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 [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu

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MessageSujet: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Ven 14 Juil - 14:06

Ce n’était pas qu’un jeu

Drake & Rose

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Ils ont baissé les lampes pour que seule une lueur orange baigne le bas des visages. Il fait sombre, tout autour. Les ombres se creusent. Les ombres se creusent dans les orbites et les plis des lèvres, et tandis que je détaille chacune des personnes de l’assistance, je sens mon coeur, lointain, s’emballer doucement.
Il a peur, il a peur. C’est le premier signal.
« Tu dois mettre tes doigts sur la goutte aussi. Autrement, ça ne marche pas. Tout le monde doit participer, pas de spectateurs ! »
Et telle une imbécile, je les ai laissé prendre ma main et poser mon index et mon majeur assemblés sur ce curieux objet. La goutte règne, luisante, au milieu de la tablette de bois gravée de l’alphabet. Il y a des symboles dans tous les coins, aussi, mais je ne parviens pas à les distinguer. Ma vue est trouble. Il n’y a pas qu’elle. J’ai une volonté de poupée en chiffon.
Au fond de moi, tout se rebute à participer à cette mise en scène stupide de séance de ouija, proposée par un type idiot que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Qu’est-ce que je fais là ? C’est une soirée. Je détaille les visages. Il y a des gens que je connais, Drake notamment, était là lui aussi. Mais tout autour de la table ne semblent s’être rassemblés que des masques noirs et bronze.
La voix du type s’élève, elle a un charme ensorceleur. Il sait exactement sur quelles syllabes il doit appuyer pour créer l’ambiance voulue. Il la pose. Il joue avec son public.
Il convoque les esprits.
Je ne crois pas à tout ça. Ça n’est, juste, qu’un jeu.
Tout le monde le sait d’ailleurs. J’ai oublié le nom du phénomène, mais c’est scientifique. Au moins l’un d’entre nous va faire bouger la goutte. Guidée inconsciemment par un être de chair, elle va dériver vers les lettres, formant des mots, délivrant son message.
Ensuite le type sera content et il acceptera peut-être de rallumer la grande lampe pour nous en donner sa fabuleuse interprétation. Je suis sûre qu’il fait partie de cette catégorie de personnes infâmes qui adorent s’entendre parler et se trouvent tout simplement géniales et les autres méprisables. La populace est tout juste assez bonne pour lui prêter ses doigts.

Sans surprise, la goutte se dirige vers le oui quand on demande à l’esprit s’il est là. Le médium est content, il va pouvoir commencer à lui poser des questions dont les réponses n’intéressent personne. C’est un jeu, bon sang. C’est juste un jeu… Mais ça ne m’amuse pas du tout. Mon bras remue comme ceux des autres et je me sens pétrifiée de l’intérieur. Mes yeux ne bougent pas, mes yeux restent fixés sur deux des lettres éparpillées sur la table, si loin l’une de l’autre : P-A, A-P, P-A-P-A, Papa.
Papa.
Et l’autre qui interroge, et nous qui nous prêtons complaisamment à cette farce. C’est idiot. C’est complètement idiot. Jouons à autre chose, si ça leur plaît d’inventer des biographies, jouons à autre chose ! Est-ce qu’on ne pourrait pas rallumer la lumière, éteindre le bâtonnet d’encens qui brûle sur la table basse ? C’est vraiment étouffant.
P-A-P-A.

Le rythme des questions s’accélère ou bien c’est moi qui perd pied. Je ne sais plus laquelle finit par faire déborder le vase, c’était stupide de toute façon : quelque chose à propos de l’âge de l’esprit, ou bien s’il connaissait l’un de nous. Quelle qu’elle soit, je ne veux pas connaître la réponse, car ces deux lettres m’obsèdent et prennent des teintes sanglantes dans mon champ de vision : P-A-P-A. C’est trop, c’est brouillé, je finis par ne plus rien entendre ni voir. J’ai mal à la tête et un sifflement aigu dans les oreilles.
C’est à peine si je réalise que je me lève brusquement, et j’ignore si je le dit ou le pense très fort seulement : ça suffit. J’en ai marre. Et je quitte la pièce horrible et ne reprends conscience de la réalité qu’un peu plus tard, toute seule dans le couloir de cette maison inconnue plongée dans l’obscurité.
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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Ven 14 Juil - 15:12

