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 Mieux en vrai? [Rose]

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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Jeu 21 Sep - 17:18

Le monde de Rose Berry. Il en écrirait facilement un livre. Très sincèrement, simplement en la regardant aujourd’hui, il aurait rempli deux chapitres avec une facilité déconcertante. Jamais il n’a eu l’impression d’être aussi proche de quelqu’un tout en étant aussi éloigné. Jamais il n’a découvert une carapace aussi grosse que celle de son interlocutrice. Plus grosse que la sienne sans hésitation aucune. Si la sienne est si lourde, qu’en est-il pour elle ? Il se demande si elle a quelqu’un, elle, avec qui pleurer, évacuer. La question lui traverse très rapidement l’esprit mais il est certain d’avance que oui. Même si son monde est loin de tout, loin de tous, cette fille-là n’est sûrement pas seule au monde. Elle ne le peut pas, c’est impossible. Il l’écoute alors avec attention quand elle lui donne son avis sur Roméo et Juliette. Tiens, lui aussi a pensé sans difficultés que Shakespeare n’a pas traité que de l’amour. Il a traité de la haine également. Avec force, peut-être même plus que celle de l’amour. La jalousie, la trahison, sans compter l’amitié, les jugements, évidemment. Il hoche alors doucement la tête.

« Même engagés dans une relation, je me demande si un homme ou une femme pourrait imaginer donner autant. Se battre contre sa famille, ses amis puis perdre la vie. Il doit bien y en avoir un qui reste terre à terre non ? Après tout, je suis le plus mal placé pour imaginer ce qu’une personne en couple pourrait penser. Je ne l’ai jamais été moi-même. Et toi ? Tu l’es ? L’as été ? »

La question posée sur un ton doux n’exprime aucune curiosité malsaine. Il se le demande juste. Comme il aurait envie de savoir si elle a des frères et sœurs mais dans ce cas, surtout, si quelqu’un a su percer un trou dans cette carapace. Déchirer le papier de son monde imaginaire et s’y glisser en mélangeant la vraie vie. Parce que même si son monde donne envie d’y entrer pour se cacher pour toujours, ce n’est pas possible et ce n’est sûrement pas la réalité. Est-ce si bon de se voiler la face en continu ? En tout cas, c’est très agréable à voir, de l’extérieur.

Et tout à coup, un éclat de rire le sort de sa réflexion. Un son délicieux, un visage complètement changé. Zut qu’est-ce qui l’a fait rire ? Il n’a même pas essayé alors que lorsqu’il l’a fait, cela n’a pas fonctionné. Il sourit parce que son rire est contagieux et qu’il est plaisant de la voir ainsi. C’est une expression qui lui sied parfaitement. Elle lui dit alors qu’elle ne sait pas nager, ni ne tient l’alcool. C’est donc ça. Ses idées de journées parfaites ne sont pas du tout en adéquation avec la demoiselle et il ne s’en étonne pas. Ils sont aussi différents là-dessus qu’ils sont similaires sur la carapace.

« Pour l’alcool, je ne peux rien faire. Il paraît que ça vient en s’entraînant et je n’ai pas envie d’être l’instigateur de ton alcoolisme. Par contre, la nage, je peux y remédier à part si tu as… Peur ? Je nage bien et je me noie donc difficilement dans l’alcool. J’aime la plongée sous-marine, le surf, le body et si tu n’aimes pas te mouiller, y’a toujours la pêche. Si tu n’aimes pas le silence, faut avoir des sujets de conversation en réserve mais bon…»

Il apprécie également l’idée même s’il se demande rapidement qui lui aurait pu être. Aucun des personnages ne collent réellement à celui qu’il est. Sinon peut-être Monsieur Knightley, s’il avait pu supporter une amie comme Emma, bien entendu. Il réfléchit un moment.

« Et bien, une soirée ? Un dîner ? Bien que le terme soit modernisé, on disait bien des jeunes filles qu’elles faisaient leur sortie dans le « monde ». Je n’en ai jamais fait non plus mais en Angleterre, certains amis m’en ont parlé et je dois avouer que ça m’intéressait bien plus que je n’aurais jamais pu leur avouer. »

Et comment avouer très silencieusement qu’il n’assume pas complètement son amour des livres devant autrui. C’est assez facile de le dire sans le dire avec une Rose pas toujours très attentive. Il se plaît ensuite à écouter sa journée parfaite à elle. Beaucoup plus simple qu’il ne l’avait imaginé, beaucoup moins guindé. C’est étonnant. Et finalement, plus il apprend à la connaître, peut-être pas si étonnant que cela. Puis tout à coup, l’idée du paradis qui sort comme une évidence de sa bouche et il la sent sincère pour une fois. Elle se montre un tout petit peu mais se rétracte bien vite, bien avant qu’il ait pu lui dire qu’il l’amènerait volontiers aux portes même s’il ne serait pas accepté. Malgré sa jolie présence à ses côtés.

« Tu te satisfais d’un rien. Ce doit être facile de te faire plaisir. Le feu de camp… Intimiste ou avec du monde ? J’y vais souvent mais je ne sais pas si l’ambiance te plairait tant que ça. Par contre, pour le nombre de verres, tu serais servie. Personnellement, je t’accompagnerais aussi volontiers à l’un comme à l’autre. »

Il ne s’éternise pas sur l’histoire du paradis parce qu’il comprend qu’elle n’est pas prête à l’assumer et aujourd’hui, ça lui va. Il est bien plus touché qu’il ne pourrait le dire néanmoins par cette remarque. Elle s’est faufilée dans sa tête et dans ses veines, lui hurlant haut et fort combien la jeune fille devant lui souffre. La mort de quelqu’un, la perte d’un être aimé et il ne sait pas combien elle en a perdu, c’est indélébile. L’Angleterre le ramène justement à ce souvenir, continuellement, inlassablement et il l’aime au même titre qu’il le déteste. Ca et ses dernières paroles, ça et l’amour, le vrai. Il lui sourit encore pourtant.

« On dit généralement qu’on quitte le nid quand on part de chez ses parents non ? Et maintenant, tu vis seule ?

Et son jeu, sorti de nulle part lui fait perdre un moment contenance. Est-ce qu’elle s’en aperçoit ? Pas vraiment, elle s’excuse même de jouer à un jeu de cour d’école. C’est le moment où il doit être vraiment sincère avec elle ? C’est le moment où il décide si elle n’est qu’une belle rencontre sur un carnet ou si elle deviendra peut-être son amie ? C’est le moment de décider s’il continue dans le mensonge ou s’il commence à dire la vérité, par bribe. »

« Démoniaque, menteur mais charmant. »

Et il est sincère, enfin. Tant pis si elle ne comprend pas d’où ils sortent, tant pis si elle pense qu’il est fou et qu’il ment. Si elle se perd dans sa propre vérité mais au moins, il commence à briser son mur de mensonge en l’invitant à découvrir ce qui se passe derrière le masque. Peut-être en fera-t-elle autant.

« Je te retourne la question puisque je ne crois pas qu’il y ait un âge pour ce genre de jeu. En y ajoutant même autre chose. Trois mots pour exprimer ce que tu souhaites le plus au monde. Tes désirs. »
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Dim 24 Sep - 17:47

Mieux en vrai ?
Damon & Rose
Dois-je le lui dire, comment lui dire ? Que j’ai été parmi ces filles poussant de grands soupirs et ayant le coeur qui battait trop fort, bien trop fort, et qui y croyaient trop ? La démesure, elle fait partie du mal. On a toujours tort de ne pas garder au moins un pied sur terre, en laissant sa raison s’envoler parmi les étoiles. Souvent tort d’avoir les oreilles trop grandes ouvertes quand vos parents vous lisent des contes de fée le soir, alors que vos yeux papillonnent. Et plus encore de ressortir ces livres quelques années plus tard. Lorsque le prince charmant ne suffit plus, que sa silhouette paraît définitivement être absente de ce monde, on se tourne vers d’autres icônes, le cinéma, les personnages mythiques, les vers – et on a tort, sans doute. Est-ce que se noyer parmi ses rêves, c’est vivre véritablement ? Est-ce qu’on peut dire que j’ai vécu au moins quelques années alors ?
Quand ça m’est arrivé, je veux dire, ce lot de sensations vraiment étranges au niveau du coeur, je ne l’ai pas tout de suite compris, après je n’y ai pas cru. Mais lorsque je l’ai eu, mon, notre bonheur, entier au creux des mains et luisant si fort qu’il éclairait toute la suite des jours, alors j’ai refermé mes doigts dessus, je l’ai retenu, avec tout ce que j’avais.
Dois-je le lui dire, comment lui dire ? Sans me voir en Juliette, j’ai pensé posséder les mêmes sentiments qu’elle. À présent, je peux le dire, très franchement… que je l’envie un peu. Parce que Shakespeare leur a offert, à Roméo et elle, ce qu’il y a de plus absolu : la mort à deux. Brutal. Plus simple. Oh combien, peut-être bien plus facile que tout ce qu’il y a d’amer et d’horrible autour de la séparation.
« Il y en a sans doute. Même si c’est plus raisonnable et réaliste, je ne peux pas m’empêcher de trouver ça un peu triste. C’est comme réduire tout ce que la vie a de mystérieux et de beau à la stricte banalité du quotidien. »
Mais c’est plus raisonnable. Plus réaliste. Ça doit permettre de garder la tête haute et d’en sortir indemne. Ça fait moins mal que de ne pas avoir d’illusions.
« Je l’ai été. Il y a longtemps. »
Donc, entre nous deux, c’est à moi qu’on pourrait attribuer l’expérience – je ne sais pas au juste si je suis étonnée ou pas de son aveu. Ça explique peut-être son point de vue sur la chose. Ce qui me semble étrange, sur le moment, c’est que ce soit ce mot, longtemps, qui soit sorti tout seul, comme si j’avais voulu mettre mon histoire à distance.

