-ce que je suis nul et inutile ! Je suis définitivement le pire de tous tes amis...
Tu te noies, et c’est comme si j’essayais de t’apprendre à nager alors que je peux te lancer une bouée. Et je renfonce le couteau dans la plaie, te tue à petit feu, en t’obligeant à me révéler ce qui tourmente ton si joli cœur éploré. Meurtrie, peut-être plus à cause de ma faute qu’autre chose, tu finis néanmoins par me confier – à une vitesse phénoménale de fusée - le fondement de tes tourments. Ton livre... ton éditeur... ton ex... Oh, je vois...
Surpris et bouche-bée par ce que tu m’annonces, ma Rose, je me retrouve muet comme une carpe et figé comme une statue grecque – en bien moins séduisant. Bien sûr, j’ai déjà entendu parler de ton ex petit-ami, Nicholas, ton premier et seul amour... Et je sais aussi qu’il a énormément compté – compte ? – à tes yeux et que tu as vécu tes plus belles années au creux de ses bras. Mais j’ignorais jusqu’alors qu’il était revenu du passé pour hanter ta présente destinée...
Maladroit, je tente vainement de te tirer les vers du nez, histoire de pouvoir t’aider au mieux à régler cet épineux tourment. « Qu’est-ce qui ne va pas, ma Rose ? Qu’est-ce... Qu’est-ce qui dérape ? Je t’en prie, raconte-moi... Est-ce que... Est-ce que... le problème, c’est.... c’est que tu l’aimes encore ? » Ma dernière question est complètement idiote, puisque je sais pertinemment qu’il est impossible d’arrêter d’aimer son premier amour... Il reste toujours là, ancré dans notre cœur, jusqu’à ce que l’on meure... Et... Et on ne peut rien y faire... Pas vrai, Doudou ?
Te voir si brisée me fait craquer, et, épuisé, je finis par me laisser tomber sur les paillettes de sable doré. Je t’invite à te blottir à mes côtés, et, même si je suis complètement mouillé, je tiens à ce que tu sentes ma proximité. Je suis là, ma princesse, je suis là... calme-toi... « Puisque tu t’es montrée si... si honnête avec moi, je... je dois te confier quelque chose, à mon tour... » Je sens ma voix se briser, mon cœur se contracter, les pleurs chatouiller mes yeux étoilés. Allez, Appy, courage, tu peux arriver à t’exprimer sans craquer ! « Ça... Ça ne fait... pas quelques... heures... En... En réalité... ça... ça f... fait quelques... jours... » Je craque, ouvre mon cœur, et ça me fait du bien de me confier à toi, ma princesse. Mais c’était sans compter sur ces putains de traîtresses qui roulent le long de mes joues, et qui vont sûrement t’inquiéter. Bon sang, tu avais pourtant juré de ne pas pleurer ! « Et... Et ce... ce n’est pas... vraiment... la... la... la première... fois... qu’il... qu’il fait ça... » Une rivière de larmes se répand le long de mes joues, et j’enfouis derechef mon visage entre mes mains... pour t’ôter cette vue pitoyable et déprimante...
Bon sang, tu avais juré de ne pas pleurer... pour elle... pour ne pas l’inquiéter et la bouleverser ! Putain, Apple, t’avais juré... et t’as incroyablement merdé.

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[Appose] A Midsummer Night's Dream

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