Rose & Drake
ce n'était pas qu'un jeu


Oui.
Vos doigts ont bougé vers le oui, répondant à la demande du maître de jeu. Oui, l’esprit est là.
Tu ne peux t’empêcher de trouver ça complètement stupide. Ce devait être une soirée ordinaire, mais non, il a fallu que cet imbécile ramène sa planche de ouija, exhortant le reste des invités à participer. Bizarrement, la grande majorité était assez enthousiaste à l’idée d’appeler un esprit dans la maison, et de lui parler à l’aide de la fameuse goutte, étrange objet en bois dont tu n’as pas encore très bien compris l’utilité.
Transcrire les paroles de l’entité.
Voilà, c’est ce qu’il a dit, tout à l’heure, lorsque tu ne l’écoutais qu’à moitié. En vérité, tu étais concentré ailleurs, à regarder le visage de ta colocataire se décomposer.
Elle ne doit pas aimer ce genre de farce, tout comme toi. Tu devrais être content, tu as enfin trouvé un point commun entre vous deux.
Tu fixes les lettres qui semblent bouger, éparpillées sur la table de jeu ; le type continue à psalmodier toutes sortes de phrases ridicules.
Et tu te demandes sérieusement ce que tu fais là.
Oh mais oui, les spectateurs ne sont pas autorisés, tout le monde doit participer et parler à l’esprit. Allons bon, tout le monde doit poser son index et son majeur sur un petit objet obsolète, et trembler de peur lorsque vous le ferez bouger sans vous en rendre compte. Quel jeu stupide.
Les bougies teintent les visages d’orange, les creusent d’ombres, ils en deviennent inquiétants. Il fait noir, tout autour, tes yeux ne sont pas encore habitués aux ténèbres environnantes.
Tu te demandes ce qui te retient assis par terre, parmi ce cercle de gens fades qui se croient assez puissants pour parler aux morts. Tout ceci est d’une ridiculité sans nom, et tu répugnes à y faire partie. Lève-toi, sors dehors. Va faire un tour, de tout façon, rien ne sera pire que de rester ici avec ces espèces de fanatiques.
Tu exagères sûrement un peu, mais c’est à cause de l’ennui.
L’imbécile de première reprend la parole, pour demander si l’esprit connaît quelqu’un ici. Oh, mais quelle question idiote. La goutte se déplace sur le oui, et tu entends tous les autres pousser des exclamations de surprise. Le silence revient, chacun se dévisage doucement. On se redécouvre, derrière ce masque d’ombre et d’orange. Tu ne vois plus que Rose, toi, Rose qui a un regard plus qu’étrange. Elle fixe le plateau, l’alphabet, sûrement certaines lettres en particulier, mais tu ne saurais dire lesquelles. Ce regard, ce regard prostré, fixe, droit, qui ne voit rien d’autres que ces traces de peinture sur le bois.
Mais le type parle à nouveau, pour demander de qui il s’agit. D’un bond, Rose se lève et quitte la pièce, sans prononcer quoi que ce soit, seuls ses pas parlent pour elle. Tes yeux la suivent, sans que ton corps n’en fasse de même. Elle a bien raison, de fuir cette ambiance presque malsaine. C’est bien la seule personne raisonnable ici. Oh ce que tu aimerais en faire de même ! Mais prisonnier entre un mec visiblement bourré et un autre complètement obnubilé par le plateau de jeu, tu n’oses pas faire un geste. Qui sait, ils pourraient t’empêcher de te lever !
Arrête, ne sois pas stupide. Tu es à une soirée, pas dans une secte.
Tu profites que tout le monde soit concentré sur la goutte qui bouge vers le T pour t’échapper, et te glisser jusqu’au couloir.
Rose.
Rose est là, toute seule, dans le noir. Tu ne vois pas ses yeux, mais tu sais que ça ne va pas. Doucement, tu t’appuies à côté d’elle, et fixes le mur d’en face. Passionnant. « Tu vas bien ? Ça n’avait pas l’air aller, tout à l’heure... » Ni maintenant d’ailleurs. Tu ne sais pas trop si elle va te remballer proprement ou si elle acceptera de te parler, alors tu tentes le coup quand même. « C’est… Ce ne sont que des pauvres cons tu sais… Leur vie doit être si ennuyante qu’ils se sentent obligés de la mouvementer comme ils peuvent… Alors… forcément, c’est pitoyable, mais bon… » Mais bon, qui êtes-vous pour juger ?

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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Ven 14 Juil - 18:57

Ce n’était pas qu’un jeu

Drake & Rose

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]J’ai été à la messe durant toute mon enfance. Je ne crois pas à la chance, pas au destin, pas aux fantômes, pas plus qu’à tout ce que vous voudrez à figure d’entité surnaturelle. Sans être scientifique, j’ai un certain esprit logique, comme la plupart des gens de notre époque.
Soit, la réalité me pose parfois quelques problèmes. Je n’ai pas toujours perçu des choses réelles. Et il m’arrive, encore maintenant… il est arrivé que cela recommence, mais je ne l’avouerais pour rien au monde.
Je suis prête à parier que toutes les personnes assemblées autour de cette table sont à peu près dans le même cas que moi, les problèmes mentaux en moins. Ce qui devrait normalement leur faciliter l’existence pour éviter de se prêter à ce genre de stupidités. Mais non. Tels des imbéciles, des adeptes, ils sont là à jouer le jeu en trouvant cela très drôle. Il suffit que n’importe quel idiot se ramène en criant que c’est le soir idéal pour convoquer les morts pour qu’ils y répondent tous que c’est l’idée du siècle.

Les morts ne reviennent pas, pas même dedans nos rêves.

À quoi bon entretenir des espoirs ? Il y a le choc des annonces, la révolte, le déni, toutes ces cérémonies insupportables, les fameuses sept étapes qu’on m’a fait parcourir, telle un chemin, un certain nombre de fois. Je ne suis pas parvenue jusqu’au bout de la route. Il y a toujours en moi ce vide intolérable ; c’est comme un gouffre ou un aimant, je tombe peu à peu dedans. Et Papa, je t’ai appelé souvent, j’ai toujours des regrets, je m’en voudrais jusqu’à mon dernier jour. J’ai essayé très fort de me faire ce qu’ils disaient : une raison. Un matin, même, j’étais tellement malade que j’ai cru te revoir, et pendant un instant ça a été le bonheur parfait. Tu étais là. Je veux dire que tu l’étais vraiment, comme avant qu’une tâche rouge ne s’étale sur ton torse. J’ai cru, une seconde, que nous avions une seconde chance. Il n’y a jamais rien eu de pire que de m’apercevoir que c’était un délire.
Je pense à toi, tout le temps.
P-A-P-A.
Car tu ne reviendras pas m’adresser des messages.

Qu’ils convoquent un démon qui les annihile tous, ça m’est bien égal. J’en ai assez, je me sens mal. Je quitte précipitamment la pièce sans rien entendre qu’un sifflement aigu, sans rien voir d’autre que les ombres dansantes sur les murs. Petits, petits diables rougeoyants dans les flammes des bougies. Le couloir est très sombre. Où est-ce que je suis ? Qu’est-ce que je fais là ?
Se calmer, tout d’abord, respirer doucement et se répéter que ce n’est qu’un jeu, et ces gens-là une bande d’imbéciles. Se calmer, tout d’abord, parce que j’ai dû passer les trois quarts de ces dernières années à essayer de le faire. Et qu’il n’y a que cela que je connaisse, que cela comme solution pour atténuer les symptômes et garder le contrôle.
Je suis tellement focalisée là-dessus que je ne repère la présence de Drake à côté de moi que lorsqu’il m’adresse la parole. J’ai un sursaut malgré la douceur de sa voix. Oh ! Ça va ? Oui, oui. T’en fais pas.
« Ça va... »
Verbalement, je chasse les mouches, très rapidement, j’y coupe court. C’est gentil d’être venu, mais est-ce qu’il va retourner au salon à présent ? Le couloir me fait peur mais je ne suis pas sûre d’avoir envie que mon colocataire me voit dans cet état.
« Quels... crétins, ils ne se rendent pas compte... »
Se calmer. Et en effet, c’est le calme qui se fait dans ma tête. Un grand silence, très plat, un grand silence brutal comparable à la mort.