Mais on oublie jamais rien de ce que l’on souhaiterait effacer, n’est-ce pas ? On fait avec. On fait semblant. On le refoule ; et on avance au rythme des jours. Soleil levant, soleil brûlant dessus nos tête, puis déclinant rouge presque disparu derrière la ligne d’horizon. On fait de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences et on se gonfle de nouveaux souvenirs. Peu à peu, les anciens prennent des teintes pastel, et leurs contours s’estompent. Ça devient supportable, au bout du bout ? Je ne le sais pas, mais j’ai tout misé sur. On avance, on essaie des choses qu’on avait jamais faite et on se lance ou se retient. Aube, journée et crépuscule. La mémoire fait parfois irruption dans les replis des nuits, au cours des rêves.
« Tu as l’air d’être un touche à tout, dis-moi, c’est assez impressionnant. Je vais devoir te considérer comme une référence, au moins en matière de sports marins. Et j’aimerais bien que tu me montres tout ça. Je manque seulement d’entraînement pour la nage, ce qui peut être vu comme un comble, tu me diras, quand on vit au bord de la mer. Mais je n’ai pas peur, et du silence non plus. » Il y a des gens qui le redoutent, qui cherchent à le combler à tout pris par un flux ininterrompu de paroles, qui en sont terrifiés ou qui en deviennent juste mal à l’aise. J’ai du mal à comprendre, bien qu’il m’apparaisse à moi aussi parfois insupportable – mais tout le monde s’en moque, que je saisisse ou pas. Ça arrive. On peut y être confronté. « Toi si ? »

De ce qu’on appelle soirées mondaines, je n’ai que les images laissées par mes lectures, du cocher qui passe sa soirée à attendre au-dehors, du froufroutement exquis des robes en soie et des claquements des souliers sur le parquet pendant la danse, de la manière dont tout doit étinceler, les bijoux et les verres, dans la lumière des chandeliers. Mais ça ne doit pas avoir beaucoup de rapport avec la réalité.
« Ça se fait toujours en Angleterre ? »
Je peux moderniser ma conception de la chose, avec peut-être, des bavardages plus prononcés au lieu du concerto que s’applique à jouer au piano la jeune fille accomplie de la maison. Et j’imagine aussi tout en couleurs plus sombres, du vin jusqu’aux tentures – pardon, aux tapisseries.
À cause de la dimension du secret qu’il introduit ?
Alors, nous sommes de ceux qui, cachés derrière la porte close du salon, jettent un coup d’oeil furtif par la serrure, et s’en retournent après se cacher dans leur chambre, l’air de rien. Se promettent de ne jamais raconter à quiconque qu’ils ont agi ainsi.
« Il y a des choses, comme ça, pour lesquelles tu n’avouerais jamais éprouver de l’intérêt ? »
Il est possible que ma question soit intrusive, pourtant je la pose plus dans un intérêt, disons, presque expérimental.
Je crois que oui. Il y a des parts de soi qu’on laisse volontairement dans l’ombre ou qui ne captent jamais, aucun rayon de lumière.

« Avec les gens qui comptent, ça suffit. Peut-être que je m’en fais une fausse idée alors. Comment est-ce que c’est ? Fais attention, j’oublie difficilement ce genre de remarque. Tu vas te retrouver à devoir m’initier à tellement de choses et à ne plus pouvoir me supporter, qu’il est probable que je finisse malencontreusement noyée, ou abandonnée dans la forêt. »
Je plaisante et force le trait, sans doute inconsciemment pour laisser derrière cette drôle de remarque sortie toute seule, à propos du paradis. J’apprécie sincèrement le fait que malgré qu’il ait l’air de l’avoir parfaitement entendue, il ne rebondisse pas dessus. C’était bizarre. Je ne veux pas y penser. À n’importe quoi d’autre plutôt – et même à la potentialité de faire un coma éthylique.
« C’est vrai. J’ai utilisé cette expression un peu abusivement, même s’il faut dire que ça non plus ne remonte pas à très longtemps non plus. Je vis avec un colocataire maintenant, et mon chat. Tu as des animaux ? »

Mais à la fin, je m’arrête, je redeviens plus grave. Sous ses apparences enfantines, je considère ce jeu digne d’une cour d’école comme très sérieux. Trois mots – ou plus – pour se décrire. C’est s’aplatir, c’est s’enfermer dans trois contenants. Que va-t-il dire ? Il dit trois mots – pas un de plus. Il joue le jeu.
C’est gentil de sa part.
Démoniaque, menteur, charmant.
Ce ne sont pas ceux que je lui aurais appliqué. Mais je ne crois pas qu’on puisse vraiment connaître les autres, savez-vous, et est-ce qu’alors, on peut se connaître soi-même ? Ça m’intrigue qu’il ait choisi ces adjectifs. Cependant, je me refuse à l’interroger dessus. Ce serait déplacé.
Ce qui doit contenir du mystère et de l’ombre, qu’il les garde, ou nous détruirons tout.
À moi.
Ne réfléchis pas trop.
Ce n’est pas le jeu.
« Verre. Sang. Et encre. »
Verre fragilité, qu’on pulvérise ou qui oscille tout au bord de la table, verre transparent. Sang qui me manque, pour réchauffer mes veines, et que je vois partout depuis le ventre de mon père. Encre de la nuit, encre pour m’y couler, encre des phrases, ma thérapie.
Et je voudrais plus que tout au monde remonter le cours du temps, mais ça fait trop de mots.
Alors.
« Revenir en arrière. »
Trois tout juste, pas un de plus.
« À toi. Et j’ajoute les trois choses que tu aimes le plus. Ce qui te donne le sourire et l’envie de te lever le matin. »
© ÉLISSAN.



Dernière édition par Rose H. Berry le Ven 6 Oct - 21:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Lun 2 Oct - 9:19

L’amour et Damon sont deux grands étranger. Cela ne veut pas dire qu’il n’en parle pas et qui ne le juge pas. Bien au contraire et selon lui, à sa juste valeur. Ce qui équivaut à pas grand-chose. On pourrait dire de lui qu’il est un beau parleur puisqu’il parle de ce dont il ne sait rien ou qu’il est un frileux puisqu’il ne s’en est jamais assez approché pour dire à quoi cela ressemble. L’un ou l’autre, Damon sait que ce mot est partout sauf dans ses bonnes grâces. N’est-ce pas pourtant l’essence du monde ? Des livres et de la vie ? Il se demande donc un moment s’il n’est pas entièrement d’accord avec Rose. Ne serait-ce pas trop triste comme raccourci ? Faire de l’amour une simple banalité, c’est de toute évidence, à ses yeux, réduire toute la vie à un triste quotidien. Alors, cela fait d’elle une éternelle romantique, malgré ce qu’elle en pense. Il ne peut retenir le petit sourire qui lui vient en pensant à cela et lui dit alors pour ne pas briser ses rêves.

« C’est possible.  Je suis sûrement trop vieux jeu et trop terre à terre. Le genre de blasé qui irrite son monde pour le plaisir. Et donc, c’était magique ? C’était à la vie à la mort ?»

Et même s’il demande une précision sur la nature du lien, il n’ose pas franchement lui demander ce qu’il s’est passé parce qu’il refuse de la mettre mal à l’aise alors qu’elle semble commencer à se sentir bien, en confiance. Elle a toujours l’air absente mais pourtant un lien presque transparent reste accroché à lui. Elle fait l’effort de rester là, sur terre. Peut-être est-ce uniquement par politesse et dans ce cas, il se doit bien de lui rendre.
D’abord en lui proposant des activités qui semblent l’intéresser. Pour lui, en vérité, c’est le comble qu’elle puisse s’intéresser à ses activités à lui. Il l’imagine tout à fait différemment Rose. Avec une armée d’amis et de choses intéressantes à faire. Loin de lui, loin même de tout ce qui pourrait lui ressembler de près ou de loin. D’où la double facette, d’où les mensonges. Il s’est fourvoyé. Il s’est complètement perdu dans le paraître de sa vie et à présent, ils sont coincés dans ses mensonges sans qu’elle ne sache.

« Un touche à tout. » Il reprend l’expression, se disant qu’elle ne sait pas à quel point elle a raison. La mécanique, serveur, les livres, la drogue, l’alcool, le vol, la psychologie. Il y a trop de routes dans sa vie pour savoir laquelle est la vraie. Même lui n’est plus certain de pouvoir la distinguer. « Le comble, c’est que personne ne te l’aies encore proposé. C’est toujours plus drôle à deux. Alors, c’est quand tu veux, quand tu auras du temps. Je bosse principalement la nuit pour ma part, donc j’en ai à revendre.»

Si c’était bien ce qu’elle a voulu dire en précisant qu’elle n’en a pas peur. Ne pas être effrayé ne veut pourtant pas dire apprécié non plus. Il se plaît à savoir qu’ils vont se revoir, qu’ils vont pouvoir passer encore du temps ensemble et que c’est le souhait de Rose également. Il appréhende aussi cependant. Il aurait mieux fait d’être honnête mais à présent, il ne voit pas comment il pourrait se rattraper et le lui dire sans passer pour un goujat de la pire espèce. Alors tout restera dans le silence. Puisque lui l’aime et qu’elle n’en a pas peur.

« Non, j’aime beaucoup le silence. Même si ça dépend duquel. Le silence après une blague pas drôle ? Bof. Le silence entre deux amis qui contemplent la mer. Parfait. Le silence d’une personne qu’on a besoin ou envie d’entendre. Horrible. Mon préféré reste le silence plein de compréhension. Tu sais, celui-là pile où deux personnes se comprennent si bien qu’elles n’ont plus besoin de parler. Il est si rare. »

Il hoche doucement la tête quand elle lui demande si cela se fait toujours en Angleterre. Il ne parle pas forcément de soirées mondaines à proprement parler mais bien de vivre la vie des personnages du roman, de suivre Jane Austen dans sa folie romancière.

« Il y a une petite semaine de balade sur les traces des romans de Jane Austen. Tu peux visiter plusieurs lieux qui l’ont inspiré. Cathédrale, bibliothèque, thé dans un salon. Puis il y a un festival où tout le monde se déguise comme à l’époque et joue le jeu à fond. Ce n’est sûrement pas aussi guindé que ça l’était mais ça semblait très marrant. Bien-sûr, je ne fais que te rapporter des faits racontés pour n’avoir jamais osé m’y montrer. »

Et sa question suivant le prend au dépourvu. Alors qu’il rêve secrètement de la voir s’émerveiller et revivre devant chacun de ses monuments La réalité le rattrape et lui met son poing à la figure. Des choses pour lesquelles il n’avouerait jamais éprouver de l’intérêt. Oui, milles, deux milles peut-être. Les plus importantes sont celles qui lui viennent à l’esprit. L’amour, le vrai. La drogue. Une vie meilleure. Il se rappelle alors qu’il doit lui répondre, au lieu de la regarder avec ses yeux ronds comme si elle avait dit quelque chose d’impossible.

« Certaines oui. Je crois que ça dépend surtout des personnes en face desquels on se trouve. Je m’adapte facilement, comme un caméléon. C’est l’habitude et du coup, je finis par m’y perdre parfois. Tu vois ce que je veux dire ? »

Il ne ment pas cette fois. Etre baladé de famille en famille, d’amis en amis, de maisons en maison, cela engendre forcément une petite perte de personnalité. Quelque part dans tous ses changements, il a tout fait pour s’adapter et quelque part, tout au long de cette vie, il s’est perdu peu à peu et c’est ce qui a fait ce qu’il est aujourd’hui. Il sait ce qu’il veut et ce qu’il aime mais tout au fond, ce sont des choses différentes qui crient et qu’il compte taire à jamais. Alors oui, il dit la vérité et dans cette vérité, il y a cette part de mensonge à laquelle il croit pourtant dur comme fer. Qu’est-ce que ça en fait ?