On cligne des paupières pour humidifier l’oeil, quelque chose de l’ordre de vingt-quatre fois par minutes – j’aime apprendre des choses par coeur. Les réciter mot pour mot a un aspect rassurant. Aussi je bats des cils le plus naturellement du monde, mais ce qui est étrange c’est ce que j’aperçois dans l’intervalle entre chaque clignement. Ça change, ce n’est plus… la même chose, et pourtant, je n’ai pas l’impression que je me déplace. Mes jambes sont immobiles… mais je ne dois plus être dans le couloir. Je ne dois plus l’être, c’est la raison qui le veut. Je dois être entrée dans une salle de bain, avoir dégoté un miroir, quoi que ce soit, car ce que j’ai devant moi n’est autre que mon propre reflet.
Je suis là, face à moi.
Mon double me dévisage.
Cette fille a les traits tirés et le teint pâle, je dirais même cadavérique. C’est moi. Nous sommes jumelles. Ou plutôt, elle est ma copie conforme ayant passé l’arme à gauche.
Battement, cligne, des yeux, je sens mes cils s’abattre, mes cils frapper, être sollicités. À la manière des essuies-glaces, on dirait qu’ils cherchent à chasser l’apparition.
Car rien de tout cela n’est réel.
Je suis en fait toujours dans le couloir. Et on dirait qu’il tourne, le plancher s’élève et les murs partent à la dérive. Se raccrocher, je sombre.
« Drake ? »
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Dernière édition par Rose H. Berry le Ven 14 Juil - 21:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Ven 14 Juil - 20:30

Rose & Drake
ce n'était pas qu'un jeu


La valse lente des bougies, les ombres sur les murs, la voix monocorde et maîtrisée de l’imbécile qui s’est pris pour un sorcier. L’ambiance est parfaite, exactement angoissante comme elle devrait l’être. Tout le monde a l’air envouté par la goutte qui bouge ‘toute seule’ pour désigner des lettres, transcrire le message que l’esprit souhaiterait délivrer.
En y songeant bien, le principe de ce jeu est totalement stupide. En admettant qu’il y est bien un fantôme invoqué dans la pièce, pourquoi perdrait-il son temps à répondre à des questions posées par une bande d’imbéciles ?
Voilà, focalise-toi sur ça. C’est idiot, comme jeu. C’est factice, le morceau de bois ne bouge pas tout seul, c’est impossible, c’est toi-même, sans t’en rendre compte, qui le fais se mouvoir. Et ces paroles que le type répète comme une incantation, réfléchis, tu es sûr de les avoir entendu dans un film à l’ambiance fantastique. Voilà. Tu t’es construit des explications, tu as échafaudé pas à pas des raisons à cette soirée qui tourne franchement au ridicule. C’est ridicule, oui, parfaitement ridicule, répète-le pour t’en convaincre plus.
Parce que tu as beau te rabâcher que tu ne crois pas aux esprits, tu n'es pas franchement rassuré lorsqu’il annonce connaître quelqu’un à la soirée. Tu pourrais faire comme deux des invités, là-bas derrière, fermer les yeux, dormir. Ou alors garder le regard fixé sur le plateau, comme Rose semble occupée à le faire. Elle n’est pas dans son état normal, c’est certain. On dirait qu’elle est en train de s’étouffer. De s’étouffer, comme l’ombre du petit garçon, sur le mur, droit devant toi. Il crache, il crache, de l’eau, semble-t-il ?
Ne ferme pas les paupières, tu sais très bien de qui il s’agit. Allons bon, tu as accepté de te prêter au jeu, à toi d’en assumer les conséquences. Si esprit il y a, ce n’est sûrement pas un illustre inconnu ou quelconque démon tout droit sorti de l’enfer. Ce démon, c’est le tien, celui que tu as soigneusement enveloppé dans du papier de soie, au plus profond de ton esprit, pour qu’il y reste bien sage. Tu l’as laissé quelque part plus loin, tu l’as irrémédiablement chassé de ta vie. Et pourquoi, au final ? Pour qu’il revienne, invoqué par une dizaine d’imbéciles ? Imbéciles dont tu fais bien partie.
L’ombre remue, face à toi, elle te fait des signes. Qu’elle s’arrête, qu’elle te laisse tranquille. Replie, replie le papier de soie. Vas-y, étouffe-la davantage.
Elle ne peut rien contre toi, de toute manière.
Tu l’as tuée, maintes et maintes fois, cette ombre-là. Alors une de plus, une de moins, qu’est-ce que ça change ? Strictement rien. Oh, tu verras bien cette part de ton être partir en éclats, une autre part, tu en as déjà perdu plein. Alors une de plus, une moins…

Rose se lève brutalement, crève l’ombre qui danse devant toi. Disparue. Plus que ce blanc devenu noir.
Les bougies dansent encore, et l’esprit veut parler. Il veut vous dire qui est-ce qu’il connaît, à la soirée. Oh, ce que tu aimerais fuir, toi aussi ! S’effacer comme Rose a effacé l’ombre, s’évanouir comme s’est éteinte l’une des bougies, couler comme la cire le fait sur la table… Cette petite tache jaunâtre, là, qui ne partira pas. Tu aimerais que ce soit toi. Mais tu te sens pris au piège, prêt à étouffer. Il fait chaud, il fait noir, et tu en as plus que marre de voir toutes ces têtes noyées d’ombre et de lumière, avec leurs grands yeux exorbités. Et tu espères sincèrement ne pas avoir à les ressembler.
La goutte bouge, glisse sur la lettre T.
Tu dois partir.
Elle poursuit sa route sur le O, tandis que tu enlèves précipitamment tes deux doigts soigneusement posés dessus, comme l’autre crétin te l’avait demandé.
Tu tournes le dos, avances sans bruit vers le couloir, et tu ne vois pas le petit objet de bois s’arrêter sur le I. Tu n’entends que les exclamations horrifiées, mais tu t’en contrefiches.

Le couloir est sombre, vide. Oh non, Rose est là, appuyée contre le mur. Le couloir est sombre, mais tu es là, tu essaies de trouver quelque chose à dire, pour une fois sans être maladroit. C’est pourtant assez pitoyable, lorsque tu lui demandes si ça va. C’est plus une question rhétorique qu’autre chose, parce que tu sais que, inlassablement, elle te dira que oui, ça va, qu’elle va bien.
Mais c’est faux. Et tu le sais bien.
Tu ne réponds pourtant pas, tu te contentes de t’appuyer aussi contre ce mur froid, à fixer les ténèbres en face de vous. Derrière, il y a les paroles des fous qui se trouvent malins, et ici, il n’y a que ce silence de mort, plus mort encore que l’ombre qui se noyait sur le mur. Finalement, tu parles, tu essaies de la rassurer, parce que tu comprends bien qu’elle est à deux doigts de défaillir. Elle a beau ne pas tellement t’apprécier, tu ne peux pas la laisser sombrer, elle aussi.
Sa répartie ne te laisse pas de marbre, et tu fronces encore plus les sourcils. Rose, Rose, qu’est-ce qui ne va pas ? A-t-elle vu une ombre, elle aussi ? La silhouette noire et lente, si loin, et pourtant juste là, à te souffler que tout va bien, avant de t’enfoncer un poignard dans le cœur. Cette silhouette noire et lente qui revient douloureusement derrière tes paupières, mêle les ténèbres à la lumière et qui, quoi que tu fasses, sera toujours là, agrippée à ton épaule, pour te susurrer son poison dans le creux de l’oreille.
Rose cligne des paupières. Une, deux, trois, quatre, cinq fois de trop.
Rose. Rose. Rose, ne le lâche pas.
Rose cligne des paupières, et ses jambes clignent avec elles, tanguent, vacillent.
Rose. Rose. Rose, reste-là.
Tu ne sais pas quoi faire, tu ne sais plus quoi faire. Des yeux inquiets vers elle, et c’est tout ce que tu lui lances. Aide-la. Elle défaille.
Rose. Rose. Rose défaille.
Sans trop réfléchir, tu te mets enfin à bouger. Une main attrape la sienne, l’autre passe dans son dos. Sa voix vacille, défaille, elle aussi.
Et tout défaille avec elle.
Lentement, tu la serres contre toi. Tu ne sais pas trop ce que tu es en train de faire, là. Rose ; tu es en train de serrer Rose dans tes bras. Mais ce n’est pas bizarre, ou gênant. C’est juste… rassurant. « Je suis là. », tu murmures, et seule elle peut t’entendre. De toute façon, les autres sont trop préoccupés avec leur esprit pour s’intéresser à ce que vous faites dans le couloir. Pour eux, les ombres vous ont aspirés, et c’est trop tard.
Tu finis par lâcher sa main pour pouvoir la prendre totalement dans tes bras. Et bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien. « Tu… tu veux qu’on rentre ? »


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Dernière édition par Drake Whiteley le Sam 15 Juil - 11:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Sam 15 Juil - 9:32

Ce n’était pas qu’un jeu

Drake & Rose

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Mes cils hachent tout en coupures brèves ; ils font descendre la nuit. Noir, clair, noir, clair, noir, noir et clair, noir de plus en plus long. J’ai l’impression que je pourrais tomber dans les pommes, à cause de cette prolongation progressive de l’obscurité. À cligner aussi fort, aussi vite, mes yeux vont avoir mal. Et d’ailleurs, j’ai comme le bout des cils qui brûle un peu.
Une flamme, de petites braises, les consument par les pointes.
Mais ça m’arrange, je suppose que c’est mieux finalement, d’être plongée dans le noir. Ainsi je ne vois plus l’autre moi juste en face, même si ses apparitions par flashs sont d’autant plus effrayantes. Est-ce le fait que la lumière arrive brutalement sur ma rétine qui renforce sa pâleur ? Mon Dieu, elle est vraiment toute blanche. Elle a des cernes, mais qui ne sont pas de cette habituelle teinte violette diluée. Elles sont noires. Noir de charbon.
Il n’y a pas d’autre couleur pour la mort.
Elle me regarde, elle a ses horribles yeux si sombres fixés sur moi, et cet air… cet air méchant et à la fois innocent, et interrogatif. Qu’as-tu donc ? Quel est ton problème ?
Est-ce qu’elle se rapproche vraiment de mon visage ? Bon sang, c’est tellement étrange. J’ai d’abord cru être arrivée devant un miroir sans m’en être rendue compte. Vous savez, comme lorsqu’on se scrute à la recherche d’une imperfection, ou quand on ne sait plus quoi faire de sa vie. J’ai fais ça aussi, à plusieurs reprises. Comme si observer son déplorable reflet pouvait être utile pour trouver la bonne direction à prendre, pour retrouver sa route, ou comprendre tout bonnement.
Éloigne, éloigne-toi. Je t’en prie, éloigne-toi. Tu es moi et pourtant je ne peux pas être à ta place. Je veux dire qu’elle est mon double obscur. Éloigne, éloigne-toi.
Mais ses orbites grossissent de plus en plus, alors elle se rapproche. Éloigne, éloigne-toi.
Aussi mauvaise mine que je puisse avoir, aussi vide et mal que je puisse me sentir, depuis toutes ces années je suis en vie. Mon coeur persiste à battre et le sang à couler dans chacune de mes veines, le sang s’en va et se promène sous ma peau, chaud et rouge. Il me donne ses couleurs, oh, pas trop, soit, mais il n’empêche. Je ne, suis pas, cette fille, je ne, suis pas, cette fille, je-ne-suis-pas-cette-fille !

Elle s’approchait lentement en penchant la tête sur le côté, et puis tout à coup elle a disparu. À ne plus voir que le mur en face de moi, je me sens moins oppressée, mais ça ne calme pas l’angoisse. Je fais un pas en avant ou en arrière, peu importe en fait, tout en sentant que mes jambes vacillent. Et il n’y a pas que cela. Bientôt c’est le décor tout autour qui se met à tanguer. Le plancher se soulève au bout du couloir, de façon à former une pente ; s’il continue… je vais tomber. Et les murs, eux, entament une ronde désordonnée. Il n’y a pas de tableau, de photo ou de quoi que ce soit pour y être accroché afin de me donner un point de repère. Non, ils dansent juste, tous ensemble en restant bien serrés, et me retiennent captive de leur cercle.
Arrêtez ! Arrêtez ! J’ai le tournis.