« Les gens qui comptent. Tu en as beaucoup, toi ? Ca dépend qui l’organise. Ca peut être la fête du siècle ou au contraire, intimiste. Comme tu le dis, avec peu de gens qui se connaissent, grillent des marshmallows, rigolent ensemble, dansent, font des bains de minuit. Attention, pas en hiver de préférence. Ca fait longtemps que je n’en ai pas eu un comme ça. Plutôt quand j’étais jeune. Avec mon petit groupe d’amis. J’ai un sérieux doute quant au fait qu’on puisse ne plus te supporter. Tu as si peu confiance en ton adorable présence ? »

Maintenant, il la taquine. Bien qu’il s’imagine aisément la couler un peu à l’eau si elle l’embête et bien qu’elle n’en ait pas l’air maintenant. Il est certain qu’elle en est bien capable. Qu’est-ce qui pourrait lui faire croire qu’elle n’est plus supportable ? Que sa présence est de trop ? A part ce qu’il sait bien évidemment, qu’est-ce qui a pu lui arriver ? Il sourit en l’entendant parler de son chat et lui donner le même titre d’habitation que son colocataire. Comme si c’était un être à part entière et qu’il avait autant sa place que le colocataire en question.

« Comment s’appelle-t-il ? » Puis, il croit bon de préciser malgré tout. « Le chat. » Avant de dire. « J’ai à peine le temps de m’occuper de moi alors un animal… Un poisson rouge peut-être et encore, j’oublierais de le nourrir, le pauvre. »

Il oublie de se nourrir, lui. Il sait qu’il ne peut s’occuper d’une autre personne, même un tout petit être parce qu’il faut d’abord s’aimer pour aimer, se respecter pour respecter et s’occuper de soi pour avoir la force de s’occuper de l’autre. Et alors qu’un jeu est censé être léger, drôle, leur changer les idées. Celui-là les amène à avouer leur noirceur, leur solitude. A avouer leur défaut, leur peur. Il s’étonne longuement des trois mots de Rose. Il les retourne dans tous les sens. Sang, verre et encre. Pourquoi ses mots-là ? Et dans ce sens différent, ont-il un sens différents ? Comment le savoir ? Le jeu lancé, elle finit par dire qu’elle souhaiterait revenir en arrière. Il se sent détaché du présent. Pour tout changer. Il l’aurait fait avec elle, s’il avait pu. Si cela avait pu lui rendre cet enthousiasme alors perdu. Cette folle jeunesse qu’elle avait quand il la lisait. Parce que même s’il s’en défend, il ressent sa souffrance, bien plus qu’il ne le veut. Bien plus qu’il n’ose se l’avouer. Pour lui, revenir en arrière ne donnerait rien. La maladie ne disparaîtrait pas. A part effacer sa naissance. Il ne pourrait remonter plus loin sans se perdre dans l’inconscience.

« Changer de vie. »

Puisqu’il doit dire ce qu’il désire le plus d’abord. Cela ne veut pas dire que c’est possible, tout comme retourner en arrière. Ce serait même trop beau pour être vrai. Le verre, facile à briser ? Le sang, de son père ? Il ne reste plus que l’encre. Pourquoi l’encre ? C’est en se concentrant sur ses trois mots qu’il se rend compte que peu de choses lui donnent envie de se lever le matin. Peu de choses lui donnent le sourire. Le jeu est bien plus cruel qu’il ne l’imaginait. Bien plus tranchant et sanglant. Il lui renvoie au visage pleins de choses qu’il s’interdit de penser. Il réfléchit, réfléchit encore.

« L’amitié. L’océan. Vraiment navré je n’en ai pas trois. J’ajoute trois choses qui te font vibrer. Te font te sentir vivante ? »
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Jeu 5 Oct - 22:00

Mieux en vrai ?
Damon & Rose
Magique ?
Oh oui.
Bien sûr.
Mais on a toujours tort de se souvenir des contes qu’on aimait tant, étant enfant, et des rêves qu’on a fait dans ce registre. La nuit en est prodigue et les longues heures du jour se prêtent très facilement à ce genre de songerie. On s’imagine, on se figure. Et on y croit.
Je n’ai pas honte de l’avouer.
J’y ai cru.
Et il me faut révéler maintenant que mes deux mains sont vides, que je n’ai plus rien, ou plutôt si, qu’il me reste la sensation qu’elles sont pleines de débris coupants. Je ne sais pas d’où ils viennent – mon coeur ? Quel cliché de le dire. Seulement c’est drôle, mais c’est bel et bien cela : j’ai toujours mal, au côté gauche, et mes pauvres images, mes bribes de souvenirs sauvées du passage des années, je les ai toutes pailletées. Les ai dressées sur un autel et leur consacre un culte douloureux.
Je leur ai appliqué un filtre d’or, tout comme je le faisais, en ce temps-là, mais pour me projeter vers des images futures.
Sais-tu ?
Je crois que je t’envie.
J’envie tout le monde, maintenant.

« Le moins qu’on puisse dire c’est que tu n’es pas tendre avec toi-même. »
C’est dur comme catégorisation. Mais tu possèdes quelque chose que je n’ai pas, que je n’ai aucune chance de pouvoir acquérir. Le pouvoir.
Le pouvoir de te sauvegarder intact, sans fêlure possible.

C’était magique et incroyable et je dois encore concéder que je ne le regrette pas, ça jamais. C’était magique, et toute ma vie jusqu’à nos morts, je m’y serais accrochée. Mais me voilà toute seule avec mes forces abandonnées, qui ne me servent plus qu’à m’aggriper aux images, pauvres petites images d’il y a tellement longtemps.
« On y a cru. »
Je hausse légèrement les épaules, d’à peine un demi centimètre.
« Mais c’est fini. »
Et je m’évade loin de ses yeux, dans la contemplation assez trouble de ce qui se trouve derrière lui – si c’est le mur, comme il est flou soudain. Pour cette seconde, rien que pour une, je veux ne pas parler et ne plus faire semblant, le temps de refermer en décence et proprement mon album de photos, la partie noire de mes souvenirs.

Il n’y a pas que celles que la mémoire conserve toujours. Il y a aussi les images qu’on se crée, celles qui n’ont pas été réelles. Par exemple, lorsqu’on se figure le déroulé d’une chose et qu’elle se passe différemment. Voilà. J’imagine la mer, bleue et ridée et abîmée d’écume, j’imagine le soleil se refléter dedans, car il devra faire beau, c’est obligatoire, et les traces laissées par l’empreintes de nos pas dans les sillons du sable. Il y aura, des gestes et du mouvement. Il y aura des mots aussi, mais eux fendent l’air à toute vitesse, sans le marquer. Ça ferait des courbes blanches autrement, des arabesques et des volutes.
Seuls nos souvenirs regorgent de phrases.
Mes images en sont quasi toutes recouvertes.
Et je fomente les prochaines sur d’autres, des choses comme ça ira et on va se revoir.
« Marché conclu alors. Je travaille beaucoup le soir aussi, donc j’ai du temps la journée. Disons… dans les premiers beaux jours ? »
L’hiver ne durera pas éternellement. Alors on se reverra, il n’y aura plus seulement que ses mots, plaqués, figés sur mon écran, il y aura tout ceux qui lui viennent plus ou moins spontanément. La parole a moins de filtres. Peut-être qu’on le regrette, après coup ? Je ne sais pas. Mais en tous cas, je suis contente de me dire que mes images se feront substance, souvenirs, qu’il y aura d’autres fois après celle-ci.

Ça ne me gêne pas, le silence. Quelquefois, le rien qu’il constitue suffit pour tout dire et quelques autres, il n’y a rien, justement, à dire. Je n’ai pas peur de ces plages de minutes durant lesquelles on entend rien. Simplement, peut-être, de ce qu’elles signifient.
Il y a, comme il en fait la liste, le silence des ratés, le silence des non-dits et celui de la symbiose totale. Le silence idéale. Mais il a fait un raccourci. Je crois qu’il y en a aussi beaucoup d’autres, autant de genres de silence qu’on peut tenir de conversations. De toute façon, c’est presque mensonger de parler de silence. Il y a toujours, du bruit, au moins ce vacarme infernal que produisent nos pensées, un bourdonnement d’abeilles.
Et il y a le silence plein de compréhension, celui où on assimile, où on se donne le temps de hocher doucement la tête. Menton, regard en bas. Juste le temps, de songer, qu’on a rien à ajouter.
« Tu as tout dit. C’est rassurant de parler avec quelqu’un qui ne redoute pas les blancs. »
Ça met moins de pression. On se sent plus à l’aise. Autrement il faut chercher, sans cesse, de nouvelles idées à sortir, tisser, et d’autres pour broder autour, faire jouer ses cordes vocales et presque cesser de réfléchir. Raconter des sottises dont on ne se souvient pas, pour la plupart, le quart d’heure d’après.

J’essaie d’imaginer comment doit être l’Angleterre.
À quoi ressemble la maison où a grandit Austen, et celle où elle est morte ?
Et que penser au juste de ces gens qui se rassemblent, se griment et font comme si, pour quelques heures ou quelques jours, ils étaient transportés dans l’univers qu’elle a si bien dépeint ?
C’est faire substance des images. Peut-être que ça me plairait. Au moins de faire le voyage, cela est sûr, et de visiter les musées et randonner en pensant fortement à Elizabeth Bennet. Bien sûr. C’est drôle, dans le fond, qu’il y ait autant de personnes pour prétendre vivre à une époque qu’elles n’aurait sans doute pas apprécié vraiment connaître. Se retourne-t-on toujours sur le passé en le trouvant superbe ?
Je suis très mal placée pour faire la morale à qui que ce soit.
Je me demande, aussi, si c’est vrai pour tout le monde qu’on garde cachés au fond du coeur des tas de bouts de nous. Beaucoup de ce que je suis est-il condamné à demeurer dans l’ombre ? Je crois bien. Ce qui veut dire, puisque je l’y conserve, que beaucoup de moi est monstrueux, indigne de la lumière.
Ou craint le jugement des autres.
Sur le coup, je ne vois plus que ses yeux qui s’écarquillent, qui semblent interloqués par ma question. Ensuite j’entends ses mots, soigneusement détachés les uns des autres – est-ce que c’est moi, une impression ? On dirait des notes plaquées sans entrain sur les touches d’un piano, blanche blanche et encore blanche, attention, car çà et là, sur les noires, le mot est venimeux et a un sens caché.
S’y perdre.
Comme c’est facile.