Drake ? Drake, où es-tu, tu étais là il y a deux secondes ? J’ai entendu sa voix me demander, comme toutes les autres le font, matin et soir, toujours pareil, comment je vais. Pure politesse, principe, phrase sans sens et sans but. La réponse sera la même à chaque fois, à chaque jour de ma vie, parce qu’à supposé que mes problèmes intéressent réellement mon interlocuteur, j’ai plus envie de faire comme s’ils n’existaient pas.
Parler, mettre des mots, c’est rendre réel. Drake, Drake, es-tu là encore, l’as-tu jamais été ? Tu ne peux pas être qu’une image toi aussi ?
J’appelle, ma voix s’étrangle, c’est pour ça qu’elle ne sort pas sur un cri. J’appelle à l’aide, au secours, car je me noie, car je m’étouffe. Je ne sais pas ce qui est réel ou pas dans tout ça. Et mon corps tremblotant semble avoir disparu, je ne suis qu’un bout d’âme tout chiffonné, un bout d’âme enroulé sur lui-même et douloureux.

Et c’est alors qu’on me rattrape, car quand je m’accroche toute seule, je ne suis pas douée, mes ongles rongés glissent sur toutes les surfaces. Mais on m’attrape, on me retient, alors tout peut aller mieux, j’ai le souci de tenir debout en moins. Un pilier bien réel m’empêche de m’effondrer. Drake forme un roc solide, un rempart rassurant contre les murs danseurs. Ça m’est égal que ce soit lui. En ce moment, ça n’a pas d’importance. Il est juste là et il me retient, et sa voix murmure doucement pour m’en assurer encore : je suis là. Je ne vais pas tomber et quelqu’un me protège des hallucinations. Alors je me laisse aller à cette étreinte, ne percevant plus que le bruit de ma respiration, pas saccadée, mais bien trop forte.

Clac font les portes, pan les coups de feu, boum les battements du coeur. Et quel bruit, quel bruit font les poumons privés d’air qui se déplient tout à coup ? Comme lorsqu’on manque de se noyer. On retrouve le chemin vers la surface, on y surgit et on ouvre grand la bouche : ah. La vie revient en puissance agiter vos entrailles.
Clac les portes, pan les armes, des sifflements pour l’oxygène. Crac mon coeur, crac-aïe-crac.

Je n’ai pas envie qu’il me lâche. Comme ceci, je me sens à l’abri, pas tout à fait rassurée, mais à l’abri tout de même. Et je n’ai pas encore retrouvé mon calme. La crise se poursuit sans autres visions, mais elle demeure, encore, et conserve son empire sur tout mon corps.
Mon âme, mon âme en papier de soie se froisse et se tortille.
Je n’ai pas envie qu’il me lâche, pas avant que le noir descendant sur mes yeux ne soit celui de la paix. Pourtant, je les ai gardés ouverts et je ne vois que trop bien le cercle des murs qui nous entoure. Ces saletés de fourbes. Ils ont cessé de remuer pour faire croire qu’ils sont innocents.
Ainsi, c’est moi, la folle paranoïaque.
Ils me font peur. Cette maison est horrible. Le médium en herbe a raison, c’est l’endroit idéal pour pratiquer des activités glauques et stupides. C’est si sombre avec cette vieille tapisserie laide, et ces recoins partout, et toutes les ombres, les ombres qui naissent de tout… même en plein jour, ça doit avoir des airs morbides.
Je n’ai pas envie qu’il me lâche, mais je veux m’en aller au plus vite.
« Oui, s’il te plaît. Rentrons. »
Toute petite voix comme étouffée, voix de chaton, voix fatiguée, souffrante, peureuse.

Pas envie, vraiment… mais c’est moi qui m’écarte juste un peu, car pour marcher, c’est plus pratique. Sauf que je n’avais pas réalisé que je suis aussi instable. Les murs opèrent un tournant rapide, saletés de fourbes, et je perds l’équilibre. Je finis accroupie sur le sol, adossée à l’un d’eux, me cachant la figure entre mes mains. J’ai peur, j’ai très peur, de ne plus pouvoir bouger. Que cette nuit s’étire et qu’ils n’en finissent pas de psalmodier à côté. Que ce cauchemar-ci n’ait pas d’issue dans le réveil.
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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Sam 15 Juil - 11:40