« Je crois que je vois, oui. »
Les certitudes que j’ai jamais pensé avoir m’ont l’air toutes fendillées. On est jamais parfaitement sûr.
« Et… tu t’y retrouves dans tout ça ? Ou tu composes avec ? »
Je n’ose pas me risquer à affronter à nouveau ses prunelles. Peut-être que je force trop, que je vais plus loin qu’il ne l’est nécessaire. Je ne sais pas, j’ai l’impression que j’ai besoin d’une leçon là-dessus – à apprendre soigneusement et appliquer les théorèmes, tout cours est bon à prendre, de toute manière.

Ensuite, c’est brièvement le plafond que je fixe. Les gens qui comptent. Pour un peu, j’ouvrirais grand mes mains et déplierais mes doigts. Un, deux, trois. Oh non, je ne vais pas faire cela. C’est horrible, ça paraît presque malsain. Quatre. Cinq. Six ? Qui rentre en compte ? Et tout ceux qui devraient, mais ne peuvent plus me voir, dont je n’obtiendrais jamais le pardon ?
Qui allumera ce feu à mes côtés et fera résonner son rire en écho avec le mien ?
« Je ne sais pas. Ça dépend de ce que tu appelles beaucoup. »
C’est toujours une histoire de mots.
« Tu viendrais, toi ? »
Pour démarrer le feu. Piquer les marshmallows sur des brochettes immenses. Me parler, encore, raconter ses histoires et presque me promettre qu’il y aura d’autres fois, qu’il y a énormément de choses qu’il a à me montrer, pour occuper nos lendemains.
Recréer des images – jusqu’à l’overdose de ma présence.
« C’est toi qui est adorable. »
Je souris, manque rire même, presque. Ainsi, je dois m’estimer en sûreté. Dans l’immédiat, il n’imagine pas se débarrasser de moi, mais ça doit être dû au fait qu’on ne se connaisse pas tout à fait, encore.

« Pip. Comme le héros des Grandes espérances. »
Je suis pratiquement sûre qu’il a saisit la référence, et mes lèvres s’étirent, plus encore, pour découvrir mes dents. Pip, ma petite boule de poils bien loin d’entretenir un autre rêve que celui d’une bonne sieste et d’une gamelle remplie. Ce que la vie a d’évident, lorsqu’elle est instinctive.
« Un cactus serait peut-être le compagnon idéal, dans ce cas. »
Je plaisante, pourtant la contradiction avec ce qu’il m’a dit plus tôt ne m’a pas échappée. Du temps à revendre et à peine le temps. Je suppose que d’autres raisons entrent en jeu.

Changer, de, vie. Ce n’est pas revenir en arrière comme je le souhaite ardemment. Ni régresser comme nous semblons le faire, avec ce petit jeu des trois mots pour réponse, digne des quelques neuf années dont mon âme doit être vieille.
Changer de vie c’est polir ses facettes, en resculpter certaines, effacer de sa carte certains des chemins pris. Je manque m’écrier, pourquoi ? Mais il ne le faut pas. Ça ne serait pas du jeu.
C’est indiscret.
En revanche, est-ce que les commentaires plats et idiots sont tolérés, en intermède ?
« C’est toujours possible, non ? »
À toi, maintenant, et ne réfléchis pas, pas trop.
Les trois choses que j’aime le plus au monde.
Le moteur de mes pieds, mes jambes à se dresser, au petit jour.
« Mon entourage. Le soleil. »
Trois choses, trois choses. Je m’accorde une seconde pour questionner, au plus profond, mon inconscient, mon coeur ?
« Et je dirais les mots. Ceux des autres, mais pas que. Les mots… en général, est-ce que tu vois ? »
Les mots que ma poitrine renferme et qui contiennent en eux-même l’univers tout entier. Les mots pour les milliards de possibilité d’expression qu’ils offrent. Est-ce qu’ils suffisent, dans les courbes de leurs lettres, à m’agiter, remuer la vie en moi ?
Ce qui me fait sentir vivante.
Je réfléchis encore, soucieuse, en bonne élève, de lui donner une réponse.
« L’air. » Frais, doux ou parfumé, qui emplit mes poumons. « La musique. » Vibrations ultimes du violon contre moi. « Et… »
Oh bon sang, bon sang.
Trois éléments de réponse, je cherchais le dernier quand l’évidence m’a frappée, m’a giflée violemment. Bon sang, bon sang. Je porte la main, instinctivement à ma bouche pour la barrer. Bon sang c’est ça, la vérité.
La musique et l’air et la souffrance.

Calme-toi, reprends une contenance.
Respire, retire cette main de là.
Respire.
L’air sans caractéristique qui emplit tes poumons.
« Ce… ce jeu est terrible non ? »
Tu respires, et voici la sonate de ta voix presque tremblée – accorde-la mieux.
« Et… et toi ? »
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Dernière édition par Rose H. Berry le Ven 6 Oct - 21:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Ven 6 Oct - 12:36

De la tendresse. Il n’en a pas beaucoup pour sa personne, en effet. Il n’en a pas beaucoup tout court. Il ne s’est jamais réellement demandé pourquoi. Cela ne questionne personne en général. Il n’est pas le seul être humain sur terre à faire preuve d’auto-flagellation continu. Loin de là. Alors non, ça ne dérange pas. Cela ne semble pas déranger Rose non plus, elle le met simplement en évidence. Elle expose un fait clair et précis. Il n’est pas tendre avec lui-même, il ne s’épargne pas. Que pourrait penser les gens de cette manière de faire ? Que dirait son psy ? Qu’il est en colère, contre le monde, contre lui-même et que c’est sa manière à lui d’extérioriser. Ou alors tout simplement que son estime de lui-même est à reconsidérer avec le plus grand sérieux. Y penser le fait sourire. Ce qu’il en pense lui, c’est qu’il est bêtement plein de sincérité sur le coup et que le meilleur moyen de ne pas les décevoir est de les prévenir au compte-goutte. Il est blasé et il aime dire du mal de l’amour, c’est son passe-temps favoris parce qu’il sait pertinemment que l’amour n’est qu’une invention. Bien que ce soit, de près ou de loin le plus grand commandement que la terre n’ait jamais connu, l’homme en a fait quelque chose de moche et de pervers dans lequel il est loin de se complaire. Il n’est pas non plus digne d’en arranger l’image, alors il ne s’en approche pas et le juge à tout va.

« Peut-être que je suis tout simplement sincère. » Pour changer un peu. « Et que je suis réellement ce que je dis être sauf que l’appellation semble déplaisante. » Bien que réelle.

Elle le répète encore, c’est fini. Ils ont donc cru que c’était magique, cru que cela pouvait exister. Il sourit. Il n’a pas eu tort. C’est si facile de se faire avoir dans ce tourbillon d’amour, de sentiments nouveaux, d’exaltation mais rien ne dure. Rien du tout et ensuite, c’est le résultat violent d’années gâchées, oubliées, détestées. Ensuite, c’est la déchéance. Le mal, la tristesse, le manque, les pleurs, la souffrance. Qui vendrait un peu d’amour contre tout ça ? Qui pourrait dire que l’amour pèse si gros dans la balance que ça vaut le coup ? Pas Damon. Jamais Damon.
Il hoche la tête en souriant. Il a compris qu’elle ne tient pas à s’expliquer à ce sujet et il peut bien le comprendre. Il essaie de se mettre à sa place et il refuserait de remuer le couteau dans la plaie. De plus, ça lui donne un mystère, un de plus puisqu’elle en a à revendre.

Il y a de meilleurs sujets de conversation. Il y a la mer, le soleil, la nouvelle promesse qui les fait sourire mais qui leur fait peur aussi. C’est peut-être la première fois qu’il croise quelqu’un d’aussi effrayé que lui à l’idée de « fréquenter » bêtement quelqu’un. Elle ne le dit pas, elle ne le pense même peut-être pas mais elle le ressent et lui aussi. C’est lui la bête sauvage à apprivoiser en général même s’il ne tente pas réellement de l’apprivoiser à proprement parler. Ce serait cruel, injuste. Cela changerait sa nature même et il serait le premier à le regretter. N’est-elle pas merveilleuse à rêver de canards, de fées et de nuages quand il lui parle de chat et de boissons chaudes? Il l’entend alors. Quand les premiers beaux jours seront là. Et mieux que de sonner comme une promesse, cela sonne comme une évidence. Oui, Damon, il y aura des beaux jours. Il finit toujours par en avoir.

« C’est parfait. De toute façon, on s’écrira. »

Encore ? N’ose-t-il pas demandé ? Parce que lui n’a jamais cessé et puisqu’elle change d’appartement, elle pourrait aussi changer de correspondant. Maintenant qu’ils se parlent, qu’ils discutent, qu’ils se sont vu et qu’elle est bien trop polie pour lui crier qu’elle pourrait être déçue, il ne peut rien deviner ou savoir de la suite. Est-ce qu’ils se reverront vraiment ? Est-ce qu’il y aura une suite ? S’il n’y en avait pas, serait-il déçu, au fond ?
Les blancs et les silences, il y en a eu beaucoup depuis le début de la conversation et ils sont passés inaperçus. Damon n’y a pas fait attention et ne les a pas trouvés désagréable. Le plus souvent, ils ont été instaurés par la demoiselle rêveuse en face de lui mais parfois, ils se sont glissés à cause de lui et elle les a respectés. Il sait qu’ils ne l’ont pas dérangé ou en tout cas elle ne l’a pas montré. Il sait la plupart du temps ce que les gens pensent ou plutôt ce qu’ils cachent mais il a encore beaucoup de mal à capter Rose. Il devine ses silences, il connaît ses non-dits mais il est loin de deviner le fond de ses pensées. Même pas la plus petite.
Au moins, il a la chance de pouvoir observer. Observer ses réactions, les apprendre. C’est comme ça qu’il fait en général pour connaître les autres, bien plus qu’en parlant. Il a tout dit lâche-t-elle alors et il ne revient pas dessus même s’il sait qu’on ne dira jamais tout ni assez. Tout, c’est impossible. Il ne revient pas dessus parce que, puisqu’ils parlent de silence, il en laisse traîner un au-dessus de leur tête, le temps de passer à un autre sujet.