Rose & Drake
ce n'était pas qu'un jeu


Et sous tes yeux, Rose glisse peu à peu vers les ténèbres. Ce ne sont que ses cils, au début, qui battent l’air sans raison, puis tout son corps, qui semble pris dans un tourbillon infernal. Elle chancèle, et tu ne sais plus quoi faire. Oh, qu’est-ce que tu en veux à ces abrutis pour l’avoir mise dans un état pareil !
Elle a dit qu’elle allait bien.
Mensonge, mensonge à peine dissimulé pour se protéger de la vérité.
Tu connais bien, toi aussi, ce genre de mensonge, ce genre de voile que l’on dépose sur la réalité. Tranquillement, ainsi protégée, tu sais que tu ne risques plus rien d’elle. Elle n’a plus qu’à se taire, et laisser tes affabulations prendre le dessus. Dans ces conditions, évidemment que tout va bien, évidemment que tu es en pleine forme. Et le soleil ? Rien à craindre de ce côté-là, il est plus resplendissant que jamais.
Mais Rose n’a pas le droit de s’enliser dans les mensonges, alors que tu peines à l’en tirer. Cette main, que tu lui tends, tu aimerais de tout cœur qu’elle la saisisse et que vous en finissiez pour de bon.
Elle tombe. Elle tombe, mais ne bouge pas, seules ses jambes cillent pour elle.
Et tu aimerais la saisir, être le pilier sur lequel elle puisse s’appuyer. Mais tu n’oses pas, pendant plusieurs secondes. Beaucoup trop de secondes.
Elle tombe. Elle défaille, rompt complètement. Et tu ne bouges pas d’un millimètre, de peur de briser quelque chose plus profondément. Dans le pire des cas, qu’est-ce qu’elle peut bien faire ? Te repousser, te dire de la laisser tranquille. Et dans le meilleur, dans le meilleur elle acceptera ton aide, peut-être sans soucier de qui elle la prend.
Raccroche-toi à cette idée.
Doucement, tu la prends dans tes bras, fige tout le bas de ton corps pour qu’il ne bouge plus. Là. Tu lui murmures que tu es là ; Rose se calme lentement. Tu respires avec elle, inspires, expires, inspires et expires d’un même souffle. Elle sait que tu es tout près d’elle, que tu ne la lâcheras pas avant qu’elle n’en ait envie.
Tu lui demandes si elle veut rentrer, si elle veut, comme toi, s’éloigner de ces crétins à la planche de ouija. Ces crétins qui ont brisé les jambes de Rose, et sans doute quelque chose d’autre, invisible.
Elle se détache de toi, mais ses pas sont raides, ses jambes vacillent encore. Vacillent comme vacillent les bougies, à côté. En quelques secondes, elle se retrouve accroupie par terre, et tu n’as même pas eu le temps de la retenir.
Brusquement inquiet, tu te baisses pour être à sa hauteur, et cherches son regard. Tu ne vois rien, dans cette obscurité angoissante. Ton cœur s’accélère. « Doucement… Respire lentement, calme-toi... » Bon Dieu, ce que tu es nul, à ce jeu-là ! « Tu… tu veux boire un peu ? Bouge pas, je vais te ramener un verre d’eau. » Et tu hésites à la laisser toute seule dans tout ce noir. Tu te relèves, t’accroupis aussitôt. Tu as autant besoin de la rassurer que de te rassurer toi-même. « Ça va aller, d’accord ? Je suis là, t’inquiètes pas, je ne te laisse pas. » Ta main saisit la sienne sans même que tu ne t’en rendes compte, la serre un tout petit peu. Oui, tu es là. Tu es là, avec elle.
Tu te redresses, et vas à tâtons jusqu’à la cuisine. Tu repasses parmi les crétins qui continuent leur cirque, cherches un verre, le remplis. À vrai dire, tu ne sais pas du tout ce que tu es censé faire pour l’aider. Et tu te sens si nul, si inutile, tout à coup ! Et tu es persuadé que les mêmes les dizaines d’abrutis réunis à côté auraient trouvé des choses plus rassurantes à lui dire. Mais il est hors de question que tu la laisses avec eux, alors qu’ils continuent à psalmodier leurs curieuses et ridicules incantations.
Tu retournes auprès d’elle, décidé à agir de ton mieux. Te laissant glisser contre le mur, tu te retrouves, cette fois-ci, assis face à elle. Et le couloir est si étroit que vos genoux se touchent presque. « Tiens. » Tu lui tends le verre. En vérité, tu n’as aucune idée de si ça peut la soulager ou lui faire le moindre bien. Mais, à défaut de mieux, tu essaies. « On attend que tu ailles mieux, et on rentre à la maison, promis. » Quelque part, tu te le promets à toi aussi.


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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Sam 15 Juil - 12:38

Ce n’était pas qu’un jeu

Drake & Rose

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Mes paumes sont un refuge, le sol et le mur des soutiens. Ils ne bougent plus. C’est toujours comme ça. Les choses s’en vont tout de travers, elles font n’importe quoi, elles me brouillent l’esprit et me perturbent. Et quand j’atteins le paroxysme, quand tout s’en va à la dérive, elle reprennent très gentiment leur place comme si de rien n’était.
C’est rassurant de se dire que tout doit revenir à la normal de toute façon. Sauf que ça ne suffit pas à empêcher que quelque chose se brise en moi.
Crac fait la branche, clap fait la porte, psss le serpent, pan les armes à feu. Crac fait la branche, le même bruit que mon coeur.
Oh je connais tous les symptômes. Depuis le temps. C’est tristement répétitif ; mais pourtant, rien n’y fait, on ne s’y habitue pas. Je suppose qu’on ne peut pas. La panique intérieure, l’impossibilité d’aligner deux pensées cohérentes, et tout ce qu’il y a de plus physique – c’est si étrange que ça m’atteigne, dans mon corps, alors que ça n’est pas réel.
Une corde m’enserre la gorge et un rocher s’y coince. Je ne peux plus respirer alors que c’est tout ce qu’il faudrait, respirer, très lentement. Sur un rythme maîtrisé pour calmer tout le reste.

On faisait des exercices dans ce genre, à l’hôpital psychiatrique. On m’a appris que c’est la première chose à faire, reprendre le contrôle sur mon souffle et me focaliser sur son bruit jusqu’à ce que tout le reste s’efface autour. Cette capacité à gommer vivement le monde, elle me fait peur. Ensuite, quand est transparent hormis mon corps, il faut penser, et répéter tout ce dont je suis sûre : je m’appelle Rose Hanna Berry. La Terre tourne autour du soleil et je suis née le dernier jour de février.
Récitation d’école. Mécanique scolaire, tissu de faits qu’on vide de sens : il y a deux îles en Nouvelle-Zélande. Katherine Mansfield était nouvelliste. Soit. Et donc, ça m’aide ?

Et la voix de Drake me dit de respirer. Juste. De respirer : on prend l’air et on l’expulse sali. Ah, on croirait presque que je le recrache, vraiment, je prends, je jette, est-ce qu’il y en aura assez ? Trop vite, trop fort. Comment cela peut-il passer, ma gorge n’a jamais eu un diamètre aussi réduit.
J’ai écarté mes mains et je regarde le sol. Pas lui ; pourtant je me concentre sur ce qu’il dit, à savoir inspirer et expirer doucement. Et maintenant il annonce… que je ne dois pas bouger. Oh non, ne me laisse pas toute seule ! Ne me laisse pas !
Je n’ai pas le temps de relever la tête et de le retenir qu’il est déjà parti. Alors je reste à regarder ce parquet poussiéreux et à toujours faire la même chose, respirer. Automatisme primaire. Dire qu’il me demande tant d’efforts.

Les minutes passant, ça marche. Bien sûr que ça marche. Je l’ai dit, tout fini toujours par revenir à la normale, en brisant au passage quelque chose dans ma tête. Je me demande à partir de quand la machine sera cassée. Quelle sera la fois qui fera tout basculer.
Il est de retour et il me tend un verre d’eau. Je le prends timidement ; je n’ai pas soif. Toujours la gorge trop serrée, il me paraît impossible d’être capable avaler. Et pourtant si. Une petite gorgée. Une minuscule de ce grand verre dont le liquide tangue.
« Drake… merci, et… je suis désolée pour tout ça... »

Il a fini par venir, le grand calme très plat. Je crois que c’est terminé. Je me sens très fatiguée, et j’ai mal à la tête. Les seules choses troubles sont celles que l’eau dans le verre déforme.
Dans la pièce, à côté, ils continuent sans doute encore leur mascarade. Mais je n’ai plus de rage contre eux. Je n’ai plus rien. Je suis toute vide.
Mes bras se couvrent de chair de poule ; je les croise sur ma poitrine.
« Est-ce qu’on pourrait y aller ? Ça, ça va mieux. »
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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Sam 15 Juil - 21:28

Rose & Drake
ce n'était pas qu'un jeu


Les murs du couloir se resserrent, noirs, étouffants. Et tu n’es pas le seul à te sentir mal.
Rose, c’est bien pire, elle tangue, elle crise.
Tu n’as jamais vu ça. Tu n’as jamais vu une telle détresse dans un regard, comme des milliards de feux, rougeoyants dans le noir de sa pupille. Tu n’as jamais vu quelqu’un tanguer autant, sur un sol pourtant plat et net. Elle tangue plus encore que si elle se trouvait sur quelque mer houleuse, embarquée contre son gré sur une barque précaire. Tu verrais presque les flots, dans ses iris, s’il ne faisait pas aussi noir, ici.
Et ces ténèbres pires, encore.
Ne laissant aucune place à l’ombre, elles écartent davantage les lumières, s’ouvrent tout en se refermant, t’emprisonnent dans leur étroite proximité. Le blanc des murs est juste noir, maintenant, noir, noir, noire détresse de son regard.

Tu l’as regardée s’effondrer devant toi, avant de te décider à bouger et à lui ramener à boire. Tu doutes que ça puisse lui faire le quelconque bien, mais tu n’étais pas sûr d’avoir une meilleure idée. Elle accepte le verre que tu lui tends, et s’excuse même. S’excuser, mais s’excuser, Rose, c’est ridicule. « Non… T’excuse pas… Je suis désolé pour toi... » Et c’est la stricte vérité, tu ne sais plus où te mettre pour lui venir en aide.
Qu’est-ce tu détestes voir les gens se noyer !
Ils auront beau se débattre, tu ne réussiras jamais à atteindre leur main, à les sauver de leur fatale noyade. Et Rose pourrait se noyer, elle aussi, dans ses illusions et visions dont tu ignores la provenance, que tu ne saurais pas la saisir pour la sortir de l’eau.
Comme à chaque fois. C’est toujours pareil ; le cercle se referme, le serpent mord sa queue.

Elle demande si vous pouvez partir, et il n’y a rien qui ne te ferait plus plaisir. Tu te relèves en prenant appui contre le mur, puis tends ta main pour l’aider à en faire de même. « Je vais chercher nos vestes, et on y va. » Tu tentes un demi-sourire, voué à l’échec. Il fait sombre, de toute façon, elle ne l’aurait pas vu.

Tu te glisses à nouveau dans le salon, cherches le canapé à la lueur des bougies. Oh, tu écrases bien un ou deux pieds au passage, mais leur malheureux propriétaire ne pousse pas un cri, trop occupé par le plateau de jeu. Mais il fait trop sombre, et tu n’arrives pas à retrouver vos affaires. Cette veste-ci, celle de Rose ? Tu ne saurais pas dire. Si seulement ces crétins pouvaient rallumer la lumière, tu y verrais bien mieux. Mais maintenant que tu as réussi à te faufiler entre tous ces imbéciles et leurs jambes qui traînent tout autour de la table, tu te verrais mal tenter un autre aller-retour jusqu’à l’interrupteur. Il y a bien le ‘maître de jeu’ qui est tout près, mais il est trop occupé à demander une autre bêtise à l’esprit pour te remarquer. Oh que oui, tu aimerais leur hurler d’arrêter ces conneries, parce que tu commences sérieusement à t’en lasser. Et tu crois enfin la délivrance arrivée lorsque la goutte s’arrête définitivement de bouger, mais non, l’autre abruti à décidé d’invoquer un autre esprit pour finir la soirée en beauté. Alors tu craques, avec un soupir plus qu’ostensible. « Bon, c’est pas bientôt fini ? » Tu es exaspéré, ça s’entend au timbre de ta voix. Les autres te regardent comme si c’était la première fois de leur vie qu’ils te voyaient ; le maître de jeu fronce les sourcils. « Rallume. J’y vois rien. » Une imbécile te tend une bougie, avec un grand sourire qui la décrédibilise encore plus. Tu la fixes plusieurs secondes, complètement dépassé, avant de soupirer et d’attraper la bougie. Tu y vois à peine plus clair ; mais ils ne semblent pas décidés à allumer cette foutue lumière. Parmi le tas de fringues toutes noires et orange à cause de cette maudite flamme qui n’éclaire rien du tout, tu prends la veste de Rose — en espérant que ce soit bien la sienne — et saisis celle qui semble t’appartenir. Allons bon, tu n’as pas envie de t’attarder ici plus longtemps.

Tu as rejoint Rose dans le couloir, tu lui as tendu sa veste avant d’enfiler la tienne, et vous êtes enfin sorti de cette appartement fantomatique. Tu as rarement connu pire soirée de ta vie. « L’air frais doit te faire du bien, non ? » C’est vrai que l’air est glacé, dans la nuit.



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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Lun 17 Juil - 7:52

Ce n’était pas qu’un jeu

Drake & Rose

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Comme la marée descend et laisse la plage humide, la crise passe. Je reviens peu à peu à moi, toute entière dans ce monde où nul ne se dédouble. Et les murs sont bel et bien inanimés. Je n’ai pas pleuré, mes joues sont sèches ; en revanche, je sens encore ce que cela faisait d’être retenue de tomber par les bras de Drake.
C’est plutôt drôle. Qui l’aurait cru.
Un mal de tête me harcèle en arrière-plan, pas encore très fort, et je me sens de petits yeux, très fatiguée. Je voudrais les fermer, que tout se fasse complètement noir et silencieux, tomber dans le sommeil comme au fond d’un puit. Quand je les rouvrirai, ce sera le matin et je serai à la maison, et tout ceci n’aura pu être qu’un mauvais rêve. C’est si facile de faire avec les cauchemars, bien plus qu’avec la réalité. On ne peut pas s’en enfuir, tandis qu’on peut très bien ne pas dormir.
Je suis très fatiguée et c’est pourquoi je ne considère pas ce qui s’est passé comme un véritable désastre. Hormis le fait que la soirée tranquille prévue chez des amis d’amis – je ne leur parlerai jamais plus – a pris un tournant aux airs malsains, je viens d’offrir une scène vraiment étrange à mon colocataire.
Drake, bon sang. Celui avec qui tu as passé des moments déjà curieux, tu t’es montrée froide et carrément antipathique et dont le lit n’est désormais qu’à quelques mètres du tien. Drake que j’ai accablé de qualificatifs peu flatteurs, notamment en rapport avec la boisson, et qui là… il a été très gentil. Il m’a protégée des murs et a empêché ma chute. À présent, il est toujours à côté de moi, il a gardé son ton très doux et m’a ramené à boire, il dit que nous allons rentrer dès que je me sentirai d’y aller.
Oh oui. Rentrer à la maison.