L’idée du caméléon. L’idée de glisser de vie en vie, de ville en ville et de maison en maison sans jamais y trouver sa place. Comme Rose le dit si bien, toujours composer avec. Se jouer des autres avec dextérité, se jouer de lui-même sans en avoir conscience. Rire quand il le faut et surtout, ne jamais pleurer. Etre fort, avoir le pouvoir, avoir la main et le contrôle sur tout, ne jamais se laisser dépasser tout en se faufilant. Etre respecté et admiré sans être trop vu à la fois. Un mélange de couleurs et de contradictions inexplicables. Est-ce qu’il s’en sort ? Oui, il le fait parfaitement. Personne ne le devine, personne n’arrive à le comprendre, personne n’y touche assez pour y voir les fêlures. Personne jusqu’à ce que de l’encre noir vienne se poser sur toutes ses couleurs pour montrer au monde la Vérité. Montrer au monde que ce n’est qu’une armure et que lorsqu’elle se dévoile vraiment. Tout est noir.

« Très bien même si je suppose que tous les caméléons ont eu leurs heures de gloire puis ont connu la déchéance. Heureusement, je n’y suis pas encore. Je compose très bien avec tout ça et toi ? Il y a des choses que tu n’as jamais osé avouer ? »

Puis elle se demande ensuite ce qu’il qualifierait de beaucoup. Il y réfléchit deux secondes. Plus que les doigts des deux mains réunis ? Oui ceux qui comptent, s’ils sont plus nombreux que ça, c’est qu’ils sont beaucoup. A ses yeux.

« Plus que 10. Si tu veux que je vienne, oui. Pourquoi, tu pourrais m’ajouter au groupe de « ceux qui comptent » ? »

Le chat s’appelle donc Pip. Il sourit en repensant au livre de Dickens. Lui aussi aime Pip mais il n’aurait sûrement jamais eu l’idée de donner son surnom à un chat. Il penche légèrement la tête. Elle est bien plus tordue qu’elle ne l’avouera jamais. C’est tellement touchant au fond mais ça, inutile de lui dire. Elle vient déjà de lui lancer un compliment à la volée qu’il n’a pas su rattraper et à juste titre. Ne lui en a-t-il pas fait un juste avant ? Un cactus ? Il vit presque seul. Il survie dans les pires conditions imaginables.

« J’aime le nom du chat. On doit donner un nom à son cactus aussi ? »

Il la taquine encore parce qu’il sait qu’ils s’éloignent beaucoup de l’idée de l’animal de compagnie, même totalement. Elle lui demande alors si ce n’est pas toujours possible de changer de vie. Si, ça l’est. Elle a raison et il le sait. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, non ? Il sourit.

« Si. Il faut en avoir la force. La volonté ne suffit pas parfois. »

Et il sait de quoi il parle. Puis la suite du jeu. Elle lâche ses mots et là encore, il essaie de les analyser mais pas besoin cette fois. Ils sont clairs. Tout du moins les deux premiers. Son entourage, le soleil et les mots. Pas juste les siens, ceux des autres. Elle aime les mots, elle aime le silence. Ce ne doit pas être difficile de lui plaire à la demoiselle.

« Je vois. »

Ou peut-être pas entièrement mais juste assez pour comprendre les siens. De mots. Enfin ce qui l’aide à se sentir vivante, la faire vibrer. Il entend d’abord la musique. C’est sa réponse à lui aussi, puis il repense au premier. L’air ? Sinon comment respirer ? Une bonne et profonde respiration et puis… Le silence. Il voit le mot sur le bout de sa langue. Il sait qu’il est presque sorti, qu’elle va le dire. Il le voit faire même et pas besoin d’être un expert pour le comprendre quand elle pose sa main sur sa bouche pour qu’il ne sorte pas. Il a envie de lui hurler allez, dis-le. Pas la peine de le cacher. Peut-être qu’il saurait, qu’il comprendrait, que là encore, il aurait le même mais elle le retient et un petit soupir est lâché de son côté. Finalement, peut-être qu’il aurait été trop violent pour lui, pour elle. Fébrile, tremblante, elle s’en remet doucement en rappelant que ce jeu est terrible. Est-ce toujours tant que ça un jeu ?

« La musique, comme toi. Mes amis et… » Il lui sourit. « Il est terrible oui. » Il réfléchit. « La liberté. » Il lui prend la main, celle-là même qui a bloqué ce mot quelques instants plus tôt. Elle est douce mais encore un peu plus blanche d’avoir dû faire tant d’effort. Il y fait une légère pression mais elle est si petite qu’il n’y met pas de force. « Merci pour le « franc jeu ». Je crois qu’on a eu assez d’émotions pour la moitié d’une vie. » Il la relâche aussitôt et coupe court à leur torture. C’était aussi révélateur, libérateur que destructeur. « Je me demandais… Sans jeu, sans obligation de réponse. Après cet amour, tu serais prête à recommencer ? Tu penses que ça en valait la peine ? »
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Dim 8 Oct - 16:29

Mieux en vrai ?
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« Tu as de la chance si tu sais exactement ce que tu es. »
Je lui réponds sur un ton plus taquin qu’autre chose, quand bien même la phrase avait l’air sérieuse. Son argument ne tient pas le coup, d’autant plus à mes yeux, alors que je ne crois pas qu’on puisse parvenir à connaître les autres, ni véritablement soi-même. Ça semble difficile. Il faut chercher, creuser longtemps, et la quête est ardue ; ce serait plus évident de s’accoler des adjectifs de la manière la plus partiale qui soit. Vieux jeu, blasé et terre à terre, sincère par-dessus la marché, ce qui implique qu’il est lucide sur son propre compte. Voilà une connaissance qui doit lui rendre le quotidien drôlement plus simple.
Désolée, Damon, mais j’ai du mal à y croire.
Et ce même si ça me place dans une position contradictoire par rapport à tout ce que je peux penser – et il y en a, tellement.
« Peut-être que ça l’est, réel, je veux dire que je ne suis pas la personne indiquée pour brosser ton portrait. Seulement, ce n’est pas comme ça que tu es avec moi, alors je ne te percevrai jamais de cette manière. »

De façon réciproque, tant que je ne fais pas de gros faux pas, mes vilains secrets sont en sûreté, et mon apparence ordinaire à peu près sans fissure.
C’est plus facile de conserver tout ça par discussions écrites et différées, n’est-ce pas ?
Pourtant, nous allons nous revoir. Pour de vrai. Voir le soleil et l’eau lorsque l’hiver cédera un bout de son terrain à des journées plus belles – il y en aura. Je le sais. C’est une des certitudes les plus belles et les plus fortes. Il y aura d’autres jours pas forcément plus beaux mais différents, et de nouvelles images, d’autres souvenirs heureux à rappeler dans les heures d’ombre. Il y aura d’autres mots à lire de lui. Je n’ai jamais pensé interrompre nos échanges parce que nous nous connaissons désormais de vue.
« Bien entendu. Il faudra que tu me dises, d’ailleurs, si ton avis évolue avec une deuxième lecture. »
Légèrement, je lui désigne du menton Roméo et Juliette. C’est selon moi une des plus grandes richesses des livres, le fait qu’ils vivent un peu avec nous.

Après celle de la multiplicité des silences, l’idée du caméléon me plaît assez. Changer sans cesse. Évoluer. Les couleurs se modifient au gré du paysage et des rencontres. Être capable de s’adapter à tout. Nul doute que c’est une qualité précieuse ; est-ce que c’est triste aussi ? Est-ce cela implique que son essence, on l’ait perdue, ou bien on se la cache ?
« Ce sont de jolis animaux, mais je crois que leur espérance de vie n’est pas très longue. »
Tu te perds, toi aussi, tu t’es complètement perdue dans cette image. Reviens du monde des métaphores ; le caméléon en lui-même n’est pas ici la question.
« Mais je suppose que ce qui importe avant tout est d’être bien tel qu’on l’est. Que je n’ai jamais osé avouer… oui, bien sûr. Ce doit être le cas de tout le monde j’imagine. »
On ne se demandera pas quoi. Oh que non. On préférera s’interroger sur la signification du mot beaucoup. Un si long mot pour ne pas parvenir, au final, à le saisir et à le prendre – Damon dit, plus de dix. Tous mes doigts dépliés, dans ce cas. Dix personnes, toutes celles qui comptent ; est-ce que ce serait assez ? Il y a tout ceux qu’on a perdu en route. Ceux avec qui les verbes qu’on leur accolle doivent se conjuguer au passé. Mais eux, j’emporte toutes leurs images où que j’aille avec moi, et ainsi c’est comme si leurs fantômes me réchauffaient et me blessaient le coeur.
« Alors non, on ne serait sûrement pas beaucoup. Si tu es prêt à venir, c’est que tu dois faire partie de ce groupe. »
Une pause. Un bref silence qui ne nous effraie pas.
« Ça risque d’être étrange mais… tu sais que je t’apprécie, Damon… j’allais dire beaucoup, tiens. »
La discussion prend justement un ton de plaisanterie au sujet des animaux de compagnie. Puisqu’il estime ne pas pouvoir s’en occuper d’un, je lui ai proposé d’adopter un cactus, qui à ma connaissance est un des êtres vivants le moins exigeant en matière de soins. Je prends un air faussement sérieux lorsqu'il est question de lui donner un nom.
« Tu peux. Tu pourrais l’appeler Estella par exemple. »

Cependant, ça s'affaisse vite. Des possibilités qui nous seraient toujours offertes ? L'espoir et la vie allant ensemble, forcément ? Je m'inquiète de l'entendre prononcer les termes de force et volonté, peut-être parce que je sais que si elles sont nécessaires pour continuer, je ne les possède pas.
« Mais quand on ne sait pas où l'on va, ni ce qu'on veut vraiment ? »

Le jeu est un genre de dédale, à la fois enfantin et étrangement profond. Il faut chercher les mots, les mots qu’il faut, mais pas trop longtemps non plus. Trouver les bons mots pour traduire ce que nous sommes, ce qui nous fait vibrer et ce à quoi nous aspirons. C’est drôle, qu’après nous être donné tant de mal pour tirer ces mots-là de nos abysses, ils ont l’air de ne rien désigner du tout. Ou pas grand-chose. Les profondeurs de l’autre sont trop épaisses pour que nous parvenions à tout comprendre. Il y aurait trop à découvrir encore, et ce jeu-là, au travers des mots clefs, permet à la fois de déchirer et d’appliquer de nouveaux voiles.

Pourquoi diable l’ai-je lancé ?

Ça paraît évident, pourtant je ne me l’étais jamais avoué. Ce qui me fait savoir que je suis bien en vie, que ce n’est pas un rêve, une gigantesque mascarade qui déferle devant mes yeux, seconde après seconde, et que ce n’est pas non plus la mort quand je les ferme ? Ce qui me fait savoir que j’ai tenu bon jusqu’à aujourd’hui ? J’ai survécu hier, le jour d’avant et toute la suite ; et sans doute que je peux encore, un moment, encore.
Tu sais pourquoi ?
Mais grâce à la souffrance, bien sûr.
On dit somatiser quand elle devient physique, elle qui est purement issue de mes affects. Comme des sonnettes d’alarme, un fracas de symptômes me remuent pour me dire : ça ne va pas. Des fibres douloureuses se tissent et s’éveillent à l’intérieur de mon corps. Ça ne va pas et pourtant. Tant que tu es en vie, il y a de l’espoir ?
Plus que l’air aux températures et aux parfums changeants qui gonfle, s’extrait de mes poumons, plus que tous les assemblements de notes qui remuent l’âme. Plus que tout, les paysages, les sensations. Et maintenant, comme ça me paraît évident… et c’est terrible, ce jeu en entier l’est. Mais quelle idée vraiment, c’était complètement stupide de lancer ça. J’aurais mieux fait de lui demander sa couleur préférée ou n’importe quel autre genre de chose aussi inoffensive.
Pas de risque comme ça.
Plus que tout ce qui m’environne, plus fort que toute ma volonté pour tendre les lèvres, adresser des sourires et prononcer que tout va bien avec conviction. Plus fort que moi, le soleil, tous mes proches et ces mots dont le rôle est parfois ambigu.
Rosie, si ça devient trop dur, vois au moins à quel point ça peut être positif : c’est facile de te faire mal. Il suffit de penser, de remuer des couteaux plus pointus dans tes plaies toujours ouvertes. Ce sera facile de redescendre, de tomber encore plus bas, jusqu’à la chute dans l’infini.
Alors cesse de te plaindre et reprend une contenance.
Ne joue pas à l’enfant.
Pourtant, je m’en sens une. J’ai laissé retomber ma main sans fracas sur la table – elle est comme morte, et Damon pose la sienne dessus et la presse doucement. Je dois avouer que ce geste de soutien, de réconfort, me fait du bien et me porte à penser qu’il a compris. Il sait exactement quel ensemble de lettres traçaient sa route jusqu’à ma bouche.
Mais ça suffit. Nous ne les pousserons pas à sortir ; je ne peux pas le dire, c’est cru, c’est laid, et à quoi bon ? Pourquoi étaler nos horreurs au grand jour, ou plutôt, sous la lumière artificielle qui fait tout ressembler à un laboratoire ? Ça suffit. Il n’en n’est nul besoin. Pas plus que d’émotions supplémentaires. Le jeu est terminé.
« Merci à toi. »

J’ai posé mon regard sur nos mains, mais sans les voir vraiment. C’est comme fixer un feu de cheminée ; ça permet aux pensées de gambader ailleurs, de s’endormir, reposer son esprit après quelques agitations. Les secondes, flottantes, passent et me bercent et je sais que je suis désormais tout à fait calme. C’est sa question qui me fait revenir peu à peu à la réalité, mais vraiment en douceur. Mes deux yeux se relèvent et cherchent les siens, pour y lire une raison qui ne s’y trouvera pas. Pourquoi se le demandait-il.
« Je crois que oui… si je pouvais ravoir ce que j’ai eu, je retenterais ma chance, parce que ça a été les plus belles années de ma vie. On ne peut pas regretter d’avoir été heureux. Enfin, je dis cela mais en vérité… c’est juste hypothétique, je sais que ça ne m’arrivera jamais. »
Plus. Jamais. Pas avec mes problèmes.
« Peut-être que je le dis aussi parce que, la dernière fois, c’est entièrement ma faute si ça s’est terminé. Ça ne… ça ne s’est pas éteint petit à petit. »
Et plus, jamais, à cause, de mes problèmes.
« Est-ce que… malgré tout ce que tu m’as dit penser là-dessus, tu crois que ça pourrait t’arriver un jour ? »
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Lun 9 Oct - 12:43

Il entend, bien malgré lui, le ton légèrement moqueur de Rose. L’air de rien, presque comme un simple petit pétale qui se pose, elle fait entendre son avis à la manière d’une véritable travailleuse sociale. Elle lui laisse le choix de le prendre de la manière qu’il le souhaite. Comme si c’était sincère ou tel qu’elle est en réalité. Une petite pique ironique tellement bien placée. Damon est du genre à fuir devant bien des choses, surtout l’attachement et ce qui se rapporte à son passé mais devant l’ironie, il est respectueux, bienveillant et surtout, il l’a dans la peau. L’ironie est aussi une de ses armes maîtresses. Il les utilise rarement mais quand il le fait, c’est affectueux. Or, l’ironie de Rose lui plaît et lui fait clairement entendre et comprendre ce qu’elle dit en réalité. Il le prend donc vraiment bien. Il l’accueille tout simplement et la suite également. Celle où elle lui explique qu’il ne se montre pas ainsi avec elle et qu’elle ne pourrait jamais le percevoir de cette manière. Il sourit et balance la tête. Elle est attachante, cette révélation. Trop  attachante.

« Je vois exactement ce que tu veux dire mais puisque tu ne m’as jamais parlé de ton amour pour une autre personne à proprement parler, ni avant, ni maintenant, tu ne peux pas savoir si oui ou non je ferais tout pour détruire tes croyances si j’en avais la possibilités. » Et il sait qu’il le ferait sûrement parce qu’il l’a déjà fait, avec Jayson. Il réfléchit avant de rajouter, d’une voix douce.  « Je ne peux prétendre me connaître entièrement, c’est vrai mais il y a des choses que je suis certain de savoir. Mon avis sur l’amour par exemple, à moins qu’il n’évolue, est ce qu’il est et je me plais à le partager avec qui a besoin de l’entendre. Puisque ton histoire est révolue et passée et que tu sembles assez consciente du fait que les histoires d’amour finissent mal en général… Je n’aurais aucun intérêt à te le rabâcher et c’est tant mieux pour toi mais ça ne veut pas dire que ça n’arrivera jamais. » Il lui sort un beau sourire à présent. « Alors oui, vieux jeu, rabat-joie et blasé à ce sujet, je le suis réellement. »

Il l’est, heureusement ou pas mais il n’a pas encore changé d’avis à ce sujet. Il sait que, souvent, son avis semble trop dur à assimiler, surtout avec ses amis mais cela ne l’empêche pas de le ramener sur le tapis et de rappeler aux autres, dès qu’un couple se brise qu’il l’avait bien dit. Il ne s’attend qu’à la fin de l’amour avant même qu’il n’ait commencé. Elle lui précise alors qu’ils s’écriront toujours, n’ayant pas remarqué son questionnement profond à ce sujet. Elle le dit avec le plus grand naturel, comme si c’était une évidence. Ils continueraient à s’écrire.

« Je le lirais pour la quatrième fois au moins mais oui… Je suppose que ce livre aura une autre connotation à mes yeux de toute façon à présent. »

Pas parce qu’il a changé mais parce qu’il lui vient de Rose. Parce que c’est un cadeau, le tout premier. Il lui est donc précieux quoi qu’il arrive. Le sujet sur les caméléons lui permet de dévier et de ne pas avoir à trop s’expliquer sur ses paroles. Il rigole même de la remarque de Rose, sortie de nulle part sur les caméléons. Elle peut vraiment paraître tordue à ses heures perdues. Heureusement, ce n’est pas ce qu’il en pense. Non, ses élucubrations le font même plutôt rire.

« Quand on était jeunes et cons, on avait l’habitude de leur coincer des pétards dans le coin de la bouche et ils avaient soit tendance à le garder et à exploser soit tendance à l’avaler un peu et à… Ben exploser donc je dirais aussi qu’il ne sait pas énormément se défendre. Si je devais être un caméléon, je devrais en inventer une nouvelle sorte. Le caméléon de combat… Plus vif, plus rapide, plus malin aussi. Mais oui… Oui, on peut dire qu’il est beau. Oh et ils fument le joint comme des rois. Personne ne peut être aussi rapide qu’eux.»

En ça aussi, il pourrait leur ressembler mais rien de ce qu’il vient de dire à Rose n’est mignon ou adorable. Puisqu’elle aurait pu paraître tordue, c’est lui qui l’est à présent avec ses anecdotes d’antan. Oui, ils étaient de véritables petits monstres.
Il se demande alors s’il est bien tel qu’il est, encore. Il sait de source sûre que l’homme est rarement satisfait de sa vie et de sa condition et il ne fait pas exception mais il ne saurait pas comment faire différemment non plus alors il s’en contente. Oui, il s’en contente tout simplement. Elle aussi, Rose, elle a ses secrets et puisqu’il n’a pas osé lui dire les siens, il ne lui demandera pas. Il ne lui demandera rien. Si elle voulait en parler, elle l’aurait déjà fait. D’ailleurs, elle ne se gêne pas pour affirmer ensuite qu’elle l’apprécie beaucoup. Elle s’en excuse presque, prévient pour l’étrangeté de l’annonce. Heureusement qu’elle l’a fait même si cela ne rend pas la claque moins forte, moins surprenante. Non, Damon se la prend en pleine face et il sait qu’il ne doit pas prendre ses jambes à son cou parce qu’il SAIT que ce n’est pas normal de vouloir s’enfuir pour une simple appréciation. Ce n’est pas normal alors, il reste et il sourit et il hoche la tête parce qu’au fond de lui, il a également conscience de la réciprocité des propos, du sentiment. Pourrait-il le dire maintenant qu’elle l’a lancé en premier ? Pourra-t-il ? Si peu certain de mériter un tel attachement, il ne peut pour autant le rejeter parce qu’il y tient. Un peu, beaucoup aussi tiens. Il faut réellement qu’il réponde quelque chose, ça aussi il le sait parce que cela paraîtrait aussi bizarre que le silence de plomb après le cadeau. Pire.

« Ca me touche » Voilà, il a réussi à dire quelque chose. De sincère. De vrai. « Tu ne crains pas d’être attachée au garçon des lettres et de te rendre compte ensuite que tu t’es trompée ? Est-ce qu’une rencontre suffit à ce qu’on puisse se dire qu’on tient l’un à l’autre ? » Il la fixe, sans jugement ni animosité, non, il est plutôt sincère, tendrement sincère puis il rajoute, dans un souffle, un sourire, une fin de phrase plus silencieuse. « Je philosophe mais moi aussi, je t’apprécie. »

C’est juste difficile. Difficile de le dire, de l’avouer, de l’avaler de faire avec. Difficile de devoir continuer à vivre avec alors qu’il préfèrerait sûrement l’ignorer. Quelques temps et peut-être plus. Difficile de s’attacher sans craindre le détachement. Peut-être un peu moins maintenant. Peut-être un peu moins avec elle puisqu’ils sont amis et que ses amies, il les garde toujours précieusement. Pourtant, il reste ce mensonge qui plane sur leur tête et c’est peut-être celui-là même qui lui donne envie de la garder à distance. Finalement, le cactus lui irait sûrement bien. Il n’a besoin de rien pour survivre. De loin, il est beau à voir et dès qu’on s’en approche trop, il est bien trop piquant, trop douloureux.