Pas un désastre, certes, cessons de nous servir des grands mots. Il n’empêche que c’est gênant. Je ne sais pas ce qu’il en pense… Ni la céphalée ni l’épuisement ne peuvent m’empêcher de ressentir ceci, de la gêne. Je m’excuse. Et il me dit non, de ne pas le faire et qu’il est désolé. Ce dernier pan de phrase me surprend, et je relève mon visage vers lui.
Que s’imagine-t-il qu’il est arrivé, au juste ?
Ça ira, à présent. Je ne tremble plus de nulle part et j’ai vraiment quelque chose qui tape dedans mon crâne, je pense qu’on peut y aller. On peut marcher sans risque.

Tandis qu’il va chercher nos vestes, je reste à nouveau seule quelques minutes dans ce couloir très laid, très sombre. Il y a une fenêtre tout au bout, qui laisse pénétrer la lumière de la lune, et ça créé des ombres. Je me rappelle que dans mon dos, ils sont encore tous en cercle en train de faire dériver la goutte sur le plateau et j’ai d’autant plus hâte que Drake revienne. Je frotte mes bras pour en faire disparaître la chair de poule. Comment des idées pareilles peuvent-elles émerger dans la tête de certains ? Et comment celle des autres peut-elle être retournée au point de les trouver amusantes ?

Je me suis emmitouflée dans ma veste plutôt que je ne l’ai mise. Elle est fermée et pourtant, je tiens également pincés à une main les deux pans, comme pour créer une couche supplémentaire. L’air est glacé dehors, mais au moins, il y en a. Il circule fluidement dans mes poumons et c’est vrai, Drake a raison, ça doit me faire du bien je suppose. Encore une fois sa remarque me fait bizarre. Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il pense et laisser croître ce malaise pendant des semaines sans mettre les choses au clair me paraît insupportable.
« Tu dois te dire que j’ai un problème. »
Grande nouvelle, Whiteley : ton intuition ne te trompe pas. Félicitations, dans toute cette grande ville, tu as réussi à te trouver pour colocataire une ancienne pensionnaire de son hôpital psychiatrique. On peut dire que la chance est avec toi.

Quoi qu’il ait pu voir, et même s’il y a des choses dont je ne me rappelle pas – j’aurais pu lâcher un mot ou faire un geste, n’importe quoi – il est hors de question que je lui avoue qu’en effet, j’avais bien un problème et qu’il menace de faire son retour. Plutôt me jeter sur la route à la première voiture qui passera par là.
Quelle heure peut-il bien être, pourquoi la rue est-elle aussi déserte ?
« L’atmosphère était vraiment étouffante à l’intérieur, avec l’encens et… tout le monde, on était trop. Je déteste ce genre de choses, c’est pervers et stupide… enfin, on est du même avis là-dessus. »
Il n’a vraiment pas eu l’air d’apprécier plus que moi la partie de ouija.
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MessageSujet: Re: [Drose] Ce n'était pas qu'un jeu Ven 4 Aoû - 18:59

Rose & Drake
ce n'était pas qu'un jeu


Une étoile perce le ciel noir d'encre. Tu ne sais pas vraiment s'il fait froid, mais en comparaison à l'atmosphère étouffante qui régnait dans l'appartement, le vent est plus qu'agréable.
Une autre étoile jaillit, simple point blanc dans le noir de la nuit. Plus tu regardes, et puis les éclats d'argent se multiplient. Oh, et tu pourrais admirer ce spectacle pendant des heures ; les compter, chercher à connaître leur couleur. Vu d'ici, tout paraît blanc et noir, sans aucune autre nuance.
Tu te tournes à demi vers Rose, qui ne semble, elle, pas du tout abîmée dans la contemplation des étoiles. Peut-être les connaît-elle par cœur, ou peut-être en a-t-elle juste marre. À la réflexion, toi aussi commences à fatiguer, même si la beauté nocturne pourrait presque te faire oublier ce mal de tête lancinant. Oh, mais as-tu le droit de te plaindre, lorsque tu as vu ce à quoi la pauvre Rose vient d'être confrontée ? Tu n'oses imaginer comment les choses ont été, de son côté. Sûrement mille fois pire que du tien.
Ce n'est pas toi qui est tombé, ce n'est pas sur toi que les murs se sont refermés...
Et ce silence...
Tu lances une remarque complètement futile, à propos du bienfait de l'air, ou une stupidité dans le genre. Tu regrettes aussitôt.
Seulement, au lieu de te gratifier de son regard désapprobateur habituel, Rose répond, pensant que tu voies son malaise de tout à l'heure comme un "problème". Tu aurais pu avancer que le mot "problème" était très générique et peu spécifique, mais tu te ravises, préférant secouer négativement la tête. À la vérité, tu es loin d'avoir deviné qu'elle souffre de troubles psychologiques, qui l'ont conduite en hôpital psychiatrique. « Du tout. » Oui, tu aurais pu faire mieux.
Le noir se referme bientôt sur vous, et vous vous retrouvez seuls avec vos démons intérieurs. Si tu es loin d'avoir quelque pensée morbide, Rose doit, en revanche, beaucoup ruminer la soirée, puisqu'elle reprend bientôt la parole, comme si elle voulait se justifier. Se justifier, mais de quoi ? D'avoir été mal ? D'être tombée dans ses bras ? Allons, elle n'y est pour rien. La plus grande surprise de la soirée aurait été qu'elle ait fait exprès, et que tout ceci ne soit qu'une blague, au final. Mmm... pas trop son genre. « Je comprends. Je n'ai pas du tout aimé non plus. » Tu ne croises pas une seule fois son regard. « Tu sais... tu n'as pas à t'en vouloir pour tout à l'heure... » Allons, comme si elle s'en voulait.



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[Drose] Ce n'était pas qu'un jeu

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