« Pas sûr que ton Pip à toi puisse l’apprécier. Il risque d’y perdre ses griffes. »

Il continue pourtant à badiner, l’air de rien. En fait, cela lui fait du bien. Il entend cette fois le questionnement de son amie. Elle lui pose alors une question bien plus profonde qu’il ne l’aurait imaginé. Alors, elle en est là ? Perdue dans ses propres désirs, ses volontés ? Est-il si loin d’elle finalement ? Et puisqu’ils sont amis, que peut-il lui répondre pour l’aider à en sortir.

« Quand tu dis on… Tu parles de toi ? Je crois sincèrement qu’on peut trouver des réponses si on les cherche vraiment. Si on en a vraiment besoin et quand on a besoin d’aide pour trouver ses réponses, se poser les bonnes questions, il y a toujours quelqu’un pour nous aider. Un ami, un frère ou un psy. »

Rajoute-t-il amusé. Et enfin, ce jeu prend fin, il cesse de les tourmenter un à un. Il est bien. Il est drôle mais leur noirceur à tous les deux en a fait quelque chose de terrifiant. Heureusement, Damon y met fin, il l’arrête avant que l’un d’entre eux ne se perde dans ses mots. Et même si Rose dit les aimer tant, ses mots, il sait que certains peuvent faire mal. Si mal que jamais il ne s’efface alors qu’ils ne sont gravés sur aucun papier. Elle le remercie. Sûrement d’avoir pris l’initiative d’arrêter le massacre et de les sauver et finalement, elle répond à sa question. Elle l’éclaire et il se demande si c’est de la naïveté ou empli de sincérité. Revivre le bonheur pour le laisser finir à nouveau. Au final, revivrait-il les moments de bonheur avec sa mère même s’il en connaissait la fin ? Inchangeable, irrémédiable. Peut-être que celle de Rose l’est, changeable.

« Pourquoi tu sembles si prompt à annoncer si souvent que quelque chose ne t’arriveras jamais ? D’abord tout à l’heure avec mon caractère et maintenant avec l’amour ? Tu m’aurais caché des talents de voyance ? »

Il arque un sourcil, certain que ce n’est pas lui qui essaierait de défendre l’amour mais vu la personne pleine de romantisme avec qui il a discuté par le passé, il ne peut mettre sa main a feu en affirmant qu’elle ne le vivra plus jamais, qu’elle ni croira plus jamais. Même si au fond, ce serait préférable. C’est bien ce qu’il prône en longueur de journée non ? L’amour, c’est merdique et on peut choisir de le vivre ou pas. Ca ne nous tombe pas dessus. C’est impossible. Alors quand Rose lui pose finalement la question. Il ne sourcille pas avant de répondre à la négative.

« Juste par curiosité. Mais… Qui sait ? C’est tellement facile de dénigrer un sentiment que je pourrais me faire avoir un jour. Ne dit on pas souvent l’arroseur arrosé ? »
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Mer 11 Oct - 20:58

Mieux en vrai ?
Damon & Rose
Tandis qu’il parle et bien que je reste attentive, je ne peux pas empêcher mes yeux de se baisser et de s’enfuir vers le sol qui forme comme un grand échiquier. Dalle blanche, dalle noire. C’est un piano, un tapis de neige taché de carrés d’encre. Blanc puis noir, blanc et encore noir, séparés par des rainures qui me paraissent profondes. Ce n’est pas vrai, je le sais. Ce ne sont pas des ravins linéaires qui séparent les carrés blancs et noirs – noir sur le blanc, ou bien l’inverse ? Quelle importance ? Il me semble pourtant, d’une manière obscure, que ceci doit avoir un sens, ceci ou autre chose, je ne sais pas quoi. Je cherche une signification à apposer un objet, pour me sentir tranquille pour un moment.
Si je pose le pied gauche sur une dalle noire en premier, est-ce que cela me portera malheur ?
Que pourrait-il bien m’arriver de pire, que la répétition de toutes ces pertes que j’ai déjà connues ?
Je l’ignore, mais je fais confiance à la vie pour se montrer très inventive de ce côté. Tout comme elle est capable de dénuder le ciel quand il promettait de rester sombre des semaines entières ou de faire arriver n’importe quoi de beau, d’étrange, en tous cas d’imprévisible, juste au coin de chaque rue.
La vie, la vie, je crois qu’elle ne présente pas d’autre choix que de perdre, parfois. Et ça fait mal, bon sang… comme les coupures restent lancinantes longtemps, très longtemps, après que la lame ait déchiré la peau. Bon sang, ce que ça peut faire mal. Mais qui peut donc m’apprendre, comment faire autrement que d’accepter d’avoir, et d’accepter le risque et de perdre parfois ? La joie se joue sur des coups de dés. Et bien que la douleur soit coutumière, je ne m’y fais pas… et je continue de tomber dans le piège. Je ne sais pas comment faire, pour refuser d’avoir ce que les jours m’apportent, et que je risque de perdre.
Comment ne pas éviter le danger.
C’est ma part lumineuse, celle qui tendra la main encore, qui la refermera en s’efforçant de ne pas se dire trop fort, que sa prise n’est pas sûre. Je suis fragile et abîmée, mais j’agis en enfant – je suis naïve. Peut-être. Je suis usée, et même désa, désabusée, un peu. Mais je tente, toujours, je continue de croire.
C’est mon côté clair, le peu de blanc intact auprès de toute cette boue – noire. Ce serait bien laid de ne plus l’avoir – que serais-je d’autre qu’une fille amère, triste et aigrie, insupportable ? Oh je ne le voudrais pas savoir. Tandis que la conversation marche sur le fil de la rainure, en oscillant, moi j’emploie des mots blancs, pour contraster avec les siens. Ou j’essaie.
« Alors disons que je te fais confiance. Je ne peux pas être sûre que tu n’essaieras pas un jour ou l’autre de ternir la vision que je peux avoir de n’importe quoi, comme tu le dit… mais je te fais confiance pour que ce soit comme ça l’est depuis le début entre nous. »
C’est-à-dire un échange, vrai et respectueux, sincère autant que ça l’est possible avec nos réserves respectives. J’avoue que je plaisante presque, en reprenant ses paroles, mais pour le reste je suis sincère.
Il insiste et répète ses adjectifs peu reluisants en rythme ternaire, blasé, vieux-jeu et rabat-joie, à moins qu’il ne les ait placé dans un autre ordre. Mais bref. Je passe. Il peut bien dire ce qu’il veut sur son compte, j’imagine que ça fait partie des droits fondamentaux qu’une personne doit avoir. Les mots restent des mots, malgré leur beauté folle à en mourir, des assemblages de lettres, de la calligraphie, et si je veux, je peux ne pas y mettre de sens.
Ne laisser que du vide derrière les minuscules et capitales.

Parfois les mots m’échappent et je ne sais pas quoi mettre sur ce que je vis, sur ce que je perçois ou doit décrire ; c’est la définition d’un traumatisme, cette fugue. Parfois j’ai l’impression qu’ils me parcourent les veines à toute allure, et leur course me réchauffe.
Parfois les autres ont juste ceux qu’ils fallait, ou ceux que l’on attendait pas mais qui collent, parfaitement. Parfois ils ont les mots qui sauvent. Parfois les mots qui restent obscurs, et peu à peu à force des lectures et du passage du temps, ces mots s’éclairent ou semblent prendre une toute autre teneur, jusqu’à former un ensemble différent.

Nous parlons des caméléons.
Je crois que je n’en n’ai jamais vu de ma vie, ou si, peut-être une fois. Ou deux. Quoi qu’il en soit, la représentation que j’en ai est plutôt floue et mis à part quelques informations de base, je ne sais rien à leur sujet. Je les trouve plutôt beaux – peut-être que de près, ils me plairaient pas, mais ils fournissent d’assez jolies images. Ils n’étaient qu’une image, jusqu’à ce que je sorte cette réflexion sur la durée de leur existence, et voilà que Damon me raconte ce qu’étant plus jeune, il leur faisait subir. Pauvres caméléons.
J’écoute, à la fois surprise et, non pas amusée mais non plus dégoûtée, trop à distance des choses pour ressentir cela, comme un mélange des deux. Rien de sérieux en résumé. Je me demande comment l’idée lui est venu de mettre des pétards dans la bouche de ces petites bêtes.
« Mais quelle horreur… attends, tu en as fait fumer aussi ? »
À quelques années d’intervalles, moi j’épousais mon lapin en peluche, à l’heure où j’étais censée dormir, et sans prononcer le moindre mot.

Lui dire de but en blanc, comme ça, sans crier gare, que je l’apprécie réellement, c’était assez étrange. Bien assez pour que je me le reproche, tout de suite après, et notamment en voyant qu’il ne parvient pas à réagir – il a l’air interdit. Mais ça m’était naturel, c’est tout. C’est sorti presque tout seul.
J’attends.
J’attends en me retenant de me mordre les lèvres.
Ce n’était pourtant pas défendu, de le dire ?
En quoi est-ce que ça peut-être terrible à ce point – emploierais-je le terme choquant ?
J’attends, et puis il finit par reprendre la parole, lentement. Il me répond qu’il est touché.
De rien, Damon.
Je suis soulagée de ne pas avoir déclaré quelque chose qui laisse parfaitement sans voix, ni de déplacé.
« Non, ça paraîtrait superficiel que de prétendre qu’un lien indéfectible peut naître dès la première rencontre – quoique… Encore une fois, je te fais confiance. Et se tromper ne signifie pas forcément que la réalité est en-dessous de ce qu’on imaginait. Il y a de bonnes surprises, aussi. »
Je pourrais lui renvoyer cette question, surtout que je suis parfaitement au fait dans ce cas-là, et d’autant plus à présent qu’il ajoute, alors que je ne m’y attendais pas du tout, qu’il m’apprécie également. Tenez, je brûle de le lui demander. Mais non, non, ça risquerait d’être à nouveau bizarre ou de nous entraîner sur un terrain glissant, sait-on jamais. Je force mes lèvres à se clore et à ne s’étendre que sur un fin sourire.
« Merci. Je suis touchée aussi. »

Damon, mon nom est plein d’épines, comme les cactus. Est-ce qu’on peut être néfaste pour soi-même ?
Oh que oui.
Bien sûr.
Qu’as-tu cru.
« Pip aime à peu près tout ce qui ne touche ni à sa nourriture, ni à son lit. »
Jusqu’à quelle distance minimale est-ce qu’on peut réussir à les faire oublier, toutes ces épines, à faire en sorte que les autres ne les voit pas trop ? Jusqu’à quel point peut-on prétendre, et rire lorsque déjà, la joie se refroidit, la joie s’endort. Que ne restent plus que des cendres grises, glaciales, qui recouvrent toutes les routes. Jusqu’à brouiller la carte.
« On est un pronom très pratique. »
Je n’ose rien dire de plus et m’accorde le temps de remuer légèrement sur mon siège et de remettre en place une mèche de cheveux qui n’en n’avait pas besoin. C’est pitoyable et machinal. Mais mes doutes ne s’en vont pas. Son mot de psy me paralyse. Comme si j’allais jamais… de moi-même retourner dans tout ça, mis à part si je n’ai vraiment pas le choix.
« Bien. C’est… c’est rassurant alors. »
Dans le fond, il a sans doute raison.
Ce serait pratique si c’était le cas.
Parce que même tout au bout de ce qui se trouve le plus au bout, il reste toujours cela. Toujours cela si on a la force de ne pas trop courber la nuque. L’espoir, et les croyances. Il reste encore cela, on peut s’illusionner, jouer avec les mots pour se raconter tout ce qu’on veut. Et même, il a raison… on n’est que rarement seul. Il y a les autres – ceux qui comptent – et comme c’est soulageant.

Les croyances, il faut bien les raccorder un peu au réel. Tant pis si ça n’est pas très gai ou présage agréable pour le futur.
« Simple question de probabilités. Je ne devrais peut-être pas me montrer aussi catégorique, soit. Disons que les chances que ça arrive sont tellement faibles qu’elles peuvent être considérées comme négligeables. »
J’ai ri doucement lorsqu’il a parlé de voyance, parce qu’il n’y pas grand-chose auquel je crois moins sur cette terre, et que pourtant c’est vrai que je me comporte presque comme si j’étais capable de lire l’avenir. Lui a la sagesse de garder des réserves.
« Je parie qu’il y aurait un tas de gens qui seraient très amusés, si ça t’arrivait un jour. »
Des gens auxquels il aurait tenu certains discours à propos de sa vision d’un certain sentiment, en cinq lettres…

Mes mains entourent l’une des tasses posées plus tôt par la serveuse devant nous, celle qui m’est la plus proche. Oh, mais je l’avais complètement oubliée tiens. Un filet de chaleur ne s’en échappe plus.
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MessageSujet: Re: Mieux en vrai? [Rose] Jeu 12 Oct - 10:26

Je te fais confiance. Les mots ont une douce résonnance parfois. Brutales d’autres. Celle-là est la parfaite fusion entre les deux. Elle a confiance Rose, en lui. L’être le moins sincère de la Nouvelle-Zéelande. Celui qui ment sans sourciller, qui cache la vérité sans que personne ne s’en aperçoive. A part peut-être Jayson qui sait décrypter chez lui le bon comme le mauvais. Il le connaît depuis assez longtemps pour deviner quand il ment même s’il ne sait pas toujours à propos de quoi exactement. Il ne lui donnerait jamais sa confiance. Il n’est pas fou. Pourtant, il ne sait même plus depuis quand ils sont amis. Il a cessé de compter. Rose, elle, est là, physiquement depuis quelques heures et virtuellement beaucoup plus. C’est assez pour lui donner sa confiance sur leur relation. Il aurait envie de lui crier qu’elle est naïve mais au lieu de cela, un sentiment étrange fait irruption en lui, le secouant un moment.

L’envie irrépressible d’en être digne pour une fois. Si elle pose sa confiance entre ses mains, si elle le donne si facilement, sans monnaie d’échange. Pourquoi attendre qu’elle se rende compte qu’elle a eu tort ? Pourquoi la lui balancer au visage au lieu d’en prendre soin ? Et si pour une fois, il faisait les choses différemment ? Juste une fois, juste pour essayer. Ou parce qu’il sent qu’elle le mérite. Il serre la mâchoire, pesant encore le pour et le contre. C’est tellement simple dans sa tête, alors que les mots eux ne sortent pas. Il reste bloquer au fond de sa gorge. Il se refait le film. Il pourrait alors dire quelque chose de plus simple, amorcer la bombe.

« Tu entends quoi par là ? Bienveillant, amical ? On se découvrait surtout au début alors… Sans compter que le respect envers un tuteur est plus ou moins obligatoire. »

Oui, s’il éclaircit les choses, s’il sait exactement en quoi elle peut ou doit avoir confiance, cela faciliterait sûrement les choses. Le caméléon aussi peut l’aider, d’une certaine manière. Elle découvre un aspect de lui qu’elle ne connaissait pas et même si elle semble complètement dégoûtée. Il la fixe. Pire que dégoûtée. Elle ne fuit pas. Elle ne lui dit pas qu’au final, elle s’est complètement trompée sur lui et qu’elle le trouve ignoble. Il faut tout de même garder en tête que ce sont des histoires passées. Une anecdote et qu’elle est libre d’imaginer qu’il a mûri, grandi, qu’il est devenu quelqu’un de bien, de différent. Quelqu’un un peu moins comme lui, un peu plus comme Jayson. Quelqu’un de posé. Elle pourrait croire tout cela oui. Il ne peut s’empêcher de rire un peu devant cet air qu’elle fait. Elle est choquée mais curieuse.

« Oui. Je les ai d’ailleurs plus souvent fait fumer qu’exploser en fait… Je l’ai toujours trouvé très beau, au fond. J’étais désolé de les tuer, au bout d’un moment. »

Il vaut mieux préciser que ça lui a pris du temps avant de déplorer la mort des bêtes. Le temps de récupérer quelques morceaux de son cœur en bouilli sûrement. Ce que c’est bête un enfant. Autant que le silence qu’il laisse planer entre eux, par peur, par sécurité, par bêtise.
Elle ne semble pas effrayée de la réponse qu’il pourrait donner mais peut-être un peu par le temps qu’il semble prendre pour la donner. C’est long. Dans sa tête, ça semble long. Elle répète qu’elle lui fait confiance et il retourne à sa grande problématique. Peut-être qu’elle devrait arrêter de le dire juste un moment, le temps qu’il puisse se décider. Ou peut-être que c’est bien qu’elle continue, afin qu’il ne puisse plus se défiler. Elle le rend momentanément misérable sans même s’en rendre compte. Il reste désarçonné face à cette phrase. Pire que celle où elle annonce qu’elle tient à lui finalement. Jeter sa confiance au fond d’un trou, la piétiner sur le trottoir d’en face ou tout simplement y faire face. L’assumer. Une chose qu’il ne sait pas encore faire.

« Quoique ? Alors tu y crois ? Et si la surprise était mauvaise Rose ? Disons qu’elle serait très mauvaise même. Tu penses qu’un lien même précieux pourrait y survivre ? »

« Pitié, arrête de dire que tu me fais confiance » Retient-il par-dessus le marché. Redevenir sérieux n’était pas au programme après le chaud aux fesses du jeu tentant de Rose. Pourtant, sans le vouloir, c’est comme ça qu’il revient au galop. Elle est touchée aussi, mais pour combien de temps ? Se demande-t-il maintenant ? Un jour, un mois, un an. Enfin un sujet léger. Pip, le chat. Il aime quasiment tout et tout le monde alors. Un animal peut-il être à l’image de sa maîtresse ? Rose a l’air d’aimer facilement. Ce n’est pas une tare. C’est même attirant. Il l’envie. Ce n’est pas parce qu’elle aime qu’elle se donne pourtant. Non, ça, elle ne se donne pas facilement. Quelques miettes à peine.

« Il l’aimera de loin alors. Il ne risque pas de s’y coller. Il a l’air sympa, ce chat… »

Plus que lui, plus que le cactus. En parlant de miettes. Elle en a lâché quelques-unes et elle les reprend déjà. Aussitôt ouverte et déjà refermée comme une huître. Bien-sûr qu’elle parlait d’elle mais il doit y avoir quelque chose qui l’a rebuté. Il a dû dire quelque chose de mauvais. Comment savoir quel mot l’a rendu froide ? Comment savoir sur quoi exactement elle s’est bloquée ? Avec elle, impossible. Il peut juste attendre que ça passe et qu’elle y revienne plus tard ou jamais d’ailleurs. Ce n’est que « on ». Pas elle après tout.
Elle précise tout de même que c’est rassurant. Elle n’a pas l’air de l’être et il a presque envie de rire. Pas la peine de mentir oserait-il dire mais ce serait l’hôpital qui se moque de la charité. Comment pourrait-il lui dire une chose pareille quand mentir est son passe-temps à lui ? A la place, il peut donc lui dire ça.

« Content d’avoir servi à quelque chose. Par ailleurs, si tu as besoin d’un de ses amis sur les doigts de cette main… Compte sur moi. Tiens d’ailleurs. »

Il lui tend une petite feuille tout prête avec son numéro de téléphone. Les mails, c’est efficace mais il lui arrive rarement de les vérifier plus d’une fois par jour alors que ses messages.

« Si tu as besoin de parler. »

Il est surpris qu’elle soit quasiment certaine de ne plus pouvoir vivre un amour aussi beau, voire plus que l’ancien. Il sait qu’il ne devrait pas le demander, ni même s’y intéresser. Pourtant, contre toute attente, son intérêt est bien plus grand qu’il ne pourrait l’avouer. Non, il pourrait même faire croire que c’est encore de la simple curiosité. Et mentir par-dessus le marché.

« Donc… Tu n’y crois plus ? Ou alors, pour les autres mais pas pour toi ? »

A l’amour ? Oui, c’est bien de ça dont ils parlent au fond, même s’ils ne le nomment pas directement. Le mot fait peur. Il est assez effrayant n’est-ce pas ? A la place, ils en parlent sans le nommer, c’est tellement plus simple. Ca le rend si abstrait. Et oui, elle a raison. Un bon nombre de personnes se moqueraient de lui. Jayson, le premier.

« Mon colocataire me ferait vivre la misère et je l’aurais bien mérité. »

Il lui fait un clin d’œil et baisse tout à coup les yeux sur ses mains qui entourent la tasse. C’est fou que la discussion ait pu les prendre avec tant de force qu’ils en aient presque oublié de boire. Il touche la sienne. Oublier même complètement. Il porte la sienne à ses lèvres et regrette maintenant de ne pas l’avoir bu chaud. Tant pis, cette conversation vaut bien une boisson tiède.
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Mieux en vrai? [Rose]

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